Belles Lettres

  • Il n'est pas exagéré de dire que Paul Ricoeur a débuté sa carrière philosophique par une traduction, celle des Idées directrices pour une phénoménologie d'Edmund Husserl ; par la suite, il s'est consacré à l'herméneutique dont il est devenu, en France, l'une des grandes figures. La traduction et les problèmes qu'elle pose, aussi bien sur un plan linguistique que du point de vue plus large de la philosophie du langage, sont donc au coeur de sa réflexion ; d'autant que Ricoeur s'est également attaché à l'interprétation de la Bible en discutant de près les enjeux de ses diverses traductions.
    Les trois textes rassemblés ici constituent véritablement un ensemble cohérent où l'auteur cherche à sortir du dilemme trop connu ; la traduction serait impossible en toute rigueur théorique, or elle est de tout temps pratiquée effectivement. Ricoeur entend donc en finir avec cette objection préjudicielle contre la traduction, en proposant d'y voir la mise en oeuvre d'une « équivalence sans identité » qui permet également de comprendre la nécessité d'avoir sans cesse à retraduire ces textes que chaque époque cherche à constituer en « classiques ». La traduction apparaît alors comme une des composantes de la dynamique culturelle qui installe un présent en relisant une tradition, ainsi rendue à la vie.

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  • Traduit depuis longtemps dans de nombreuses langues, Misère et splendeur de la traduction de José Ortega y Gasset n'avait encore jamais été publié en France. Ce célèbre essai fut pourtant rédigé en 1937 à Paris où le philosophe espagnol, fuyant la guerre civile, avait trouvé refuge. C'est une contribution majeure à la pensée de la traduction, due à un grand intellectuel polyglotte qui, en tant que directeur de la Revista de Occidente de 1923 à 1936, avait puissamment contribué à ouvrir l'Espagne à l'Europe. Misère et splendeur de la traduction se présente comme la transcription - sans doute en partie véridique - d'une séance entre savants au Collège de France. Dans cette conversation parfois houleuse, certains intervenants sont nommés, mais la plupart restent anonymes. Selon l'un des plus prolixes, la traduction n'appartient pas au même genre littéraire que le texte traduit, et elle n'a pas à être belle, mais à être claire : « La traduction n'est pas l'oeuvre, mais un chemin vers l'oeuvre. » Ortega n'est ici qu'une voix parmi d'autres, même si c'est lui qui introduit et conclut le dialogue, sur un modèle inspiré des dialogues platoniciens de la Renaissance. Nouveau Socrate, il ouvre dans cet essai riche en aperçus saisissants un débat sur la traduction qui n'a pas cessé depuis de susciter controverses et commentaires.

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  • Traduire la Bible en allemand pour la rendre accessible à tous fut l'un des points essentiels du programme de Luther pour assurer le succès de la Réforme dont on célèbre cette année le cinquième centenaire. Dès 1522, le Réformateur publie sa traduction du Nouveau Testament qui connaît une très rapide diffusion (110 réimpressions de 1522 à 1525 !), puis s'attaque à l'Ancien Testament avec l'aide d'un groupe d'érudits rassemblés autour de lui. La première Bible allemande complète paraîtra en 1534.
    C'est au cours de ce long travail, en 1530, que Luther publie sa Lettre sur la traduction dans laquelle il explique ses intentions et justifie ses principes de traduction, pour répondre aux polémiques qui n'avaient pas manqué de naître à la lecture des éditions partielles de son travail. Il la complète en 1533 par des Résumés des psaumes et origines de la traduction où il approfondit certains points fondamentaux.
    Texte fondateur pour la pensée de la traduction en Occident, la Lettre sur la traduction de Luther n'avait encore jamais fait l'objet d'une édition bilingue accessible à tous. Catherine A. Bocquet, universitaire et traductrice, dont l'étude sur L'Art de la traduction selon Martin Luther (Artois Presses Université, 2000) a fait date, nous donne ici une traduction complète accompagnée des notes indispensables et d'un commentaire.
    Le texte allemand est présenté en orthographe modernisée.
    La préface, qui insiste plus particulièrement sur le contexte historique, est due à Michel Grandjean.

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  • Qu'est-ce que la traduction ? À cette question fondamentale, Charles Le Blanc répond : son histoire. Et pour nous « raconter » la traduction telle qu'elle s'est incarnée au fil des âges, il fait ici appel à cinq contes et récits bien connus. Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, La Reine des neiges d'Andersen, L'Apprenti sorcier de Goethe, La Barbe-bleue de Perrault et Hansel et Grethel de Grimm lui servent à décrire cinq grandes caractéristiques de la traduction mais aussi cinq étapes de l'art de traduire, de l'Antiquité au romantisme. Comme le portrait de Dorian Gray, les traductions vieillissent alors que l'original conserve une éternelle jeunesse. Comme dans les morceaux du miroir magique brisé du conte d'Andersen, c'est le regard du lecteur-traducteur sur le texte qui en reconstruit le sens. Comme dans la ballade de Goethe, la multiplication des traductions rappelle celle des balais déchaînée par l'apprenti sorcier qu'est le traducteur : celui-ci doit pourtant reconnaître que l'auteur reste le seul maître. Comme dans le conte de Perrault, une oeuvre littéraire est un château dont l'auteur, tel Barbe-bleue, tend le trousseau de clés au lecteur ; ce que le texte deviendra une fois traduit dépend en grande partie de la clé que le traducteur utilisera. Enfin, tout traducteur part à la recherche du sens de l'oeuvre, et comme Hansel et Grethel chez les frères Grimm, il espère bien revenir à la maison paternelle, c'est-à-dire à l'original. Mais s'il arrive qu'il s'égare, il peut aussi parvenir à des richesses insoupçonnées, comme les deux enfants découvrant la maison de pain d'épice. Dans cette Histoire naturelle de la traduction, pour la première fois, c'est la figure du lecteur qui passe au premier plan. En tant que lecture, la traduction, comme la pensée, est d'abord un parcours. Elle est une maïeutique du sens et une pratique ancrée dans l'Histoire : c'est ce que démontre cet essai magistral.

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  • Depuis plusieurs années déjà la question du littéralisme en traduction (traduction littérale, mot-à-mot, "belles infidèles", etc) occupe le devant de la scène à l'occasion d'un article publié par Jean-René Ladmiral, sous le titre "Sourciers et ciblistes", qui a fait polémique. Ces deux concepts, maintenant couramment admis dans le milieu de la traduction, font écho à un débat immémorial qui retrouve une actualité marquante en des termes renouvelés dans de très nombreux secteurs de la traduction.
    Cela concerne les domaines traditionnels de la traduction littéraire et, plus encore, de la traduction des textes sacrés, mais aussi l'univers professionnel de l'interprétation de conférences et de la traduction technique ou "pragmatique", qui connaît une expansion massive et croissante dans le monde moderne. Au-delà des questions esthétiques (et religieuses), on découvre qu'il y a même des problèmes diplomatiques et politiques.
    Cela concerne aussi bien sûr la philosophie et les sciences humaines comme en témoignent par exemple les polémiques touchant la retraduction des oeuvres de Freud ou certains textes de Heidegger. En réalité, ces questions théoriques renvoient à des enjeux sous-jacents touchant des problèmes plus profonds. Ainsi JR Ladmiral va-t-il jusqu'à diagnostiquer un impensé religieux de la traduction et même un "inconscient théologique" à l'arrière-plan du travail de certaines traductions et des vives controverses dont elles fournissent la matière.
    Plus fondamentalement encore, il arrive que la problématique de la traduction devienne l'enjeu idéologique d'une mise en cause des identités collectives en présence dans le cadre d'une communication inter-culturelle qui est loin d'être toujours apaisée.

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  • Le Bruissement des matins clairs révèle les arcanes de la traduction par le prisme de l'expérience d'un de ses praticiens les plus fervents.
    Confidences personnelles et considérations professionnelles se chevauchent pour offrir une vision élargie d'une occupation qui compte parmi les plus nobles mais les plus exigeantes qui soient.
    Émaillé d'anecdotes plaisantes et d'exemples pertinents, l'ouvrage révèle en toile de fond toute la passion de l'auteur pour son métier.
    Les langagiers autant que le grand public trouveront à coup sûr leur compte dans cet ouvrage accessible qui vise à mieux faire comprendre cette profession fascinante à plus d'un titre.
    Beaucoup de chercheurs se penchent sur la théorie de l'acte traductionnel, mais il existe peu de sociographies sur les réalités quotidiennes du travail du traducteur. Comment ce professionnel vitil sa condition de communicateur diaphane au sein de la cité ? Quel est son rapport avec la langue et la littérature ? De quel bagage cognitif doit-il disposer pour dépasser le simple transcodage et fournir des traductions aussi naturelles que le texte original ?
    Le Bruissement des matins clairs. Propos d'un traducteur dévoile le quotidien d'un traducteur professionnel qui témoigne humblement des joies et des peines, mais surtout des défis que représente la communication interlinguistique.

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  • L'interculturel est aujourd'hui partout. Dans les rapports Nord-Sud, bien sûr, mais aussi et surtout dans les rapports européens appelés à revêtir une importance croissante, jusque dans la vie quotidienne. C'est cette perspective qu'explorent les auteurs en prenant les rapports franco-allemands comme exemple privilégié.
    Partant d'une expérience concrète des rencontres interculturelles, ils l'éclairent en la confrontant aux acquis de la recherche en sciences humaines.
    Comment, dans ces rencontres qui s'inscrivent dans des contextes historiques, culturels et politiques spécifiques, véhiculant des représentations stéréotypées de l'« autre », une communication véritablement interculturelle peut-elle s'instaurer ?
    Comment s'« entendre » lorsqu'on parle des langues différentes ? Car prêter une langue, n'est-ce pas porter toute une culture, au risque d'en être prisonnier ?
    Mais aussi, quel impact ces différences ont-elles sur la communication ? Nos identités culturelles existent-elles indépendamment de la rencontre qui les met en relation ?
    Autant de questions que les auteurs abordent dans une démarche originale de « recherche-action », qui font l'objet d'analyses sémiotiques et idéologiques, et autant de raisons d'affirmer l'urgence d'une réflexion et d'une pédagogie de l'interculturel.

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  • Pourquoi y-a-t-il tant de poètes qui traduisent et ont choisi avec une prédilection si marquée la traduction de poésie ? Personne n'a, jusqu'ici, abordé de manière aussi directe cette réalité incontestable. Rares en effet sont les poètes qui n'ont pas eu un rapport privilégié avec la traduction. Ce phénomène singulier est repérable, dans la littérature française aussi bien qu'européenne, depuis la Renaissance au moins. Les exemples de poètes traducteurs sont significativement nombreux, de C. Marot à P. Jaccottet, en passant par J. Du Bellay, N. Boileau, J. Dryden, C. Baudelaire, P. Valéry, G. Ungaretti, B. Pasternak, Y. Bonnefoy, P. Celan, pour ne retenir que quelques noms.
    La Seconde profondeur traite des liens unissant les poètes à la traduction et des motivations profondes qui les poussent à traduire d'autres alter ego en poésie. Ce rapport subtil, ce voyage qui amène un poète à se glisser dans l'univers d'un autre en refaisant, par la traduction, son parcours d'écriture, est particulièrement révélateur d'une fraternité essentielle, d'une consubstantialité par-delà les langues et les siècles.
    En abordant le sujet des interactions sous-jacentes entre écriture et traduction poétiques, cet essai tente de cerner la place des poètes traducteurs dans l'horizon littéraire moderne et contemporain, et de faire face à une énigme qui fait entrer le lecteur au coeur même de la création esthétique. Il redéfinit la spécificité des poètes-traducteurs dans l'Europe du XX e siècle à partir de la pratique de poètes traducteurs aussi bien français (P. Jaccottet, Y. Bonnefoy, A. Guerne, A. Robin, entre autres) qu'étrangers (R. M. Rilke, S. Beckett, B. Pasternak, M. Tsvetaeva), dans une perspective à la fois descriptive et critique. Il s'interroge sur la prééminence des poètes dans le milieu de la traduction poétique, ainsi que sur l'importante marge de manoeuvre dont ils semblent disposer en toute conscience, et souvent avec l'accord tacite du public. Valeur ajoutée ou exception scandaleuse ? Voilà l'une des questions qui sera au coeur de cette réflexion.
    Eu égard au grand nombre de poètes traducteurs qui ont illustré l'art de la traduction poétique en France et en Europe au XX e siècle, une anthologie des propos de praticiens de la poésie et de la traduction vient en point d'orgue à une démarche qui conduit à comprendre que l'acte même de traduire est un des moteurs (pour ne pas dire l'aliment essentiel) de leur écriture poétique.

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  • La traduction pragmatique regroupe toute forme de traduction ayant une visée de communication. Son coeur est la traduction technique, et sa rencontre avec les outils informatiques a engendré une grande variété de métiers, eux-mêmes au carrefour des modes de pensée analogiques et des sujets et techniques numériques. Qui veut comprendre cet univers en pleine expansion, en mesurer les enjeux, s'y former et y préparer les étudiants doit cartographier ces apports pour les concilier au mieux. D'où quelques questions simples : quelle est la place du traducteur dans la chaîne de communication ? À quoi peut servir la terminologie, et comment en user intelligemment ? À quelles conditions et comment manier utilement la rhétorique ? Comment passer avec agilité d'un domaine de spécialité à un autre ? Cet ouvrage propose ainsi une vision globale et contemporaine d'une profession encore mal connue, souvent considérée avec naïveté et qui doit trouver en elle-même ses principes théoriques. Ce parcours s'appuie sur un grand nombre d'exemples tirés de l'expérience et détaillés, ainsi que sur un principe fondamental : dans un monde où traduction et traducteurs sont de plus en plus indispensables, les compétences essentielles des traducteurs se distinguent de celles des auteurs de leurs textes. L'effet produit sur le destinataire doit être le même ; les moyens employés pour y parvenir sont spécifiques.Diplômé de l'ESIT, Nicolas Froeliger est fondateur de la société de traducteurs Architexte, dans laquelle il a exercé pendant dix-sept ans, avant de rejoindre l'université Paris Diderot (Paris 7), où il codirige le master professionnel ILTS (Industrie de la langue et traduction spécialisée).

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  • Ce n'est pas trop dire que d'affirmer qu'Interpréter pour traduire fait aujourd'hui partie du petit nombre des classiques de la traductologie d'expression française. Quatre fois réédité de 1984 à 2001, toujours actuel, il était devenu difficile d'accès.
    La collection « Traductologiques » le remet aujourd'hui à la disposition des étudiants, des enseignants, des traducteurs et des chercheurs.
    Ce livre fait la synthèse des études et réflexions menées par Danica Seleskovitch, conjointement avec Marianne Lederer, sur la traduction comme pratique professionnelle. Ce sont ces pages qui ont posé les bases de la théorie connue aujourd'hui dans le monde entier sous le nom de « Théorie interprétative de la traduction » (TIT). L'un des éléments centraux en est le concept de déverbalisation, qui a souvent été critiqué, mais que plusieurs théoriciens importants ont aussi pu reprendre à leur compte.
    Interprète de conférences renommée, Danica Seleskovitch fut amenée à formuler cette théorie avec le souci de comprendre sa propre pratique et de l'enseigner efficacement. Ce faisant, elle rompait des lances avec la linguistique d'il y a quelques décennies. L'enjeu était notamment d'obtenir une reconnaissance institutionnelle pour l'enseignement et la recherche en traduction, et de faire ainsi une place spécifique, dans l'université, à ce qu'on appelle aujourd'hui la « traductologie ».

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  • La traduction est peut-être - comme l'écrivait Roman Jakobson - la pierre de touche et d'achoppement de toute théorie du langage. Cet ouvrage a été écrit avec l'ambition de jeter un pont entre la linguistique théorique et les réalités pragmatiques de la traduction : cela ne va pas sans remettre en cause bien de fausses évidences, dans l'un comme dans l'autre domaine.
    Devenue introuvable, la première édition date d'il y a quarante ans. Cet ouvrage est un traité de linguistique générale reformulée à la lumière des problèmes de la traduction. Il s'est imposé chez les linguistes comme un ouvrage de référence, mais n'avait pas encore auprès des traducteurs et des enseignants la diffusion qu'il mérite : cette édition définitive, revue et corrigée par l'auteur, leur permettra d'avoir accès à ce classique de la traductologie.
    Il s'agit donc de montrer, par le biais d'exemples concrets pour la plupart empruntés au passage de l'anglais au français, que la comparaison abstraite entre des segments de phrases d'une langue à l'autre conduit à une impasse (la traduction finit par sembler impossible). À l'inverse, si l'on envisage les conditions concrètes, sociales, de la communication langagière, la traduction apparaît non seulement comme possible, mais comme un aspect capital de l'échange intersubjectif. Si les structures sémantiques sont intransposables d'une langue à l'autre, les messages, eux, peuvent (et doivent) être traduits, parce que le sens n'est jamais prisonnier de ces structures.

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