Apogee

  •  « Dans l'enfance, Velasquez, Goya, Van Gogh, Monet sont venus à moi par de petites portes, sous forme de livres de poche mal imprimés, de cartes postales, d'images découpées dans des revues, et même de calendriers des postes. Dès lors la peinture allait m'accompagner. Le face à face avec l'oeuvre est devenue irremplaçable par la suite, mais je garde de cette époque une tendresse particulière pour ces supports de rêve que sont les images tenues au creux de la main.
    Au cours des années, après chaque exposition visitée, j'ai pris l'habitude d'acquérir quelques cartes. Aide-mémoire pour entretenir l'émotion, promesse d'approfondissement, talismans, elles rejoignent mon "atelier intérieur". Tout naturellement elles prennent place dans ces carnets que je tiens depuis toujours. Elles veillent en amies sur l'écriture. Elles nourrissent un dialogue secret. »

  • Le mot de la fin

    Guénane

    C'est une suite de face à face ombrageux dans l'urgence, entre une grand-mère à la mémoire trouée et sa petite-fille attentionnée (mais dépitée) que restitue Guénane tout au long de ce récit. Le huis clos a lieu à l'hôpital. Dans un théâtre où le mot " norme " relève de l'imaginaire et où l'humour ne peut s'empêcher de venir contrebalancer la mauvaise foi de la malade. Voyage au pays des " mères vieilles ", là où tout grince, là où la vie flanche, là où les secrets grincent, là où Le Mot de la fin laisse les vivants sans voix. " Le jour, gris de naissance, n'eut aucun mal à passer au noir. L'infirmière (...) nous demanda de la suivre dans un petit bureau. Elle voulait comprendre comment on en arrive à obtenir dans la même minute prostration et agressivité, à passer de la lucidité ordinaire à l'obsession inentamable, comment on peut se retrouver à occuper un lit aux urgences un dimanche avec le sourire et du rouge à lèvres. "

    Sur commande
  • " Et à présent je fais comment ? " Suzanne Thover est seule dans son appartement parisien, enlisée depuis des mois dans une profonde dépression. Elle se lève à peine, ne sort plus, ne travaille plus, elle a perdu tout contact avec l'extérieur. Seuls vivent à ses côtés ses deux enfants, Frédérique et Pierre, adolescents désemparés. Elle tente de se faire comprendre de ses amis, des soignants, mais ils ne parlent plus le même langage. Ce matin-là, elle a appelé les urgences en se heurtant, là encore, à un mur. Non, elle n'a pas d'idées noires, elle ne demande même pas qu'on l'aide, elle veut seulement qu'on lui dise que faire de ce corps fatigué, souffrant qu'elle traîne depuis si longtemps. Alors Suzanne se tait. Les mots sont douloureux. Parler la briserait. Que dire de ce corps inhabité qui regarde l'asphalte au bas de l'immeuble ?
    Des années plus tard, assise à son bureau, devant la mer, enfin sereine et calme, Suzanne se souvient de cet enlisement progressif, de l'éloignement de tous, du désarroi de ses enfants, de ses journées si lentes, si douloureuses, elle se souvient aussi de ces phrases, toujours les mêmes : tu pourrais faire un effort.tu n'as qu'à. Enfin elle nous dit comment elle a, grâce à une aide totalement inattendue, repris pied, lentement, douloureusement, dans une autre forme de vie. A petits pas fragiles, avec des pointes d'humour pince sans rire qui rendent le récit plus fort, plus humain, Marie Le Drian nous livre des fragments, des détails, des noyaux épars de la souffrance d'une femme fatiguée. Elle s'attarde aux choses simples d'un quotidien qui dévaste. Et c'est en s'appuyant sur ces détails qu'elle nous mène vers cette nouvelle Suzanne, enfin sortie de l'anonymat, qui s'approche lentement de ce que l'on appelle la beauté, dans l'harmonie des jours. Cette description de la dépression, qui évite la psychologie introspective, a quelque chose de singulier, à commencer par un humour que l'on n'attendrait pas sur un tel sujet.

    Sur commande
  • Au départ est la description de la ville.
    Mais laquelle ? Rennes où le narrateur a pris racine, ou Alger d'où il a fui ? Laquelle est choyée ou détestée, aimée ou rejetée ? Ce récit est un état des lieux - multiples, comme le sont ces visages qui défilent : l'épouse, maintenant en rade, entourée de roses blanches, mais aussi cette amoureuse d'antan dont le visage s'efface sur le cliché, comme le rivage abandonné ; et puis le fils exigeant, l'ami jaloux, les camarades, les comparses. La vie - la ville - est un choix, sur un coup de dé hasardeux, mais aussi un choc, à l'instar de cette boule rouge qui doit heurter les deux blanches sur le tapis du vert paradis.
    Le récit se déroule comme bandelettes de momie, instance faussement pérenne. Ce parcours d'un destin en raccourci fige le regard comme sur un album. Tout est de face, mais aussi tout reste flou, en profil perdu. Comme l'ingrate cité, ou la femme immémorieuse.

    Sur commande
  • Un matin, alors qu'il était encore adolescent, Jonathan est parti.
    Sans prévenir personne, il a quitté la ferme natale. C'est comme ça. Il a répondu à l'appel du chemin. Les années ont passé. Il a parcouru le monde, tel un vagabond, avec pour seul compagnon de route le chemin. Mais il ne sait toujours pas où il va. Le voici parmi des dunes qui s'échelonnent à perte de vue. Il est pris dans une tempête de neige. Il a perdu son chemin. La mort le guette. Il sera sauvé in extremis par Hans, le Meneur de loups, qui l'emmène à la « Cour des Miracles », une sorte de citadelle à moitié en ruine plantée là, dans la neige, au milieu de nulle part.
    Il va y rencontrer des personnages singuliers, les « Réparateurs », dont le rôle est précisément de sauver ce qui peut l'être encore d'un monde en perdition, menacé par le chaos

    Sur commande
  • La narratrice de ce récit vit un long fleuve tranquille, entouré d'un mari grognon qu'elle " aime bien ", dit-elle, mais sans plus, d'une amie chère qui est sa confidente, et d'une vieille tante qui lui renvoie l'image d'une dégradation prochaine. Et puis c'est la coupure, le cours s'interrompt à la faveur d'une hémorragie qui expédie Alice aux urgences hospitalières, où une admirable infirmière espagnole va lui prodiguer des soins attentifs, au fil desquels toute une vie trop rangée, monotone et absurde, affleure à la conscience. Le mari en souffrira au quotidien qui le sort de sa routine de petit fonctionnaire : il devra prendre ses repas au restaurant, la barbe! La tante paradera une fois de plus dans ses falbalas mités, et l'amie l'incitera à la patience. Le sang hémorragique la renvoie aussi à la perte de sa virginité - sur un coup de tête, avec un triste inconnu, seulement pour s'affirmer dans son adolescence et se venger de sa mère.
    Au terme d'un récit haletant, où rien n'est épargné des souffrances de l'âme - et du corps -, la narratrice fera le bon choix : celui de la liberté. Elle ne sortira de l'hôpital que pour se séparer de cette existence - autre césure - et entamer enfin, purgée de son vilain sang, un nouveau départ. Cette hémorragie providentielle, n'est-elle pas, finalement, une autre façon de renaître à la vie? Au terme de ce parcours, la narratrice avoue : " J'ai l'impression de ne plus rien devoir à personne, d'être toute neuve, comme si je venais de me mettre au monde avec le pouvoir de disposer de ma vie. " Matilda Tubau - Bensoussan a franchi les Pyrénées en 1939, dans l'exode des vaincus de la guerre d'Espagne.
    Après de brillantes études en France, elle enseigne d'abord au lycée, puis à l'université Rennes 2, où elle devient professeur d'espagnol. L'amour de la Catalogne et la fidélité à ses racines l'amènerons à créer à Rennes l'enseignement de la langue catalane, et à publier chez Maurice Nadeau en 1974, un ouvrage remarqué : Écrivains de Catalogne (Éditions Denoël) ; elle a également traduit de nombreux écrivains catalans en français. Elle a reçu en Catalogne, la plus haute distinction, la Croix de Saint-Georges.

    Sur commande
  • Lionel Bourg poursuit depuis des années une quête autobiographique où rien n'est laissé au hasard. Il le prouve une fois de plus en nous invitant à le suivre, avec ses phrases amples et sinueuses, ici et ailleurs, en l'occurence de Douala (et Limé, Bonassama, Buéa au Cameroun), à Rennes où il fit halte durant plusieurs semaines en 2007 avec passage obligé à Saint Etienne (où il vit). D'autres rendez-vous affleurent au fil des pages : rencontres au fond du bar ou rue des embruns avec des écrivains, des anonymes, des proches, des livres, des toiles, des lieux de résidence ou d'errance...
    Au final, tous ces trajets, ces croisements d'émotions, de sensualité, de doute, d'égarement, tous ces éclats de mémoire conjugués au présent forment bloc et scintillent, se transformant en une multitude de «feux mal éteints » capables de nous guider longuement, d'un bout à l'autre d'un voyage hors normes, dans une grande et tonique traversée par delà les creux et les hauts fonds de la réalité humaine.

    Sur commande
  • Bien entendu je connaissais la douceur de ma mère lorsque le soir elle me racontait des histoires en attendant que pâlissent les dernières braises dans le foyer, celle où je m'immergeais, blotti dans mon cabanon, plongé dans mes lectures, même si j'y rencontrais souvent l'horreur et la terreur, le crime sous toutes ses formes, mais aussi la vengeance justifiée, celle que condamnait le recteur au catéchisme mais qui me paraissait pourtant si légitime, ce bien-être des instants arrachés au temps ordinaire et qui suffisait parfois à enchanter toute une journée, mes derniers instants de lucidité avant de m'abandonner à l'oubli du sommeil, écrasé par les couettes de plume et le gros édredon bordeaux qui me protégeait de la violence du monde que notre instituteur ne devinait pas chez nous. Pierre vit sa dernière année à La Sauldraie, le paradis de son enfance. Mais celui-ci est-il encore à l'abri de la violence du monde qui l'inquiète tant ? Ne secrète-t-il pas lui-même cette agressivité qui régit de plus en plus les relations entre les gens ? Pierre s'apprête à partir au moment où un monde va en remplacer un autre...

    Sur commande
  • " Alors, à l'intérieur d'un monde juste, seuls sont et restent les justes. Chacun porte du coup en lui la prescience de devoir être puni un jour. Sentiment diffus, craintif, prémonitoire et cruel. A l'image d'un monde cruel, dit-on, il ne peut y avoir d'innocence. La grande victoire du village, c'est d'avoir compris cela : Les Rimes et les histoires sont un gigantesque procès du monde, le récit de notre jugement. Alors, regardez et lisez, constatez ce jugement. Le reste du récit est à vingt heures piles. " Un village de saint-thomas et sa drôle de morale : voilà ce qu'évoque le colporteur au narrateur, fonctionnaire étranger en poste à GR... Mais les histoires et l'exotisme de ces villageois interrogent : notre façon de voir les choses est-elle si étrangère à leur justice apparente ? L'écriture d'Yves Picard, par un emboîtement de récits où les paroles à la fois se recoupent et se concentrent, parvient à jeter le doute sur nos certitudes et, presque sous la forme d'une fable contée, nous laisse deviner ce qu'on pourrait appeler une morale sans prescription. On se laisse prendre par le rythme du livre !

    Sur commande
  • Guildo blues

    Albert Bensoussan

    " J'ai toujours béni ce vent armoricain, qui lave le ciel et chasse les papillons noirs ", s'écrie le narrateur du récit. Le deuil sied moins à la Bretagne qu'à Électre, et la grande marée des criques turbulentes a raison des scories et des laves. Méditation sur la mort et la vie - ou plutôt la survie - ce récit campe des personnages qui ont tous connu quelques ratés : accidents de terrain ou tares de l'existence. Comme le cornet à dés décide de l'avenir hasardeux, sans jamais l'abolir, le narrateur - veuf de fraîche date - prend, au fil des jours, le pouls de sa liberté, apprend à reconnaître, dans la redistribution des cartes sous le ciel délavé du Guildo, dans les Côtes d'Armor, le visage du bonheur.
    " Les goélands geignards ont ravi mes plaintes. Leur long bec aigu, si habile à forer le flot pour y dénicher qui le tacaud, qui le lançon, traverse la fenêtre devant la terrasse d'où l'on domine le vieux port de plaisance. Le rapace aquatique me fait la nique, se gausse, se hausse, passe impérial en laissant un sillage de piaillements. Il piaule, il pleure, geint, m'enveloppe de ses cris. Il est la vie, il est le ciel, la mouette le relaie, puis c'est au fou de Bassan de creuser son sillon de nuée. La baie se peuple et suspend l'écriture. Il faut que je me rejette, ma tête est déjà partie et mon regard se ferme, avec cette même extase que l'on voit au chat sous la caresse et l'échine. "

    Sur commande
  • " Peut-être ne connaissez-vous pas Timothée. C'est même tout à fait probable, étant donné que ses aventures n'ont pas encore fait l'objet de beaucoup de publications. Apprenez donc que c'est un être un peu à part (on dit maintenant : décalé), pourvu d'une grande fraîcheur d'âme et prompt à s'exalter (notamment pour une femme). Bref, c'est un romantique et un éternel amoureux. " C'est ainsi que Michel Wallon, son créateur, présente Timothée, homme pas du tout timoré, dont les aventures nous mènent dans différentes régions de France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Suisse et en Allemagne.
    " Le lendemain matin, quand Timothée descendit à la salle à manger pour prendre son petit déjeuner, Florence y était déjà, à la même place que la veille. Sur la chaise voisine de celle sur laquelle elle était assise, un grand chapeau de paille était posé. Quand elle sortit, Timothée la suivit du regard à travers la grande fenêtre qui donnait sur la route. Il la vit traverser cette route puis s'engager sur un petit pont enjambant une rivière ou un canal et menant à un imposant château que l'on devinait derrière une rangée d'arbres. Quelques instants plus tard, il sortit à son tour et prit la même direction. " Michel Wallon est né à Hazebrouck, dans la Flandre française. Il a fait ses études à Lille puis a été professeur de lettres au lycée français de Baden-Baden. Il a publié des nouvelles dans différents journaux et revues (Le Monde de l'Éducation, La Croix, Brèves, la Revue Alsacienne de Littérature, Inédit.). Il a publié en 2012 Le Pénitent de Furnes, un premier recueil de nouvelles, aux éditions Apogée. Il a également traduit de l'allemand, pour la collection " Piqué d'étoiles ", L'Héritage de Fritz Werf.

    Sur commande
empty