Entreprise, économie & droit

  • Les thèses ne manquent pas pour expliquer le surgissement du capitalisme et ses conséquences. Or il se trouve que Dany-Robert Dufour a eu accès à un texte étonnant, complètement oublié ou presque, datant de 1714, de l'époque même où ce système s'est mis en place et qui pourrait considérablement renouveler les analyses permettant de savoir dans quelle galère au juste nous sommes embarqués.  

  • Christian Felber, membre d'attac (Autriche) a fondé un mouvement incitant les entreprises à faire, chaque année, le bilan de leurs efforts citoyens (écologiques, sociaux, solidaires et démocratiques). Ce livre, porté par les expériences concrètes et diverses d'une centaine d'entreprises, nous apprend donc comment transformer l'économie en évitant les écueils du communisme et d'autres totalitarismes. L'économie citoyenne repose sur des valeurs susceptibles de remporter l'adhésion du plus grand nombre, puisque ce sont les mêmes que celles qui font la réussite de nos relations sociales : confiance, coopération, respect, démocratie, solidarité (selon des études scientifiques récentes, il apparaît que l'établissement de bonnes relations sociales est la plus grande source de motivation et de satisfaction de l'être humain.).
    Quel est cet «intérêt général» que l'entreprise citoyenne s'engage à favoriser ? Sa définition serait établie dans le cadre d'une convention démocratique ancrée dans la Constitution. Les entreprises en rendraient compte dans un nouveau type de bilan, le «bilan citoyen», qu'elles devraient présenter chaque année, en plus du bilan financier. Y apparaîtraient seulement des critères qu'il serait possible d'évaluer concrètement selon des valeurs fondamentales : responsabilité sociale, durabilité écologique, cogestion démocratique, solidarité entre tous les acteurs concernés (les salariés, mais aussi les fournisseurs, les acheteurs, les clients.). Grâce à des «points citoyens», ce bilan rendrait compte des actions en faveur de l'intérêt général avec exactitude. Les entreprises qui, dans leur bilan citoyen, auraient cumulé le plus de «points citoyens», se verraient accorder certains avantages par la loi : réductions d'impôts et de droits de douane, crédits plus avantageux, priorité aux marchés publics et aux programmes de recherche.Un cadre juridique devrait inciter les actions en faveur de l'intérêt général, des biens collectifs, et de la coopération. Les enjeux de la réussite au sein de l'entreprise seraient ainsi redéfinis. Jusqu'à présent perçu comme un objectif à atteindre, le capital deviendrait, dans ce nouveau modèle économique, un simple moyen. Il ne servirait plus qu'à réaliser le but que l'entreprise s'est fixé (la production de biens, de services, l'agriculture, etc.). Garantir le revenu de tous les employés serait l'un de ces buts. Dans cet esprit, un revenu maximal serait instauré (vingt fois le salaire minimum légal par exemple). Les bénéfices de l'entreprise pourraient être utilisés pour les investissements (à valeur ajoutée sociale et écologique), le remboursement des crédits, redistribués aux salariés ou utilisés pour des crédits sans intérêts aux entreprises associées. En revanche, il n'est pas prévu que les bénéfices soient distribués à des personnes qui ne travailleraient pas dans l'entreprise, ni utilisés pour l'achat hostile (opa) d'autres entreprises, ni pour l'investissement sur des marchés financiers (ces marchés n'existeraient plus). Grâce à ce modèle, les inégalités de revenus et de patrimoines seraient réduites. En même temps que le revenu, le patrimoine de chacun et la possibilité de transmettre un héritage seraient limités, sans pour autant risquer de tomber dans l'austérité communiste. Les grandes entreprises de plus de deux cent cinquante salariés deviendraient partiellement la propriété des salariés et de la communauté et, entièrement au-delà de cinq mille salariés. Les citoyens seraient représentés par les députés élus dans les «parlements économiques régionaux». Le gouvernement n'exercerait aucune mainmise sur les entreprises publiques. Ceci vaudrait également pour la troisième catégorie de propriété juridique que le modèle propose. A côté d'une grande majorité de (petites) entreprises privées et de quelques grandes entreprises de propriété mixte, il existerait des «coopératives de service public» - entreprises du domaine de l'éducation, de la santé, des affaires sociales, de la mobilité, de l'énergie et de la communication. La «banque» étant, elle aussi, une coopérative, sa gestion se ferait de manière démocratique. Elle serait aussi au service de l'intérêt général et, comme les autres coopératives de service public, serait contrôlée par la souveraineté démocratique et non par le gouvernement. Ses principaux services seraient les suivants : épargne sécurisée, crédits bons marchés, crédits à risque de caractère écologique ou social, ainsi que comptes courants gratuits. La démocratie représentative serait ainsi complétée par la démocratie directe participative. De nouvelles matières seraient étudiées à l'école pour préparer les citoyens à s'impliquer dans les affaires économiques et sociales. Vu le débat actuel - au sein du parti socialiste français, mais aussi dans d'autres mouvements et initiatives - ce livre constitue de nos jours une denrée rare, une «utopie réaliste». Basée sur des expériences authentiques, elle invite tous les acteurs de la vie économique et sociale à s'engager pour sortir de la situation catastrophique dans laquelle se trouve actuellement l'économie occidentale.

  • Les principes d'un certain management influent sur les structures des relations entre les êtres et répandent une terreur parfois subtile, parfois carrément ouverte. Basé sur études et interviews, se penchant à la fois sur les managers eux-mêmes et leurs victimes, ainsi que sur toutes les affaires récentes de suicide au travail, Management Circus met en lumière le côté totalitaire de certaines entreprises.
    Pourquoi la terreur règne-t-elle dans certaines grandes entreprises ? Le phénomène est connu, on en parle dans la presse, des livres-témoignage paraissent - Jean-Philippe Desbordes lui-même est l'auteur de plusieurs documentaires sur les suicides au travail et il a étudie la situation des travailleurs dans le nucléaire, notamment.
    Avec Management Circus, il propose quelques clés de lecture de ce fait de société qui engendre un profond malaise chez un grand nombre de salariés. A priori, il semble absurde que les entreprises puissent avoir intérêt à étouffer la capacité d'initiative de leurs employés, à anesthésier leur capacités de décision, à réduire leur identité dans le vocable générique des fonctions support, à les traiter comme un bétail humain à qui on demande de penser selon des critères mécanisés. Et si, dans notre société hyper-spécialisée, régie par une technologie de plus en plus sophistiquée, il fallait exactement ce type d'homme pour que tout continue à fonctionner ?
    Le point de départ de la réflexion se situe dans les centrales nucléaires, là où l'on a institué la possibilité de "l'homme-déchet". Ce rapport méprisant à l'humain et au bien commun s'est propagé à un grand nombre de multinationales. Management Circus relate et analyse le système de soumission et de manipulation mis en place pour intégrer l'homme dans cet univers régi par l'exigence de faire toujours plus de profit.
    Jean-Philippe Desbordes montre que le dressage social commence au plus haut niveau de l'échelle hiérarchique et redescend ensuite en cascade vers la base. À tous les étages, il s'agit de rééduquer les gens selon des schémas comportementaux spécifiques établis par des décideurs plus ou moins identifiables. Ces schémas ou "méthodes" visent à imposer dans la sphère du travail les contraintes d'un fonctionnement en "mode réflexe". Ainsi, ce livre met en garde contre la "surdétermination" des comportements humains par la machine, ce qui produirait de l'humain mécanisé.
    Le pouvoir par l'économie prend dès lors une réalité nouvelle dans sa forme. Jusqu'au milieu des années 1970, on pouvait encore croire à la subordination de la machine aux besoins et nécessités humaines, sociales. Aujourd'hui, la situation est renversée et les humains sont obligés de se soumettre aux contraintes de la machine.
    Dans la société dans son ensemble, d'autres phénomènes attestent de ce changement d'époque. La diffusion et la généralisation des modes de communication NTIC en sont le critère central. On parle aujourd'hui d'une société de l'information. Ces modes de communication ont désormais atteint un optimum éducatif, auprès des enfants mais également en entreprises avec les logiciels d'e-learning. Il s'agit d'amener les humains à fonctionner selon les critères de réduction du temps et de l'espace induits par les machines. Le danger principal est celui des méga machines chargées de coordonner conceptuellement les gens. La publicité, la télévision et les nouveaux téléphones interactifs jouent ici un rôle efficient, pro actif. Ceci a expliqué le développement en France et en Europe de mouvements d'informations sur ces questions, Squiggle en Belgique à propos des enfants téléphages, Reboot en France et son manifeste "anti lavage de cerveau" ("against brain washing systems") Une résistance plus que nécessaire !
    Ainsi, à travers Management Circus, Jean-Philippe Desbordes poursuit son travail d'investigation par une réflexion plus globale, originale et passionnante.

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