Roland Chemama

  • Les psychanalystes relèvent, depuis surtout deux ou trois décennies, que les mutations des discours sociaux ne sont pas sans effets sur la subjectivité individuelle. Ils ont plus de mal à penser, malgré quelques indications de Lacan, que « l'inconscient c'est la politique ». Ne peut-on pas alors soutenir que la politique constitue le refoulé de la psychanalyse elle-même ?
    Ce livre tente de lever ce refoulement, et d'en tirer quelques conséquences. Partant de réflexions nouvelles sur la question du sujet, il interroge ce qui peut le commander, en relation avec la question politique - et psychanalytique - du pouvoir.
    Cette démarche s'inscrit dans la perspective ouverte par Freud concernant la psychologie des foules, et elle suppose de prendre en compte les formes dominantes aujourd'hui de la vie politique, à commencer par le succès des divers populismes.
    À partir de là, l'ouvrage entreprend de traiter de façon nouvelle les questions essentielles de la psychanalyse, du signifiant à l'objet, du rêve au fantasme, du désir à la jouissance.
    Est-ce que pour autant ce livre s'inscrit en faux contre la thèse plus que centenaire selon laquelle l'inconscient c'est en nous à la fois l'infantile et le sexuel ? Non, en ce sens que l'enfant est confronté à la question de la loi, de quelque façon que celle-ci soit formulée. Et en ce sens aussi que le désir lui-même s'inscrit dans un jeu complexe de relations qui ont rapport avec le pouvoir, ou encore avec la position hiérarchique de chacun.

  • À l'époque - révolue - où on les sollicitait de tout interpréter, les psychanalystes ont sans doute eu le tort de trop répondre à la demande, de se présenter comme détenteurs du savoir que l'on attendait d'eux. Il convient aujourd'hui de rompre avec cet usage et de suivre le fil des questions auxquelles conduit la pratique psychanalytique elle-même, et qui concernent au premier chef, nous dit Roland Chemama, l'éthique.

    Il ne s'agit pas, bien sûr, de réduire l'éthique à une déontologie nécessaire au praticien, ni même de prétendre proposer des valeurs idéologiques au sujet contemporain dont on connaît le désarroi. L'auteur analyse de quelle façon la psychanalyse, qui a démontré les déterminations inconscientes du sujet humain, le met cependant, pour finir, devant ses responsabilités. En le détournant de répéter seulement ce qui circule dans la culture, elle l'appelle à s'engager dans une véritable énonciation. On le voit, l'enjeu est éthique : le sujet doit « y aller », analyser rêves, lapsus, formations de l'inconscient et non se cacher derrière les faux-fuyants du discours commun.

    De la différenciation homme-femme à la critique du point de vue utilitariste, Roland Chemama reprend les questions cliniques, ordinairement abordées par les psychanalystes, à partir du choix éthique qui demeure celui du sujet.

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  • Les psychanalystes, à la suite de Lacan, ont, depuis quelques décennies, largement utilisé le terme de jouissance. Pourtant celui-ci ne va pas sans quelques paradoxes. En effet, la jouissance ne désigne-t-elle pas tout autant la recherche effrénée de l'objet manquant que l'étrange satisfaction que le sujet trouve dans un repli dépressif ? Roland Chemama questionne ici l'empire de la jouissance : l'autorité qu'elle a sur le sujet humain, mais aussi l'immense domaine qu'elle régit. La jouissance infiltre en effet toute l'existence, prenant du discours ses mots d'ordre, et prolongeant ses effets jusqu'au plus intime du corps. Elle concerne aussi le social, au sens où ce que l'on vend et que l'on achète, c'est de plus en plus de la jouissance, quelque chose qui relance l'excitation, et, comme une drogue, pousse le sujet à renouveler sa consommation. La jouissance, en elle-même, comporte des contradictions fondamentales, dont les effets se font sentir dans l'ensemble de la clinique. Poursuivant le projet initié dans Clivage et modernité (érès, 2004) et dans Dépression, la grande névrose contemporaine (érès, 2006), l'auteur développe une approche clinique attentive aux formes nouvelles de la pathologie, celles qui répondent aux symptômes sociaux dans lesquels nous sommes pris. Le parcours théorique qu'il propose témoigne du fait que les « concepts » psychanalytiques eux-mêmes portent la marque de l'évolution historique qu'ils tentent d'éclairer.

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  • La psychanalyse comme dialogue Nouv.

    Comment fonctionne une cure psychanalytique ? Si elle n'est pas réductible à un échange « horizontal » et doit ménager une dissymétrie nécessaire dans la pratique, et non une position de surplomb, l'auteur soutient qu'elle ouvre à un dialogue différent où chaque mot, chaque geste - et en particulier ceux de l'analyste - prend un sens plus fort. En explorant ce dialogue analytique, il repose de nombreuses questions cliniques, du fait que le patient d'aujourd'hui n'est pas le patient d'hier. À travers cela, il engage un dialogue avec d'autres analystes, pour que les différends et conflits qui peuvent exister ne se figent pas en oppositions inexpugnables.
    Pour autant, il ne s'agit pas d'un « livre pour les spécialistes ». Il inscrit la psychanalyse contemporaine dans notre actualité, y compris par rapport à la pandémie de la Covid-19.


  • le sujet déprimé ne veut pas donner au passé un sens nouveau en fonction d'un avenir : l'avenir, il se refuse à l'imaginer.
    il répète, comme chacun d'ailleurs. mais lui tient à ce que cette répétition soit un retour du même. je force ici à peine le trait. il peut très bien reconnaître assez vite que c'est bien là sa position. a preuve le fait que, lorsque quelque chose de favorable surgit dans son existence, de façon généralement inattendue, il peut entrer dans le plus grand désespoir. pourquoi en est-il ainsi ? vous comprendrez que je ne peux vous éclairer d'un seul coup sur ce type de mécanismes.
    en revanche, ce que je me proposerai de faire, dans une prochaine lettre, c'est de commencer à vous parler de l'évolution historique de notre rapport au temps. vous verrez qu'elle n'est pas étrangère aux questions de notre clinique. " sous la forme d'une série de lettres adressées à celui qui fut, dans clivage et modernité (érès, 2003), son interlocuteur, l'auteur tente de situer quelques éléments structuraux de ce qu'aujourd'hui nous nommons dépression.
    ce diagnostic est en effet fréquemment évoqué pour qualifier des difficultés subjectives diverses. faut-il lui contester toute pertinence ? la dépression présente-t-elle une unité, au moins à un certain niveau ? plutôt qu'humeur sinistre, elle apparaît comme un désinvestissement radical du désir, associé à une paralysie de l'action, qui conjoint l'impuissance et l'utopie. retrouvant ici ce par quoi lacan caractérisait " la grande névrose contemporaine ", l'auteur, dans une écriture littéraire, à la fois rigoureuse et accessible, rend compte de cette " maladie du siècle ".


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  • Si le monde actuel connaît une forte augmentation des pathologies dépressives - ou dites dépressives - la question du statut que le psychanalyste leur donne n'est pas simple. Il peut en effet être tenté d'analyser ce phénomène « de l'extérieur », en dénonçant la généralisation d'un diagnostic qui en dirait plus long sur le discours médical contemporain que sur le sujet qui se dit déprimé. Il peut aussi distinguer de façon très marquée la mélancolie d'un côté, et de l'autre des troubles névrotiques de l'humeur, qui seraient nettement moins bien caractérisés. Mais il ne peut éviter cependant d'aller un peu plus loin : à supposer que la généralisation du diagnostic de dépression n'aille pas de soi, ce qu'il faut, pour le moins, c'est tenter de l'éclairer.
    Or dès lors qu'on tente de le faire on s'aperçoit selon les mots d'un des articles du dossier que « le dépressif est celui qui est le mieux à même de nous apprendre quelque chose de notre monde ».

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  • La psychanalyse est une affaire individuelle. Elle est le parcours d'un sujet avec son analyste. Ses rapports avec la sphère politique et sociale ont donc pu être ignorés ou délaissés pendant de nombreuses années.
    Ce livre, qui recueille les contributions prononcées lors du colloque éponyme organisée par l'association Ferenczi après Lacan, interroge deux conditions du travail psychanalytique qui sont en lien avec le politique : la transmission institutionnalisée en relation avec une policlinique, et les conditions politiques (qu'elles soient externes à la psychanalyse ou internes) nécessaires à l'émergence d'une pratique psychanalytique.`

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  • La psychanalyse a produit avec Freud une mutation sans précédent dans la conception de l'homme : désormais nous savons qu'un déterminisme inconscient organise notre existence. Ce déterminisme se révèle clairement, avec Lacan, comme celui du langage lui-même. Dès lors que la psychanalyse reconnaît cette dimension, elle doit, bien sûr, lui laisser toute sa place dans la théorie. Celle-ci a sa rigueur, qui n'est pas seulement liée à un usage réglé des concepts.
    Mais il faut poser surtout qu'elle ne se réduit jamais à un ensemble d'énoncés où l'on oublierait l'énonciation.

  • Ce livre éclaire, en relation avec le terrorisme et à partir de la psychanalyse, le vécu collectif et individuel contemporain, tel qu'il se révèle notamment dans les cures.

    Deux psychanalystes abordent le traumatisme généré, tant au niveau collectif qu'au niveau individuel, par les actions terroristes récentes.
    Leur réflexion part du plus singulier, de ce dont, au fil des séances, peuvent parler les sujets qui les consultent. Ils constatent en effet un malaise diffus dans la plupart des cures dont ils ont la charge. Les patients en analyse ne parlent évidemment pas exclusivement des attentats djihadistes. Mais néanmoins dans le quotidien des séances se manifeste une angoisse plus ou moins latente, liée à l'impossibilité de prévoir d'où pourra venir le prochain coup peut-être plus encore qu'à l'horreur de ce qu'ils savent des massacres de masse qui ont eu lieu. S'agit-il d'un nouveau malaise dans la civilisation ?

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  • Écrit par trois psychanalystes qui travaillent ensemble depuis de longues années, ce livre concerne la pratique de la pratique psychanalytique dans ce qu'elle a de plus quotidien.

    Il ne s'agit donc pas d'aborder celle-ci d'un point de vue idéal, mais de questionner le psychanalyste lui-même à travers la position qu'il prend par rapport à son acte ainsi que le désir qui est le sien dans la direction de la cure.

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