Pierre Joannon

  • L'histoire de l'Irlande est celle d'une lutte permanente. Pour survivre, d'abord, au milieu d'une nature somptueuse mais chiche en ressources. Pour vivre en paix ensuite : dès le Ve siècle, on compte plusieurs royaumes en quête de terres à conquérir. S'y ajoute le flot presque incessant des invasions : les Gaëls aux IVe-Ve siècles, les Vikings au IXe, les Normands venus du pays de Galles au XIIe, et enfin les Anglais, présents depuis le XIVe.
    Pourtant, les fléaux de la division et de la guerre n'ont pas empêché l'éclosion d'une civilisation chrétienne qui, du VIe au VIIIe siècle, a éduqué l'Europe selon les enseignements de saint Colomban. La langue, les fêtes, les rituels et les mythes ont en permanence irrigué l'esprit et la vie quotidienne de ces Irlandais, fiers de ne compter que sur eux- mêmes (" Sinn Féin ") et en même temps ouverts sur le grand large.

  • William Butler Yeats incarne la plus haute expression du lyrisme anglais contemporain. Anglo-irlandais proche des milieux révolutionnaires Fenian, père incontesté de la Renaissance littéraire irlandaise, sénateur de l'Etat libre d'Irlande et lauréat du prix Nobel de littérature en 1923, il fut accusé d'avoir, à l'orée des années trente, succombé à la tentation fasciste.
    À scruter les pièces de ce mauvais procès, on voit se dessiner la figure d'un homme libre, ennemi du fanatisme religieux et de l'obscurantisme intellectuel, chantre d'une Irlande fière, tolérante et éclairée. D'essence aristocratique, ce credo libertaire plus que libéral s'accommode d'un mépris souverain pour " la vulgarité désordonnée de l'esprit populaire ". Au nom des droits imprescriptibles de l'artiste et du visionnaire, Yeats se prononce, à contre-courant, en faveur du despotisme éclairé d'une minorité nourrie du pessimisme de Swift, de l'idéalisme de Berkeley et du conservatisme de Burke.

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  • Originaire du Bogside de Derry où la misère, l'exclusion et la discrimination furent longtemps le lot des catholiques pris au piège de la partition de l'Irlande, John Hume est, dans les années soixante, l'une des figures emblématiques du mouvement pour les droits civiques en Irlande du Nord.
    Lorsque la poudrière ulstérienne explose en 1970, il ne se contente pas de combattre pied à pied la violence de l'IRA, l'hégémonie unioniste et l'attentisme britannique, il forge également les thèmes qui vont devenir les axes fondamentaux du processus de paix nord-irlandais. Il parviendra à imposer ses vues à la majorité de ses coreligionnaires, aux gouvernements de Londres et de Dublin, aux instances européennes, aux dirigeants de la puissante communauté irlando-américaine et à la Maison Blanche qui oeuvreront de concert pour mettre un terme au sanglant conflit ulstérien.
    Ses pourparlers secrets avec le Sinn Fein débouchent sur un cessez-le-feu de l'IRA et des factions paramilitaires loyalistes. L'Accord de paix du Vendredi saint 1998 scelle le triomphe de sa vision prophétique, généreuse et mesurée. Lauréat du Prix Nobel de la Paix 1998, John Hume s'est adjugé par son courage et sa détermination une place éminente dans le panthéon des grands hommes de l'Irlande, aux côtés de Charles Stewart Parnell et Eamon de Valera.

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  • Pour les Irlandais, il est le « Big Fellow », l'homme qui a réussi à mettre en échec toutes les forces conjuguées d'un empire qui s'étend, au lendemain de la Première Guerre mondiale, jusqu'aux confins du globe. Pour les Anglais, qui ont mis sa tête à prix, Michael Collins est le stratège le plus diabolique d'une armée de l'ombre et de la nuit. Dublin est son royaume. Il y règne sans partage et sans peur.
    D'une folle imprudence, il ne se cache pas, conspire à visage découvert, boit sec et n'hésite pas à faire le coup de poing avec ses compagnons. Sa ténacité a raison d'un régime colonial vieux de sept cents ans. En 1921, Michael Collins met fin aux hostilités et signe avec Lloyd George et Winston Churchill un traité qui donne l'indépendance à la plus grande partie de l'île. Éclate alors une guerre civile atroce.
    Dans cet ultime et tragique affrontement entre frères ennemis, Collins rencontrera à la fois la vic- toire et la mort, fusil au poing, au bord d'une route verdoyante de son comté natal.
    Cette vie pleine de bruit et de fureur, de sang et de larmes, de rires et d'espoir, a été porté à l'écran par Neil Jordan, le plus talentueux réalisateur irlandais contemporain. Son film Michael Collins a obtenu le Lion d'Or du Festival de Venise 1996, tandis que le prix d'interprétation masculine allait à Liam Neeson, qui incarne de façon bouleversante le rôle-titre.

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  • Hiver du connetable

    Pierre Joannon

    • Artus
    • 1 Avril 1991
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  • Fin connaisseur de Dublin dont il arpente les rues depuis un demi-siècle, Pierre Joannon brosse le portrait d'une ville que le génie de James Joyce a transmuée en mythe littéraire. Chemin faisant, l'auteur nous dévoile les secrets d'une cité qui fut longtemps en quête d'un destin. Capitale d'un éphémère royaume celto-viking et d'une nation coloniale pétrie d'orgueil, deuxième ville d'un archipel agité de soubresauts, centre nerveux d'une guerre d'indépendance inexpiable, bastion chancelant de la foi, coeur d'une improbable république gaèle fascinée par les mirages du progrès, elle est aussi et surtout un des phares de la culture européenne. De Jonathan Swift à Roddy Doyle, en passant par Oscar Wilde, William Butler Yeats, Bernard Shaw, Sean O'Casey, Patrick Kavanagh, Brendan Behan et Samuel Beckett, nombreux sont les écrivains qui l'ont aimée, vitupérée, immortalisée. Cette libre évocation d'une des plus attachantes et des plus secrètes capitales du Vieux Continent est assurément destinée à faire date.

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