Max Sivaslian

  • Les restes de l'épée, curieuse expression.
    C'est pourtant ainsi qu'on désigne de façon péjorative en Turquie, les Arméniens, femmes et enfants enlevés et islamisés, qui ont échappé au génocide de 1915. Si l'entreprise d'extermination s'avéra d'une sinistre efficacité, le bilan approche 1,5 million victimes sur une population évaluée à environ 2 millions d'individus, une catégorie de survivants dont le nombre est difficile à évaluer a réussi à rester sur les territoires ancestraux, dans l'actuelle partie Est de la Turquie, au prix de leur conversion à l'islam.
    Qui sont ces survivants ? Pour la plupart des femmes qui ont été enlevées par les tribus kurdes et qui ont été islamisées (les Arméniens sont chrétiens), de jeunes enfants des deux sexes, des Arméniens qui se sont convertis en famille à l'islam, enfin, de rares Arméniens restés chrétiens qui se sont cachés ou qui ont été sauvés par quelques tribus kurdes secourables. Très souvent, ces Arméniens islamisés ou cachés se sont mariés entre eux.
    Durant des décennies, abandonnés de tous, dans des contrées lointaines où ils étaient souvent coupés du monde, ils ont observé la règle élémentaire de survie : le silence. Près d'un siècle plus tard, les descendants de ces survivants commencent à peine à desserrer l'étau du secret.

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  • Les récentes évolutions politiques et sociales en Turquie ont permis une certaine libération de la parole. Des questionnements sur leurs ascendances, au sein des milieux intellectuels turcs, ont fait ressurgir une vérité longtemps occultée : une partie de la population descend de ces chrétiens islamisés au cours du génocide des Arméniens dans les années 1915-1920.
    Laurence Ritter, au fi l de nombreuses recherches de terrain dans les régions reculées d'Anatolie, a recueilli les témoignages de familles d'Arméniens islamisés et/ou cachés qui osent désormais parler de leur douloureuse histoire.
    Le parcours photographique parallèle de Max Sivaslian participe pleinement à l'enquête anthropologique en donnant à méditer sur les regards de plusieurs générations.

  • " Etre assis ", c'est ainsi qu'on désignait, littéralement, le fait d'être interné dans un camp en Union soviétique.
    L'expression est restée dans le langage populaire dans toutes les républiques après le démantèlement de l'empire. Le regard de Max Sivaslian, qui a photographié dans six centres de détention en Arménie, dont les prisons pour femmes et pour mineurs, explore avec pudeur l'intimité de l'enfermement. Au-delà des évolutions historiques, l'univers soviétique persiste et marque l'intemporalité des conditions carcérales.
    Ces visages devenus anonymes, qui sont finalement de nulle part, si ce n'est du lieu universel de la privation de liberté, nous renvoient à nos propres angoisses face à la misère de l'autre. Le texte de Martin Melkonian, qui vient en contrepoint, incite à voir ce que précisément nous ne voulions pas voir. Partout, quel que soit le lieu où s'exerce cet empêchement, avec une révélation de la vision qui a lieu grâce à l'énergie d'un photographe.
    " Le regard de Sivaslian ne compose jamais avec l'effraction. D'ailleurs, quoi prendre à qui n'a plus rien. "

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