Langue française

  • Un serviteur qui venait l'hiver nous apporter en ville des oeufs frais de notre maison de campagne me raconta qu'il avait vu, au milieu du jardin, devant la maisonnette qui m'appartenait à moi toute seule, "un couple" désireux d'entrer, mais qu'il avait éconduit. Quand il revint la fois suivante, je lui demandai des nouvelles du couple, sans doute parce que l'idée qu'ils avaient dû depuis souffrir du froid et de la faim m'inquiétait : "Où ont-ils bien pu aller ? Eh bien, m'annonça-t-il, ils ne se sont pas éloignés.
    Alors ils sont toujours devant la petite maison ? Eh bien, ce n'est pas cela non plus : ils se sont complètement transformés, ils sont devenus de plus en plus minces et petits ; ils se sont tant amenuisés qu'ils ont fini par s'effondrer complètement." Car, un matin qu'il balayait devant la maison, il n'avait plus trouvé que les boutons noirs du manteau blanc de la femme, et, de l'homme, il ne restait plus qu'un chapeau tout bosselé ; mais le sol à cet endroit était encore couvert de leurs larmes glacées.

  • La plus libre des disciples de freud, cette lou andreas-salomé (1861-1937) qu'il appelle par son prénom et à laquelle il a confié la formation analytique de sa fille anna, adresse au maître en hommage d'affection pour son soixante-quinzième anniversaire cette lettre ouverte.
    L'amie de nietzsche et de rilke, l'écrivain qui a laissé sur chacun d'eux la plus lucide des études, touche au coeur de l'analyse comme de l'écriture. thérapeute, elle est du sérail. freud n'hésite pas : il publie le livre aux editions psychanalytiques.

  • " Ma chère Lou, écrivait Friedrich Nietzsche à Lou Andrea-Salomé, votre idée de ramener les systèmes philosophiques aux actes personnels de leurs auteurs est vraiment l'idée d'une âme-soeur. " Quand en avril 1882, à l'âge de vingt et un ans, Lou von Salomé rencontre Nietzsche à Rome, elle ne devine rien de ce que sera cette courte et brûlante relation. C'est alors un Nietzsche heureux qui s'entretient avec sa disciple, la soeur choisie, sa fiancée impossible. De Rome à Lucerne, de l'amitié à la fâcherie, conversations et lettres échangées nourrissent cet ouvrage fondateur.

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  • Un serviteur qui venait l'hiver nous apporter en ville des oeuf frais de notre maison de campagne me raconta qu'il avait vu, au milieu du jardin, devant la maisonnette qui m'appartenait à moi toute seule, " un couple " désireux d'entrer, mais qu'il avait éconduit.
    Quand il revint la fois suivante, je lui demandai des nouvelles du couple, sans doute parce que l'idée qu'ils avaient dû depuis souffrir du froid et de la faim m'inquiétait : " Où ont-ils bien pu aller ? - Eh bien, m'annonça-t-il, ils ne se sont pas éloignés. - Alors ils sont toujours devant la petite maison ? - Eh bien, ce n'est pas cela non plus : ils se sont complètement transformés, ils sont devenus de plus en plus minces et petits ; ils se sont tant amenuisés qu'ils ont fini par s'effondrer complètement.
    " Car, un matin qu'il balayait devant la maison, il n'avait plus trouvé que les boutons noirs du manteau blanc de la femme, et, de l'homme, il ne restait plus qu'un chapeau tout bosselé ; mais le sol à cet endroit était encore couvert de leurs larmes glacées. Lou Andreas-Salomé

  • Postface d'Ernst Pfeiffer Ces deux nouvelles furent écrites en 1896 et 1898, juste avant et pendant la relation amoureuse de Lou Andreas-Salomé avec Rilke.

    Un même thème les parcourt : le choix pour une femme de la liberté, sans réserve, au mépris du danger - liberté d'aimer ou de ne pas aimer, hors conventions, liberté de créer - et la traversée des chemins qui y mènent. Traversée de ce qui tue la passion et représente une tentation masochiste pour les femmes : le mariage. Antérieures à ses textes psychanalytiques maintenant bien connus, ces deux nouvelles sont les premiers textes romanesques de Lou Andreas-Salomé jamais publiés en France.

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  • Battue par son père, rudoyée par sa mère, et incomprise souvent, Ursula trouve auprès du Bon Dieu un interlocuteur à la mesure de son âme.
    Car tout est loin d'être gris au pays enchanté de la petite fille.
    L'héroïne à laquelle Lou Andreas-Salomé prête sa sauvagerie et sa voix vit au rythme brisé des jeux d'enfants et des espiègleries de ses poupées. Entre Alice au pays des merveilles et Blanche-Neige au milieu des nains, Ursula évolue dans un monde féerique de rêveries et d'imagination. Au fil des trois récits composant L'Heure sans Dieu et autres histoires pour enfants, dont la fillette est la protagoniste autant que l'ordonnatrice, les figures d'adultes (parents naturels, pères symboliques ou spirituels, tante, amis, voisins) croisent les visages d'enfants (camarades, poupées, nourrissons). Les saynètes du livre ont pour toile de fond les goûters gourmands, les jardins et les maisons, une grotte mystérieuse, un couple d'inconnus planté dans la neige, nombre d'objets chargés de couleurs et de sens, et mille détails ouvrant sur un ailleurs merveilleux. Les références discrètes, mais constantes, à l'univers biblique, au fantastique des contes, à la mythologie classique et germanique se mêlent à l'imaginaire propre de l'auteur, qui fait dialoguer subtilement le visible et l'invisible et qui sait donner vie à tous les plans de la réalité.

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  • Un nain s'introduit à minuit, l'heure des esprits, au domicile d'une petite fille dont les parents sont sortis. Elle espérait ouvrir à une fée... dont elle attendait qu'elle donne vie à sa poupée. Mais, puisqu'il proteste de pouvoirs magiques et promet de réaliser son désir d'animer la poupée, elle lui accorde de rester. L'autorisation est confirmée par la famille lorsqu'elle vient à rentrer. Le mystère plaide en faveur du nain : il se dit d'antique lignage, prétend entretenir une intime complicité avec le monde invisible. Bientôt il se vantera de disposer d'une cape magique, qui rendrait invisible. Le nain-poète est un passeur, il préside au trajet qui conduit du monde visible au monde invisible et la pièce, qui se présente comme une fantaisie, renferme une certaine gravité : le créateur reste inéluctablement solitaire parmi les hommes, et, parfois, paralysé devant son désir de créer.

    Stéphane Michaud est professeur à la Sorbonne. Il a traduit pour le public français plusieurs textes inédits de Lou Andreas-Salomé. Il est l'auteur d'une biographie qui fait autorité, Lou Andreas-Salomé, l'alliée de la vie (Seuil, 2000). La cape magique, fantaisie théâtrale qui n'a jamais été portée à la scène, a fait l'objet d'une adaptation sur France culture en 2004.

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  • Lou Andreas-Salomé a écrit ce roman autobiographique après deux voyages en Russie, pays de son enfance, avec Rainer Maria Rilke, au printemps 1899 et durant l'été 1900. Elle avait près de quarante ans. De ce pèlerinage aux sources vives elle a rapporté Rodinka qui ne fut publié que quelque vingt ans plus tard.

    La narratrice, Margot, vit en Allemagne, mais c'est en Russie qu'elle a passé les plus belles heures de son enfance. Elle revient, l'espace d'un été, à Rodinka, « petite patrie », le domaine de ses anciens compagnons de jeux, qui ont grandi, ont changé ; les rapports entre les êtres sont devenus plus difficiles et plus riches. Rodinka est le roman de la nostalgie et du regret. Regret de la religion qui s'est éloignée, de la terre, perdue... De cette évocation d'une avant-guerre disparue aux étés plus ensoleillés que nature, Lou Andreas-Salomé dit à Anna Freud, à laquelle le récit est dédié, qu'elle faisait revivre ce qu'elle avait le plus aimé au monde.

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  • Le diable s'ennuie en enfer. Une âme en peine rescapée du cloaque infernal vient lui tenir compagnie.
    À partir de là s'enchaîne une série de dialogues fantaisistes, qui, de course poursuite en méditation pseudo-philosophique, finissent par ramener le diable dans le giron de Dieu et de sa grand-mère. Dans cette oeuvre inclassable parue en 1922, Lou Andreas-Salomé s'amuse avec malice et ironie. Mêlant théâtre et cinéma, poésie et théologie, elle donne libre cours à son imagination et surtout laisse s'exprimer certaines de ses idées les plus secrètes sur Dieu et le diable, ce qui les sépare et les unit, sur la création et la réincarnation, et sur le retour attendu du Fils. Le contenu et le ton sont si subtilement elliptiques que personne encore ne s'était vraiment intéressé à ce texte, que la traduction de Pascale Hummel rend aujourd'hui à sa vraie signification.

  • Philosophie, économie, histoire, sociologie, littérature, histoire de l'art, psychanalyse ... autant de sciences humaines qui délimitent les champs du savoir. Autant de disciplines fondamentales présentes de bout en bout dans la collection "Quadrige", à travers les plus grands auteurs, les plus grands titres, les plus grands textes. Quadrige : des ouvrages d'hier et d'aujourd'hui qui sont aussi des textes pour demain.
    La collection se divise en quatre sections : -- Références (dictionnaires, histoire générale ...) jaune pantone 116 -- Textes (Bachelard, Bergson, Durkheim ...) rouge 2718 -- Essais (Laplanche, Levinas ...) bleu 2728 -- Manuels (Ellul, Denis ...) vert green c .

  • Lou Andreas-Salomé (1861-1937) a laissé une oeuvre inclassable, d'une extrême diversité : littérature et philosophie, psychanalyse et théologie, histoires pour enfants et poèmes, correspondance et journaux. Au-delà de cette multiplicité, une unité forte rassemble son travail et son inspiration : la quête d'une plénitude spirituelle, comme en témoignent les textes réunis dans ce volume. « Notre première expérience est celle d'une disparition, écrit-elle. [...] Le premier souvenir est à la fois un choc, une déception due à la perte de ce qui n'est plus, et l'élément indéfinissable d'un savoir encore à l'oeuvre, d'une certitude que cela devrait exister encore... » Jamais cette quête n'enleva à Lou son caractère profondément rebelle, mais elle la distingua : dans les combats qu'elle mena (le féminisme), les analyses qu'elle conduisit (psychanalyse), les visions qu'elle développa (sur les sources de l'art), et les liens qu'elle partagea (avec Nietzsche et Rilke).

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