Gianni Buratonni

  • « Toutes ces écoles, toutes ces années, tous ces visages d'enfants aujourd'hui vieillis continuent de m'accompagner, alors que j'ai quitté mon dernier poste en 1995. Cinquante ans de vie à l'école, 1945-1995, un roman où tous les vrais personnages se bousculent dans ma mémoire et où l'école laïque et républicaine que j'ai connue a perdu au fil du temps le rayonnement qu'elle avait encore lorsque j'ai débuté dans ce beau métier. Que lui est-il arrivé ? Le désespoir de certains enseignants me bouleverse. Aujourd'hui, si j'exerçais encore, il pourrait tout à fait s'emparer de moi. » M. L.
    Michèle Lesbre a été institutrice, puis directrice d'école, pendant de nombreuses années. Observatrice attentive des changements survenus dans l'Éducation nationale, elle s'interroge, dans ce texte qui n'a rien d'une fiction, sur le beau métier qui a été le sien. On sourit aux évocations de lectures buissonnières et aux tendres portraits d'élèves récalcitrants. On découvre une école libre et joyeuse, que maîtres et parents construisaient ensemble. Et où les enseignants, en fidèles héritiers des hussards noirs de la République, ne s'en laissaient pas conter sur le respect de leurs prérogatives.
    On lit aussi dans Tableau noir l'expression d'une sourde inquiétude. Face au désarroi des jeunes collègues en manque de formation sérieuse, face aux réformes à répétition et aux surcharges administratives, que va-t-il rester de l'utopie d'une école qui serait le lieu d'apprentissage de la vie ?
    Comme un contrepoint au texte vibrant et grave de l'écrivaine, les dessins de Gianni Burattoni viennent souligner ce magnifique hommage à un métier passionnément aimé.

  • « J'ignorais où m'entraînait ce chemin qui serpentait dans la nuit pâle. Mon pas se perdait dans un profond silence que froissait parfois le vol d'un oiseau. Ce n'était pas vraiment la nuit mais plutôt un jeu complice entre ombre et lumière, peut-être l'effetto notte, comme l'appellent les cinéastes italiens.
    Il me semblait reconnaître le paysage, du moins avais-je l'impression d'une intimité avec la nature qui m'entourait et dans laquelle je cherchais des indices qui me l'auraient confirmé. Je dis "je" car je me reconnaissais sur ce chemin, cette façon un peu maladroite de marcher en hésitant. J'hésite toujours. Je me reconnaissais, je reconnaissais ma silhouette, ma chevelure emmêlée, le mouvement de balancier plutôt disgracieux de mes bras, cette façon de regarder sans cesse à droite et à gauche, je reconnaissais tout, sauf le manteau. Je n'ai jamais eu de manteau rouge. » Michèle Lesbre.

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