Bernard Comte

  • De 1926 à 1942 (de 21 à 37 ans), Mounier a consigné dans de petits carnets des notes datées, irrégulièrement espacées. Aucune explication ne nous est parvenue, de lui ni de sa femme, sur les conditions de leur rédaction ni sur l'usage qu'il a pu en faire. Il a écrit un jour "ces notes n'ont rien d'un journal intime". Elles sont tout autres en effet que les journaux rédigés par des hommes et femmes de lettres qui pensent ainsi "[se] réinstaller en possession de [leur] meilleur moi" et les publier comme oeuvres littéraires (parfois, comme Gide, de leur vivant). Bien différentes aussi, dans l'ensemble, des journaux-agendas où des personnages publics énumèrent leurs occupations. Le titre "Entretiens" qu'il a choisi indique qu'il s'agit de rencontres, où le scripteur a enregistré attentivement les paroles entendues et les impressions reçues d'un lieu ou d'un événement.

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  • L'aventure vécue de 1940 à 1945 par les membres de l'équipe d'Uriage _ quelques dizaines d'hommes et de femmes _ et partagée ou côtoyée par quelques centaines d'amis et collaborateurs a, depuis l'origine, suscité la curiosité, soulevé des interrogations et des controverses. Il y a d'abord l'apparence mystérieuse, un peu ésotérique, de cette étrange communauté de moines-soldats pédagogues animant un camp scout qui devient laboratoire idéologique et foyer de rébellion, inspiré par une mystique qui se prétend révolutionnaire.Mais c'est surtout l'ambiguïté de leur position idéologique et politique qui a provoqué, pendant la guerre comme après la Libération, les appréciations les plus contradictoires: institution officielle de Vichy (et fournissant au régime un alibi, pensent certains), l'Ecole a été aussi un foyer d'opposition à la collaboration (et donc une antichambre de la Résistance, pensent les autres); liée pour une part à une tradition aristocratique, prônant les valeurs d'élite et de hiérarchie plus que d'émancipation et de droits de l'individu, elle a voulu être l'instrument d'une action révolutionnaire capable de rivaliser avec le communisme en le dépassant . Les uns jugent contradictoire, hésitante ou naïve une attitude d'ensemble qui pour d'autres, à commencer par les acteurs, incarne équilibre, honnêteté et profondeur.L'échec apparent de l'Ecole des cadres d'Uriage dissimule la fécondité de ce laboratoire d'innovations où l'on a sans doute peu inventé mais beaucoup étudié et emprunté, en associant des précédents et des expériences hétérogènes. Ainsi, la méthode d'éducation constituait une synthèse de la tradition universitaire et d'expériences militantes menées dans les universités populaires ou les Equipes sociales; les officiers qui dirigeaient en 1940 une école des chefs dans un esprit d'obéissance aux ordres du Maréchal en ont fait une incarnation, sinon une vitrine du projet personnaliste, si bien qu'on ne peut faire l'histoire du mouvement Esprit ou des non-conformistes des années trente ans faire une place à cette réalisation; quant à l'humanisme révolutionnaire qu'on a recherché et esquissé à Uriage, il a réussi pendant un temps à déborder les anciens clivages entre croyants et athées, bourgeois et peuple, droite et gauche.Bernard Comte est maître de conférences d'histoire à l'Institut d'études politiques de Lyon.

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  • A l'heure des fondamentalismes et des violences qu'ils génèrent, au moment ou chacun peut choisir ses valeurs sans se référer à Dieu ou à une Église, a-t-on encore besoin d'une religion ? Trois auteurs livrent ici leurs réponses et en débattent.
    André Comte-Sponville affirme que les valeurs inspirées par la religion n'ont pas besoin de Dieu pour être vécues. Alain Rémond fait reposer sa foi sur un homme, fils de Dieu, plutôt que sur des vertus que les religions ont maintes fois trahies. Bernard Feillet propose que celles-ci cessent de manipuler Dieu et invite à habiter un espace où le manque creuse en nous le mystère de Dieu et le mystère de l'homme.

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  • Gilbert Dru a été abattu par la Gestapo à Lyon sur la place Bellecour le 27 juillet 1944 en plein midi, avec quatre autres résistants, en représailles d'un attentat antiallemand. Étudiant en lettres de 24 ans, responsable de la Jeunesse étudiante chrétienne, il était devenu un des animateurs de la résistance chrétienne dans le Sud-Est. Disciple généreux de Péguy et d'Emmanuel Mounier, il lisait aussi avec enthousiasme les poètes de la Résistance ; Aragon lui a dédicacé son fameux poème « Celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas ». Intellectuel lucide et organisateur méthodique, il projetait de mener, dans la France libérée, une action politique originale en associant les chrétiens résistants aux autres républicains soucieux de progrès social.

    Jean-Marie Domenach (décédé en juillet 1997) a été secrétaire puis directeur de la revue Esprit de 1946 à 1977, puis professeur à l'Ecole Polytechnique. Il a publié en 1947 Gilbert Dru, Celui qui croyait au ciel, témoignage sur son ami rédigé avec le concours de Denise Rendu ; ils ont repris ce texte en le complétant.
    Denise Rendu a été la fiancée de Gilbert Dru. Agrégée de lettres, elle a été professeur au lycée Saint-Just à Lyon. Christian Rendu, son mari, était ami de Dru. Ils ont participé à la Résistance, et travaillé après la Libération au quotidien lyonnais La Liberté, issu de La Résistance chrétienne.
    Bernard Comte, agrégé et docteur en histoire, a enseigné à La Faculté des Lettres et à l'Institut d'Etudes politiques de Lyon. Auteur de plusieurs ouvrages sur la Deuxième Guerre mondiale, il présente ici le milieu intellectuel et résistant lyonnais qui a inspiré Dru et ses amis.

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  • L'université Lumière Lyon 2 est née deux fois. À la suite des événements de mai 1968 qui ont diversement affecté les différentes disciplines de l'université de Lyon, une première université Lyon 2 (faisant le pendant de l'université scientifique et médicale Lyon 1) et regroupant le droit, les lettres et les sciences humaines est constituée en décembre 1969. En juillet 1973, deux nouvelles universités sont érigées - Lyon 2 et Lyon 3 - qui doivent se partager les locaux, les personnels enseignants et administratifs, techniques et de service, les enseignements et les diplômes délivrés. Le choix des enseignants fait de l'université Lyon 2 un établissement qui se consacre majoritairement aux lettres et aux sciences humaines et minoritairement au droit. Très vite, le nombre des étudiants d'origines sociales et géographiques variées s'y accrot de manière considérable (10614 étudiants en 1973-1974 ; 20514 en 1991-1992), ce qui ne laisse pas de poser nombre de problèmes résolus après de nombreuses crises et l'utilisation de palliatifs et de politiques divers. Au bout du compte, les personnels, les budgets, les locaux et les diplômes préparés croissent et se diversifient. L'histoire de Lyon 2 ne se résume cependant pas à cette croissance. L'université a été marquée par les hommes qui l'ont faite en rédigeant ses statuts et en la présidant. Ses statuts, par quatre fois imposés par la loi, mais élaborés démocratiquement, utilisent toujours des formules permettant à tous les tenants de l'université de participer à sa vie, ouvrant l'institution vers l'extérieur, la dotant de nouvelles missions tout en accentuant la centralisation. Ils révèlent sa culture qui dépasse l'orientation politique " de gauche " qu'on lui a souvent attribuée. C'est avant tout la volonté de débattre, d'enseigner autrement à tous les publics, de chercher ensemble, de partager des valeurs communes et la fierté d'appartenir à Lyon 2. Cette culture a cependant connu des limites, particulièrement lors des crises négationnistes, et s'érode aujourd'hui avec le départ des fondateurs et les nouvelles conditions de la vie étudiante et enseignante.

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