Republique-des-Lettres

  • La peau de chagrin Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Avec "La Peau de chagrin", publié en 1831, Balzac commence la série des "Études philosophiques" de "La Comédie humaine". Le jeune marquis Raphaël de Valentin, demeuré orphelin et pauvre, vit hanté par une grande oeuvre qui est sa consolation et son espoir. Il s'agit d'une "théorie de la volonté" inspirée, comme l'action du roman elle-même, par le mesmérisme et l'occultisme. Mais, découragé par l'ampleur de la tâche, il est sur le point de se suicider lorsqu'il rencontre un étrange personnage mi-antiquaire mi-sorcier. Celui-ci lui offre une peau de chagrin qui a le pouvoir de satisfaire tous les désirs de celui qui la possède. Seulement, à la suite de chaque voeu réalisé, la surface de la peau diminue et abrège d'autant la vie de son propriétaire, dont elle est le symbole. Raphaël devient immensément riche, il connaît tous les succès et tous les agréments d'une vie brillante, mais il meurt un an plus tard après une série d'aventures tumultueuses. "La Peau de chagrin" n'est pas vraiment un roman, mais plutôt un conte à demi philosophique, à demi fantastique, qui rappelle quelque peu les contes d'E.T.A. Hoffmann, lequel exerça une grande influence sur les "Études philosophiques". Combinant admirablement le réel et l'imaginaire, Balzac, à travers le thème de la consommation de l'énergie vitale, entend surtout mettre en lumière le contraste entre la volonté humaine et le destin.

  • L'Imposture Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. L'imposture est celle de l'abbé Cénabre, prêtre érudit, chanoine respecté, auteur discuté mais admiré, qui, ayant perdu la foi, n'en continue pas moins à rester fidèle aux habitudes et aux apparences de son ministère. Dans la perte de la foi, il trouve cette étrange liberté du mal qui le laisse indépendant de Dieu, sans se laisser aller cependant aux désordres des prêtres indignes. A-t-il jamais eu la foi d'ailleurs ? Spécialiste des problèmes mystiques, auteur d'une "Vie de Tauler" et d'un livre réputé sur les "Mystiques florentins", l'abbé Cénabre est un amateur d'âmes. Il voudrait connaître le secret de la sainteté, éclaircir ce mystère auquel il ne participe pas, mais, en face d'elle, ce psychologue subtil doit reconnaître que l'essentiel lui échappe. Affamé du secret des coeurs, il a l'orgueil de vouloir protéger le sien, de n'être qu'à lui. Dans un moment de crise spirituelle, il confie cependant son imposture à l'abbé Chevance, humble curé de village intimidé devant l'auteur des "Mystiques florentins". Devant cet aveu, celui-ci est alors transfiguré par la force surnaturelle qui le saisit. "L'Imposture" trouvera sa conclusion dans un autre roman qui lui fait suite, "La Joie". Pour Bernanos, "si les moralistes expliquaient tout l'homme, un tel livre n'aurait pas de sens, mais dans leurs calculs ingénieux le péché, non pas la faute, reste l'élément irréductible."

  • Monsieur Ouine Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. Ce qui pourrait être le début d'une intrigue policière - le meurtre d'un petit vacher dont on découvre le corps dans un ruisseau - sert à Bernanos pour crever l'abcès secret des tourments qui rongent la communauté du village de Fenouille. La méchanceté de chaque habitant va être forcée dans sa retraite et contrainte de s'étaler au grand jour. Qui a tué le vacher ? Est-ce le maire, à l'âme amollie par la débauche et obsédé par l'idée d'être sale ? Est-ce Mme de Néréïs, la châtelaine qui porte beaucoup d'attention aux jeunes gens ? Est-ce le curé craintif ? Ou est-ce Monsieur Ouine, ce professeur retraité, aussi curieux des plantes que des âmes ? Il est trop bien élevé pour tuer un homme. On devine cependant qu'il est sans doute le maître secret du jeu, le démon de ce village damné. Il a cette curiosité maligne de vouloir découvrir le secret de Dieu, signe évident de la présence du mal. Le lecteur ne saura jamais qui est le coupable, mais la tragédie ira à son terme. Dans la pensée de Bernanos, "Monsieur Ouine" prend certainement une valeur prophétique et eschatologique. C'est une figure du royaume qui vient, un prince du monde futur. Avec ce récit profondément désespéré, considéré comme le chef-d'oeuvre de l'auteur, Bernanos le romancier complète ici l'essayiste.

  • Monsieur des Lourdines Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alphonse de Châteaubriant. Timothée des Lourdines mène dans son château poitevin du Petit-Fougeray la vie d'un gentilhomme campagnard de 1840, aisée et retirée. Cordial et avenant pour ses tenanciers et ses domestiques, qui le jugent brave homme et sans fierté, il fréquente peu ses pairs auprès de qui il fait figure de vieil original. Réputation méritée lorsqu'on connaît ses deux grandes passions: l'amour de la forêt (il panse les blessures des arbres et son chien ne chasse que les champignons), et le violon. Tandis que sa femme malade se couche de bonne heure, il s'en va dans la partie inhabitée du château improviser sur son violon des mélodies faites d'espérances, de souvenirs heureux, d'hommages à la nature, et de plaintes douloureuses. Anthème, son fils, enfant trop gâté, mène lui la grande vie à Paris. Il achète des pur-sang, se ruine aux courses et aux jeux. Le seul voeu du châtelain est de faire revenir l'héritier du nom au domaine. Il le formule avec anxiété, quand survient l'événement qui va bouleverser la destinée des Lourdines. Un usurier réclame six cent mille francs de dettes accumulées par Anthème. La somme est énorme, mais l'honneur commande au vieil hobereau d'épargner à son fils la prison pour dettes. Il vend tout: terres, métairies, chevaux, renvoie les domestiques. Lorsqu'elle sait tout, Mme des Lourdines est foudroyée par une attaque de paralysie. Anthème arrive pour la voir mourir. Ce fils indigne, qui ne connaît pas le chiffre de ses dettes et ignore du même coup les sommations de l'usurier, s'ennuie vite au château. M. des Lourdines, torturé à l'idée qu'il pourrait retourner à Paris, et que ce qui peut survivre du domaine sera englouti, tente une épreuve naïve et poétique. Il conduit Anthème sur un sommet d'où l'on découvre les campagnes à l'entour, et s'efforce de le toucher en lui contant les suggestions des forêts et des champs. Peine perdue. Devant tant d'insensibilité, le hobereau s'emporte enfin et révèle la vente prochaine du patrimoine, le désastre qui menace. Anthème, ému, pleure et demande pardon. Un sincère repentir le prend, il ne peut résister aux adieux du vieux domestique congédié, et devine, tardivement, qu'il a causé la mort de sa mère. Un soir, pistolet en main, hanté par un morne désespoir, il gagne la partie inhabitée du château pour y mettre fin à ses jours. Mais, à mesure qu'il approche de la chapelle abandonnée, il entend une hymne étrange. Il aperçoit son père qui joue du violon. Le maître des Lourdines est transfiguré, comme en extase. Anthème comprend que son propre rachat est l'objet de cette cantate, il prend soudain conscience du lien mystérieux qui unit un père à son fils. Il pleure encore, mais, cette fois, il est sauvé, et pour lui-même, et pour son père, et pour ce qui restera des Lourdines. Plusieurs thèmes s'entrecroisent dans "Monsieur des Lourdines": les uns sont assez banals, presque dignes du feuilleton: déchéance du fils de famille perverti par la capitale, décadence de la vieille noblesse rurale, retour de l'enfant prodigue. Les autres sont plus subtils: force et faiblesse de l'amour paternel, salut de l'homme par la musique. Mais c'est surtout la façon dont Châteaubriant sait exalter à travers eux la puissance transfiguratrice de la forêt qui fait le succès du roman. Le mysticisme naturaliste qui envahira quelques années plus tard, jusqu'à la gâter, l'oeuvre d'Alphonse de Châteaubriant, ne se résout pas ici en une périlleuse logomachie. Il est discrètement incarné par le personnage du vieux gentilhomme puisant sa grandeur dans les harmonies naturelles. Monsieur des Lourdines s'apparente à toute une tradition régionaliste et terrienne qui, par-delà les romantiques, rejoint le XVIIIe siècle.

  • La briere Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alphonse de Châteaubriant. Châteaubriant appartient à la petite noblesse française des hobereaux terriens jusque dans ses chimères. Son oeuvre, qui s'égarera vers la fin des années 1930 du côté du national socialisme hitlérien, laisse intacts deux livres de jeunesse: "Monsieur des Lourdines" et "La Brière". Ce dernier roman emprunte son titre à l'une des régions les plus ignorées et les plus singulières de France, la Brière, non loin de Nantes. Ce pays, où l'eau et la terre se mêlent étroitement si bien que l'on y circule en bateau, a fait naître une race violente, dissimulée, sauvage. Le garde-chasse Aoustin n'admet pas que sa fille Théotiste épouse un gars de Mayun, village méprisé qui n'appartient pas à l'aristocratie des îles. En même temps qu'il doit rechercher des documents qui doivent permettre aux Briérots de défendre leurs libertés, Aoustin poursuit sa vengeance contre le séducteur de sa fille. A la fin d'un long drame, le vieux solitaire, après avoir châtié l'étranger, abandonné sa propre épouse, complice du déshonneur, et poussé Théotiste à la folie, se perd avec elle dans la nuit lourde de brouillards où la mort survient et le contraint au pardon. Personnage tout d'une pièce qui incarne la fidélité aux coutumes, Aoustin ne manque pas d'une barbare et sombre grandeur. Mais le véritable héros de ce livre de sang et de feu est la Brière elle-même, cette petite patrie repliée sur elle, qui jouit d'antiques privilèges dus à l'exploitation de la tourbe, entend conserver ses prérogatives et son particularisme. La Brière avec ses canaux aux mille contours, ses archipels ensevelis dans la brume, ses toits de chaume, ses feux de tourbe et ses chalands qui défilent lentement devant une nature mélancolique et sévère, lutte de toutes ses forces contre l'invasion de la modernité.

  • Histoire du mouvement ouvrier Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Édouard Dolléans, Préface de Lucien Febvre. Édouard Dolléans s'est imposé comme le père fondateur de l'histoire du monde ouvrier avec cette monumentale fresque en trois tomes retraçant l'histoire du mouvement ouvrier de 1830 à 1953. 1200 pages documentées de première main y relatent plus d'un siècle de vie quotidienne d'une classe ouvière luttant pour son émancipation dans tous les pays d'Europe, de Russie et des Etats-Unis, à travers la misère économique, l'exploitation patronale, l'organisation des syndicats, la dureté des grèves, la violence des révoltes, la traversée des guerres mondiales, les grands espoirs de Commune puis de la Révolution russe, la naissance du fascisme, le New-Deal américain, le communisme et les Internationales, etc. Toutes les grandes figures révolutionnaires de l'Histoire politique, sociale et économique de l'époque sont là par leur action de défense des masses ouvrières, de Karl Marx à Léon Trotsky, de Lénine à Proudhon, de Flora Tristan à Fernand Pelloutier, d'Eugène Varlin à Emile Pouget ou Paul Lafargue, mais aussi tous ceux qu'Édouard Dolléans appelle "les obscurs", c'est-à-dire les générations de simples militants inconnus qui luttèrent pour une vie meilleure dans le tourbillon des évènements malgré parfois les désaccords, les rivalités et les doutes, souvent les répressions sanglantes. Pour l'auteur, "les militants ouvriers ont une importance non pas anectodique, mais historique: ils incarnent les sentiments, les révoltes et les espoirs de tant d'obscurs travailleurs qui forment les classes laborieuses. Les militants ouvriers ont été à la fois des interprètes et des créateurs, car tout homme d'action n'est jamais ni complètement libre, ni complètement esclave. Il vit dans son temps et de son temps, mais si son humanité est profonde, il découvre en elle la vision des lendemains possibles entre lesquels il choisit." Au sommaire: L'amitié qui doit nous unir - L'expérience chartiste - Le mouvement ouvrier en face des idéologies - Le feu qui couve (1848-1862) - La première Internationale (1863-1870) - La Commune - Retours et anticipations (1871-1905) - Les temps héroïques du syndicalisme - L'élan rompu par la guerre (1909-1916) - Guerre ou paix (1917-1918) - Démons de guerre et d'après-guerre (1919-1933). - La fin d'un monde - Un monde détraqué, ballotté et plongeant - Les libertés en péril - Les hésitations de l'histoire - Entre le cinéma et la solitude - Choisir son destin. Cette édition numérique inclut les trois tomes en un seul volume.

  • Philosophie de la danse Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Valéry. Texte d'une conférence donnée en 1936 par Paul Valéry à L'Université des Annales, en accompagnement d'une prestation de la célèbre danseuse espagnole Antonia Mercé y Luque, dite "la Argentina". Avouant ne pas être lui-même danseur, l'auteur se penche sur la danse comme sujet philosophique, tentant de mettre en mouvement et de chorégraphier les mots et les concepts. "[Dans] cette danse d'idées autour de la danse vivante, j'ai voulu vous montrer comment cet art, loin d'être un futile divertissement, loin d'être une spécialité qui se borne à la production de quelques spectacles, à l'amusement des yeux qui le considèrent ou des corps qui s'y livrent, est tout simplement une poésie générale de l'action des êtres vivants." - Paul Valéry

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alfred de Musset. Publié en 1836, le récit de "La Confession d'un enfant du siècle" est nettement inspiré, mais avec une large transposition, de la liaison de l'auteur avec George Sand. Octave, qui est sincèrement épris, découvre que sa maîtresse le trompe avec un de ses amis. Pour lutter contre sa douleur, et après avoir blessé son rival dans un duel, il s'adonne à la débauche. Il y perd la pureté de son âme et toute foi en l'amour. À la mort de son père, il se ressaisit et se retire à la campagne où il tombe de nouveau amoureux. L'idylle avec Brigitte est brève, car son coeur perverti et soupçonneux est incapable de croire à l'amour et à la vertu des femmes. Il scrute avec méfiance le passé de sa nouvelle maîtresse, se divertit à exciter sa jalousie et à lui révéler ses tristes expériences. Il souffre chaque fois lui-même de sa méchanceté, demande son pardon et l'obtient de cette femme aimante. Après une nouvelle scène, plus pénible encore, ils se réconcilient et décident de partir, espérant recommencer une vie nouvelle en s'expatriant. Survient alors un troisième personnage, homme honnête et modeste, qui aime sincèrement Brigitte et réussit à se faire aimer d'elle. Octave le devine et Brigitte ne le nie pas. Les nombreux torts d'Octave à son égard ont tué son amour mais, par devoir, elle est toujours disposée à le suivre. Pendant son sommeil, Octave veut la tuer pour qu'elle n'appartienne pas à un autre mais la vue d'un crucifix sur sa poitrine l'arrête. Il trouve alors la force de renoncer à elle et accepte qu'elle parte avec l'autre homme. Beaucoup de détails intimes du récit, qui peut sans nul doute être considéré comme une autobiographie, rappellent la véritable aventure amoureuse qu'ont vécu Afred de Musset et George Sand. Mais cette "Confession", chef-d'oeuvre du romantisme français rongé par le doute et l'analyse, a avant tout valeur de document spirituel sur le "mal du siècle" de la génération née à l'époque de Napoléon qui, éprouvant la fin des illusions sentimentales et des espoirs politiques, a dilapidé ses forces inemployées.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean-Jacques Rousseau. Fidèle à son principe philosophique selon lequel l'homme naît bon, ses vices étant imputables à un état social mal organisé et à une éducation déficiente, Rousseau tente d'établir dans ce livre les principes d'une éducation naturelle. Il le fait en donnant à son traité la forme d'un "roman psychologique". L'éducation naturelle est pour lui non pas celle fondée sur les règles et traditions de la société mais sur la connaissance de la véritable nature de l'homme et de l'enfant. Il considère que les instincts naturels, les premières impressions, les sentiments et les jugements spontanés qui naissent au contact de la nature sont les meilleurs guides de la conduite humaine et donc son enseignement le plus précieux. Il s'ensuit qu'il faut respecter et favoriser chez l'enfant le développement de ces phénomènes instinctifs et se garder de les étouffer par une éducation mal comprise. Le philosophe veut "préparer le chemin à la raison par un bon exercice des sens". Ces affirmations de principe étant posées, il propose un cycle complet d'éducation divisé en quatre périodes correspondant au développement du corps (de 1 à 5 ans), des sens (de 5 à 12 ans), du cerveau (de 12 à 15 ans) et du coeur (de 15 à 20 ans). La nouveauté et l'audace pédagogique de l'"Émile" ont fait l'objet de longues polémiques courant de la date de publication du livre (1762) jusqu'au 20e siècle - l'ouvrage fut sévèrement condamné par le Parlement, par l'Église et même par certains philosophes comme Voltaire - mais ses théories sont aujourd'hui en grande partie passées dans la pratique et adoptées par le monde de l'éducation. Et les travaux des plus grands éducateurs du 19e et du 20e siècle (Pestalozzi, Herbart, Froebel, etc), tout en le discutant et le nuançant, dérivent pour la plupart directement de l'"Émile". Un style direct et vivant, riche de digressions poétiques, conservent encore aujourd'hui à ce livre majeur toute sa vitalité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Verlaine. Dans cet essai de poétique, Verlaine présente les "poètes absolus" du Parnasse français des années 1870-1880 qu'il considère comme "maudits" car incompris et ignorés par son temps. Au nombre de six dans la seconde édition augmentée de l'ouvrage (1888), ce sont Tristan Corbière, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de l'Isle Adam et le "pauvre Lélian", "celui qui aura eu la destinée la plus mélancolique", c'est-à-dire Verlaine lui-même. Ce fervent éloge de leur poésie, enrichi de précieux commentaires critiques et d'anecdotes sur ces auteurs qu'il connaissait tous personnellement, les révéla enfin pleinement au public et ouvrit la voie à une nouvelle ère poétique en France.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Flora Tristan. "Pérégrinations d'une paria" est le récit autobiographique de deux années de la vie de Flora Tristan. Femme de lettres franco-péruvienne, féministe, militante socialiste et figure majeure du débat social au milieu du XIXe siècle, l'auteur de "L'émancipation de la femme" et de "L'Union ouvrière" raconte ici ses pérégrinations pendant les années 1833 et 1834. Années de voyage, de combat et d'émancipation pour se libérer d'abord d'un mari tyrannique puis pour tenter de récupérer l'héritage qui lui est dû auprès de sa très illustre famille installée au Pérou. Mais, soumise à l'arbitraire de la société patriarcale de l'époque, mesurant que le droit est contre elle en raison de son statut de bâtarde, elle échoue dans ses demandes légitimes de reconnaissance. Elle décide alors de revendiquer haut et fort la qualité de "paria" et se change en justicière des droits bafoués de la femme et en porte-parole des victimes de l'ordre social.

  • Texte intégral révisé suivie d'une biographie de Flora Tristan. "Pour émanciper les serfs il faut les instruire, c'est pourquoi j'ai fait ce livre qui sera mon testament. Je l'adresse spécialement aux femmes afin de les délivrer de la superstition qui abrutit leur âme et rétrécit leur coeur [...]. Leurs droits sont les mêmes que ceux des hommes! elles ont de plus la divine prérogative de la maternité! Qu'elles soient donc mères, car les hommes sont des enfants! Assez elles ont régné par la ruse, assez elles ont triomphé par la corruption; l'heure est venue de la chasteté et de la justice! Oui, de la chasteté! [...] Oui, l'heure de la justice est venue [...]. La femme n'est pas une propriété, et le droit infâme de propriété sur les êtres libres s'appelle l'esclavage. La femme n'est pas née pour être esclave. Femmes, mes soeurs, vous avez souvent repoussé mes paroles parce qu'on vous disait que je voulais vous perdre. Non, vous dis-je; je veux vous sauver, mais il faut vous instruire, il faut vous dégager des scrupules d'une fausse religion, il faut vous armer de courage. Quand vous saurez vouloir, tout sera fait, car les hommes ont besoin de vous, comme l'enfant a besoin de sa mère!" - Flora Tristan

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Hermann von Keyserling et d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le plus grand 'artiste' que je sache a été Schopenhauer. Il est l'essayiste, le feuilletoniste, le dilettante à la plume aisée, - il est cela, divinisé. Sa doctrine constitue le produit le plus considérable d'une tentative avortée d'approfondissement intérieur. Aussi recèle-t-elle un grave péril pour qui n'est pas mis en garde contre elle. Schopenhauer ne peut manquer d'exercer une influence, car il fut un grand esprit. Et il ne peut avoir qu'une influence déformatrice, parce que l'oeuvre de sa vie est une oeuvre manquée." - Hermann von Keyserling

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "J'éprouvai le désir d'en savoir davantage sur ces hommes, sur ces premiers voyages dans les mers inexplorées dont le récit avait déjà excité mon intérêt lorsque j'étais enfant. Je me rendis dans la bibliothèque du bord et pris au hasard quelques ouvrages traitant de ce sujet. Entre tous les exploits de ces hardis conquistadores celui qui fit la plus forte impression sur moi fut le voyage de Ferdinand Magellan, qui partit de Séville avec cinq pauvres cotres pour faire le tour de la terre - la plus magnifique odyssée, peut-être, de l'histoire de l'humanité que ce voyage de deux cent soixante-cinq hommes décidés dont dix-huit seulement revinrent sur un des bâtiments en ruines, mais avec la flamme de la victoire flottant au sommet du grand mât. Ces livres cependant ne m'apprenaient pas grand-chose sur Magellan, en tout cas pas suffisamment pour moi. Aussi, à mon retour en Europe, je poursuivis mes recherches, étonné du peu de renseignements donnés jusqu'ici sur son exploit extraordinaire et surtout de constater à quel point ce qui avait été dit était peu sûr. Et comme cela m'est déjà arrivé plusieurs fois je compris que le meilleur moyen de m'expliquer à moi-même quelque chose qui me paraissait inexplicable était de le décrire et de l'expliquer à d'autres. C'est ainsi que ce livre a pris naissance, je puis le dire sincèrement, à ma propre surprise. Car en faisant le récit de cette odyssée de la façon la plus fidèle possible d'après les documents qu'il m'a été donné de rassembler, j'ai eu constamment le sentiment de raconter une histoire que j'aurais inventée, d'exprimer l'un des plus grands rêves de l'humanité. Car il n'y a rien de supérieur à une vérité qui semble invraisemblable. Dans les grands faits de l'histoire, il y a toujours, parce qu'ils s'élèvent tellement au-dessus de la commune mesure, quelque chose d'incompréhensible; mais ce n'est que grâce aux exploits incroyables qu'elle accomplit que l'humanité retrouve sa foi en soi." - Stefan Zweig

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Le mystère qui entoure la vie de Marie Stuart a été l'objet de représentations et d'interprétations aussi contradictoires que fréquentes: il n'existe peut-être pas d'autre femme qui ait été peinte sous des traits aussi différents, tantôt comme une criminelle, tantôt comme une martyre, tantôt comme une folle intrigante, ou bien encore comme une sainte. [...] En soi, le caractère de Marie Stuart n'a rien de mystérieux: il ne manque d'unité que dans ses manifestations extérieures; intérieurement, il est rectiligne et clair du commencement à la fin. Marie Stuart appartient à ce type de femmes très rares et captivantes dont la capacité de vie réelle est concentrée dans un espace de temps très court, dont l'épanouissement est éphémère mais puissant, qui ne dépensent pas leur vie tout au long de leur existence, mais dans le cadre étroit et brûlant d'une passion unique. Jusqu'à vingt-trois ans son âme respire le calme et la quiétude; après sa vingt-cinquième année elle ne vibrera plus une seule fois intensément; mais entre ces deux périodes un ouragan la soulève et d'une destinée ordinaire naît soudain une tragédie aux dimensions antiques, aussi grande et aussi forte peut-être que l'Orestie. Ce n'est que pendant ces deux brèves années que Marie Stuart est vraiment une figure tragique, ce n'est que sous l'effet de sa passion démesurée qu'elle s'élève au-dessus d'elle-même, détruisant sa vie tout en l'immortalisant. Etant donné cette particularité, toute représentation de Marie Stuart a sa forme et son rythme fixés d'avance: l'artiste n'a qu'à s'efforcer de mettre en relief dans tout ce qu'elle a d'étrange et d'exceptionnel cette courbe vitale qui monte à pic et retombe brusquement sur elle-même. Qu'on ne prenne donc pas pour un paradoxe le fait que la période de ses vingt-trois premières années et celle de ses vingt ans ou presque de captivité ne tiennent guère ensemble dans ce livre plus de place que les deux ans de sa tragédie amoureuse. Dans la sphère d'une destinée, la durée du temps à l'extérieur et à l'intérieur n'est la même qu'en apparence; en réalité, ce sont les événements qui servent de mesure à l'âme: elle compte l'écoulement des heures d'une tout autre façon que le froid calendrier. Enivrée de sentiment, transportée et fécondée par le destin, elle peut éprouver d'infinies émotions dans le temps le plus court; par contre, sevrée de passion, d'interminables années lui feront l'effet d'ombres fugitives. C'est pourquoi seuls les moments de crise, les moments décisifs comptent dans l'histoire d'une vie, c'est pourquoi le récit de celle-ci n'est vrai que vu par eux et à travers eux. C'est seulement quand un être met en jeu toutes ses forces qu'il est vraiment vivant pour lui, pour les autres, toujours il faut qu'un feu intérieur embrase et dévore son âme pour que s'extériorise sa personnalité." - Stefan Zweig

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Blaise Pascal, précédé d'une histoire du Jansénisme et annoté par Charles Louandre. "Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères" est un ensemble de dix-huit lettres publiées sous le pseudonyme de Louis de Montalte par Blaise Pascal entre janvier 1656 et mars 1657. Composées de manière indépendante, sans dessein préétabli, ces lettres constituent cependant un ensemble unitaire puisqu'elles sont toutes consacrées au même sujet: la défense de Port-Royal. "Les Provinciales" voient le jour en 1655 lorsque le théologien janséniste Antoine Arnauld, menacé de censure à la Sorbonne mais soucieux de porter devant le grand public le débat qui oppose les jansénistes à leurs adversaires, prie son jeune ami Blaise Pascal d'écrire pour sa défense. Celui-ci, nouvellement entré en religion, utilise alors son génie des mathématiques pour composer son raisonnement et pousser à la perfection l'art de persuader. Choisissant d'employer la fiction - un Parisien informe par lettres un ami vivant en province des disputes de la Sorbonne et du procès d'Arnauld - il entre dans le vaste débat intellectuel et moral du milieu du XVIIe siècle entre jansénistes et jésuites. Dans un style agréable accessible au lecteur non érudit, il défend non seulement les thèses jansénistes, en particulier sur la question théologique de la Grâce, mais attaque directement aussi la casuistique de la Compagnie de Jésus avec une argumentation imparable, usant aussi bien d'ironie que d'indignation, d'allégresse polémique que de verve comique. La conduite de son raisonnement se fonde sur une vision toute géométrique de l'univers où l'abstrait s'unit au concret. Pascal y exprime pleinement son don de styliser la réalité, de la traduire en figures simples et saisissantes. La distinction des divers ordres de réalité, chair, esprit, charité, nature, grâce, gloire, se rattache déjà à certaines de ses futures recherches. Il fonde en outre sa dialectique sur le jeu des citations, qui sont autant de faits aisément constatables. Malgré une mise à l'index des "Provinciales", l'oeuvre connaît un grand succès et porte un coup sévère aux Jésuites. L'oeuvre est aujourd'hui considérée comme un classique de la littérature française.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles-Ferdinand Ramuz. Après la mort de sa mère, le jeune Samuel Belet devient valet de ferme au service de riches paysans. Le dimanche, il continue d'étudier auprès d'un brave instituteur qui lui prête des livres et lui donne la possibilité de s'employer chez un notaire. Il découvre l'amour, mais Mélanie, sa fiancée, ne lui est pas fidèle. Désespéré, Samuel quitte alors son beau pays de Vaud. Après un détour par la Savoie où il s'exerce au métier de charpentier, il s'installe à Paris où il vit de petits boulots pendant plusieurs années. On est à la veille de la guerre de 1870 et de la Commune. Des amis militants tentent de l'entraîner vers l'Anarchisme et le Socialisme. Mais il s'en méfie, s'éloigne d'eux, et rentre en Suisse dès que la guerre éclate. Il travaille dans une scierie. Il loge chez une jeune veuve, mère d'un petit garçon, qu'il épouse bientôt. Les affaires marchent bien, il s'achète une maison à Vevey. Samuel se croit heureux mais la mort successive des deux êtres qu'il aime le plus au monde le rend à la solitude. Il retourne dans son village natal et apprend maintenant auprès d'un vieil homme le métier de pêcheur sur le lac Léman. Progressivement, son âme jusqu'alors tourmentée par les passions et les épreuves de la vie connaît enfin la paix intérieure et le détachement des choses. "La terre m'a quitté avec tout ce qui est petit; je laisse derrière moi ce qui change pour ce qui ne change pas [...] car tout est confondu, la distance en allée et le temps supprimé." Grâce à cette sagesse conquise de haute lutte, il aime désormais "en arrière": sa mère, Mélanie, ses anciens amis, son épouse... Roman de formation riche de la plus grande humanité, écrit dans cette langue naïve et savante dont il a le génie, tout imprégné de délicate poésie et d'humilité devant l'existence d'un homme simple, "Vie de Samuel Belet" est considéré comme le chef-d'oeuvre de C.-F. Ramuz.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles Péguy, Introduction par André Suarès. Étonné que le dixième anniversaire de l'Affaire Dreyfus passe inaperçu, un des amis de Péguy, Daniel Halévy, rédige une "Apologie pour notre passé". Péguy, la jugeant insuffisante, y répond le 17 juillet 1910 par un de ses "Cahiers de la Quinzaine". Composé à chaud, le texte est aujourd'hui considéré comme l'un de ses meilleurs essais polémiques. Un manuscrit où sont révélés les rapports d'une famille républicaine avec Quinet, Fourier, Blanqui, Raspail, etc. sert de point de départ à sa réflexion sur la République du temps de sa jeunesse et sur celle du jour. Selon lui, il y a perte de la "mystique" républicaine: "Tout commence en mystique et finit en politique." Le différend n'est pas entre la France monarchiste d'avant 1789 et celle qui suivit la Révolution, mais entre l'ancienne France païenne, chrétienne, royaliste, révolutionnaire, d'une part, et la France dominée depuis 1881 par le "parti intellectuel", ce dernier ne devant toutefois pas être confondu avec celui des instituteurs (les fameux "Hussards noirs" de la IIIe République), même francs-maçons. À la lumière de ce principe, il passe en revue les grands évènements de l'Histoire de France depuis la Révolution, réhabilitant le premier empire, condamnant le second. Selon lui, ce n'est pas le "parti juif" qui a soulevé l'Affaire Dreyfus, mais Bernard Lazare, dont il fait un vif et long panégyrique. Puis, après quelques pages sur la "vocation d'Israël", il en vient à définir sa propre doctrine socialiste à travers la "courbe de la croyance publique en l'innocence d'Alfred Dreyfus". Sa vision du socialisme attaque alors frontalement cellle de Jean Jaurès, qui selon lui aurait fait du dreyfusisme une idéologie anti-catholique et anti-patriotique. Péguy termine enfin son texte par une exaltation de la République, "régime de la liberté de conscience", qui ne peut subsister qu'à condition d'être aimée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles Péguy. Durant l'hiver 1899-1900, alors qu'une épidémie de grippe sévit, Charles Péguy, jeune fondateur des "Cahiers de la Quinzaine", est terrassé par le virus. Il a soudain peur de mourir mais, passé la prise de conscience sur la fragilité de la condition humaine, il ne s'apitoie pas sur son sort et publie bientôt trois textes: "De la grippe", "Encore de la grippe" et "Toujours de la grippe" (datés respectivement de février, mars et avril 1900), à la fois récit de son expérience et méditation sur la maladie, aussi bien individuelle que sociale. Péguy consulte d'abord un brave médecin de famille, vrai soignant de terrain, qui l'invite à se confiner et à s'aliter. Puis un autre docteur apparaît, citoyen socialiste révolutionnaire et internationaliste, plus moraliste, qui s'intéresse pour sa part davantage à la maladie du corps social. Il lui conseille de lire la célèbre "Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies" de Blaise Pascal, qui associe la destruction du corps individuel à la destruction du monde. Mais une histoire de femme dévote, morte d'une fluxion de poitrine après avoir trop prié dans le froid courant d'air d'une église, l'incite à relativiser la question de la foi catholique, par trop complice de l'enfer de la maladie et de la mort. Sophocle est alors cité à propos de la condamnation d'Antigone emmurée vive, renvoyant à la puissance et la permanence du mal. Après Pascal, Corneille et Sophocle, Danton le révolutionnaire est à son tour invoqué à propos de l'appel à sauver la patrie ("de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace"). Enfin, les "Dialogues philosophiques" d'Ernest Renan sont prétexte à de nouvelles réflexions sur un autre versant de ce "monde malade". Les médecins peuvent livrer à leurs patients la vérité sur leur maladie intime, mais, pour ce qui est de la fragilité et de la maladie du corps collectif, le secret reste bien gardé par les gouvernants. Le citoyen ne sait plus à quelle vérité se vouer.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Luís de Camões (dit aussi Luis de Camoens). "Les Lusiades" ("Os Lusíadas"), long poème épique en dix chants commencé à Santarém en 1552, continué à Ceuta et probablement achevé à Macao vers 1556 mais publié à Lisbonne seulement en 1572, trois ans après son retour des Indes et un an après la bataille de Lépante, est le chef-d'oeuvre de Camões. Le poème relate les péripéties non seulement de la célèbre expédition maritime qui permit la découverte des Indes par Vasco de Gama en 1497 - la flotte de petits bâtiments rapides, les escales (Canaries, Mauritanie, Cap-Vert, Sierra-Leone, Congo, Cap de Bonne-Espérance, Mozambique, Malabar, etc...), les peuples rencontrés, les intrigues, les batailles, les maladies, les tempêtes, etc. - mais également, grâce au récit de Gama devant le roi de Mélinde, à partir du troisième chant, tous les hauts faits de l'histoire du Portugal qui occupent ainsi un bon tiers du récit. Il s'agit donc bien d'une épopée nationale dans toute l'acception du terme, "Os Lusiadas" signifiant "Les Lusitaniens", en référence à la tradition mythologique selon laquelle Lusus, fils de Bacchus, ayant conquis le pays, laissa son nom à la Lusitanie. "Portugais, nous sommes de l'Occident / Nous allons à la recherche de l'Orient", proclame Camões. Un souffle de sensualité chaude et sensible parcourt l'ensemble des "Lusiades", véritable modèle "scénographique" d'art littéraire baroque. Camões s'y abandonne sans cesse à la volupté des couleurs, de la lumière, des odeurs et des sons. Toute la palette des rouges (rubis, vermillon, écarlate, pourpre, roux,...), toutes les choses étincelantes ou chatoyantes (or, argent, joyaux, cristal, diamant, étoiles, perles, rosée, larmes, fleurs, chevelures, soieries,...), tous les sons alertes (tambours, cymbales, trompettes, cris, artilleries,...) sont l'occcasion du chant pour le poète. Son caractère d'homme de la Renaissance s'y épanouit dans sa plénitude, d'abord dans l'extraordinaire ampleur de l'oeuvre, ensuite par ce mélange, si typique de l'époque, de la mythologie et de l'histoire, du paganisme et de la religion chrétienne, que Camões trouve chez ses inspirateurs italiens. Vénus et Mars y protègent fermement les Portugais mais Bacchus les poursuit d'une hostilité opiniâtre. L'Olympe y est le théâtre de querelles rageuses, et nombreuses sont les menées de divinités adverses, en particulier celles de la mer. Ce recours à la mythologie et l'intervention des dieux païens dans l'ensemble du poème valurent d'ailleurs de sévères critiques à l'auteur. Si "Les Lusiades" sont parfois critiquées comme étant une oeuvre inégale, elles restent cependant encore très vivantes. Évocateur aussi bien de la mer et du déchaînement des grandes forces élémentaires d'un univers sauvage que de l'insinuante douceur de l'exotisme - qu'il est le premier à introduire dans l'esprit européen -, Luís de Camões demeure comme un merveilleux musicien de la nature qui a inspiré et inspire encore de nombreux écrivains. Le Portugal célèbre toujours régulièrement son poète national par des fêtes triomphales.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Octave Mirbeau. Un politicien raté est envoyé en mission scientifique à Ceylan. Sur le bateau, il rencontre miss Clara, jeune femme sexuellement libre qui fuit les moeurs étriquées du vieux continent. Il tombe sous son charme et la suit en Chine où elle l'entraîne dans les cercles successifs de ses fantasmes érotiques et de son sadisme. Le point d'orgue est la visite, au coeur d'une nature luxuriante, du jardin des supplices. Clara aime y regarder des tourmenteurs travailler leurs victimes avec les raffinements que commande leur rang social. Sa volupté s'exacerbe à la vue de la souffrance et de la mort. Nourri des oeuvres de Sade, Barbey d'Aurevilly, Poe, Goya et Rops, Mirbeau fait ici la part belle au démon de la perversité sans s'abstenir de traiter les dimensions politiques et philosophiques de son récit. Écrit alors qu'on torture et tue un peu partout en Europe, il dédie son roman "plein de pages de meurtre et de sang [...] aux prêtres, aux soldats, aux juges,...", bref à tous ces pasteurs du peuple qui, partout, "s'acharnent à l'oeuvre de mort". À ses yeux, le monde est lui-même un immense jardin des supplices. "Partout du sang, et là où il n'y a plus de vie, partout d'horribles tourmenteurs qui fouillent les chairs, scient les os, vous retournent la peau avec des faces sinistres de joie [...]. Les passions, les appétits, les intérêts, les haines, le mensonge; et les lois, et les institutions, et la justice, l'amour, la gloire, l'héroïsme, les religions en sont les fleurs monstrueuses et les hideux instruments de l'éternelle souffrance humaine."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Octave Mirbeau. "Rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n'as rien à y perdre, je t'en réponds; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre [...]. Et s'il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l'audace cynique, à l'insulte et au mensonge. Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève." - Octave Mirbeau.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Katherine Mansfield. Certaines des quinze nouvelles de ce recueil, qui comptent parmi les plus typiques de Katherine Mansfield, montrent parfaitement comment elle dévoile et éclaire les aspects les plus secrets de la vie intérieure des êtres humains. Le ton de ses récits n'en est que plus intime et poignant. Elle se penche sur les souffrances humaines: les pleurs de l'enfance, les troubles de l'adolescence, la solitude de l'âge mûr, la séparation et la perte. Souffrance qui conduit parfois à ce plaisir des sens qui se satisfait des moments éphémères de l'existence: la rencontre avec les fleurs, les oiseaux, le pain croustillant, l'odeur de la lavande et autres instants de plaisirs simples. "La Garden-Party", qui donne son titre au recueil, nous introduit parallèlement dans deux foyers: la riche demeure de Laura Sheridan où se donne une somptueuse fête, et un logis misérable où vient de mourir accidentellement un ouvrier père de six enfants. Toute à la joie des festivités, Laura n'annule pas sa garden-party, préférant oublier ses voisins malheureux. Après le départ des convives, elle porte à la famille du défunt les restes du repas. En présence du mort, les sentiments confus accumulés dans son âme au cours de la fête éclatent en sanglots et en une exclamation puérile: "Excusez-moi si je garde mon chapeau", dit-elle au mort qu'elle voit si terriblement calme sur son grabat. Dans "À la Baie" et "La Jeune fille", elle décrit l'attente mêlée d'angoisse de jeunes filles devant l'amour. Katherine Mansfield éprouve une grande compassion pour les personnages féminins qu'elle affectionne - souvent des jeunes filles anxieuses ou des femmes frustrées. Chaque nouvelle est composée d'épisodes mettant en lumière par petites touches, avec grâce et délicatesse, mais aussi avec cocasserie et parfois une certaine cruauté, la vie secrète de ses personnages. De nombreux épisodes, personnages et décors de ces nouvelles, écrites vers la fin de la vie de l'autrice qui souffrait alors d'une tuberculose, sont en partie autobiographiques. Katherine Mansfield est décédée peu après, à l'âge de 34 ans.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Thomas Hardy. Jude Fawley exerce son métier de maçon pour gagner sa vie, espérer une vie meilleure et satisfaire sa soif de culture. Mais son tempérament sensuel, son manque cruel d'argent et un milieu peu favorable annihilent sa bonne volonté. Il tombe amoureux d'Arabella Down, parvient à l'épouser, est bientôt abandonné par elle. Il surmonte ce premier drame de sa vie et se plonge dans l'étude. Une passion pour sa cousine, la vive et intelligente Sue Bridehead, l'écarte encore une fois de sa voie. Celle-ci, mariée à un instituteur, déserte le toit conjugal pour se réfugier auprès de Jude. Ensemble, ils vivent heureux. Un enfant naît, suivi de deux autres, mais l'opinion publique leur est hostile. La pression sociale les écrase, le couple sombre dans la déchéance, les trois enfants meurent tragiquement et Sue retourne auprès de son époux légitime. Jude devient alcoolique. Il renoue avec Arabella mais meurt misérablement. Comme toujours chez Thomas Hardy, un profond pessimisme et une sorte de fatalisme domine la destinée des êtres humains. Il traite moins de leurs moeurs que du principe vital, l'instinct sexuel, qui régit sourdement leurs vies. Pour lui, la femme est le principal instrument de cette fatalité dans la vie des hommes, fatalité à laquelle elle-même est également totalement victime, bien qu'indifférente aux notions de bien et de mal. "Jude l'obscur", son second chef-d'oeuvre après "Tess d'Uberville", et sans doute aussi son roman le plus dense et le plus profond, étudie cette complexité des rapports entre les sexes. Qu'il le veuille ou non, Jude est soumis à une force supérieure contre laquelle tout principe moral est à jamais impuissant.

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