Publie.net

  •  Les noms qu'ici on prononce sont les noms de révoltés, ou du moins qui n'ont pas hésité à l'opposition individuelle à un système qu'ils jugeaient coercitif.  On suit Courbet à sa sortie de prison, et on regarde quelle toile il peint. On est avec Jacques Reclus, qui eut dix-sept enfants, dont Élisée et Élie Reclus,  Mais on est aussi dans le sud-ouest français au temps de la guerre d'Espagne. Et on revient à la fin de la Commune, au mur des Fédérés.  À sa manière, et dans la force habituelle de sa prose, Marie Cosnay investit en romancière des instants précis du temps historique. On est sur les barricades, ou cachés au Père-Lachaise. Ce microscope, qui nous redonne les êtres tout entiers, permet qu'on glisse sur des personnages interpoés, qu'on passe presque sans rupture à la fiction.
    Ce texte magnifique est d'une actualité immédiate : pourquoi ne nous révoltons-nous pas ? Que devons-nous à ceux qui, avant nous, se sont révoltés ?
    Paru en mai 2012 aux éditions Quidam, voici sa première édition numérique. Un grand texte pour dire notre présent.
    FB

  • Cacao

    Michèle Kahn

    L'envoûtant Cacao nous entraîne sur la route du chocolat : du Mexique à Bayonne, en passant par l'Espagne et Saint-Domingue.
    Lune, la belle héroïne, tient à Bayonne les rênes des négoces de son grand-père, le chocolatier David Alvarez, descendant de marranes réchappés de l'Inquisition espagnole. Mais un jour de 1761, les autorités de la ville défendent aux Juifs de faire du chocolat. Piqués au vif, Lune et David décident de prouver à tous que leurs ancêtres ont été les premiers à apporter en 1609 le secret du chocolat en France. C'est le début d'un voyage dans les méandres de l'Histoire de l'humanité, sur les traces des conquistadors espagnols, à travers les mers des Caraïbeset les souvenirs enfouis.

  • Cambouis

    Antoine Emaz

    Qu'Antoine Emaz soit un des principaux poètes au travail en France à l'heure d'aujourd'hui, nul pour le contester.
    L'oeuvre est dense, et majeure. Plaie, Boue, Os, Peau : des titres mots, qui vous prennent. Dedans, chez un éditeur à l'écart, exigeant (Tarabuste, établi dans l'Indre, et travaillant dans la tradition typographique), un travail au blanc, où le silence, la desntité graphique, la restriction à l'essentiel concourent à cette quête radicale où les mots appellent le réel.
    Les amis et les lecteurs d'Antoine Emaz savent (ne serait-ce que par Lichen, lichen (Rehauts, 2006) , que l'atelier d'Emaz est vaste comme les ciels de Loire qui l'entourent. Un lecteur de la langue française, dans son histoire et son épaisseur, où Saint-Simon répond de loin en amont à Reverdy et Du Bouchet. Pour la peinture, vous croiserez Emaz du côté de Klee, autre producteur vaste et essentiel, comme en musique ses carnets vont évoquer Led Zeppelin ou Bach. Dans Cambouis, il parle de ses carnets de 2006, on apprend comme par hasard qu'il s'agit des carnets numérotés 100 à 105.
    C'est à ma requête personnelle, lorsque les éditions du Seuil m'avaient confié la création d'une collection de littérature contemporaine, Déplacements, qu'Antoine Emaz avait commencé de rassembler, dans la suite de carnets accompagnant en temps réel son travail, la fabrique même des livres, mais cette permanente école de vie, ce qui deviendra Cambouis : par le côté massif (43 000 mots, 268 pages dans notre version PDF), il ne s'agit plus de cette prise de notes au quotidien, mais de comment s'articule en permanence le travail même, en quoi il est création, en quoi le poème et vivre interfèrent.
    Je suis très fier, en accord avec les éditions du Seuil, d'en proposer aujourd'hui l'expérience numérique : lecture sur votre ordinateur au format PDF, mais téléchargez et glissez l'epub dans votre iPad, votre Opus ou votre Sony, et ce sont toutes les fonctions du lire numérique - annotations, signets, recherche plein texte, extraits qui sont à votre disposition, le livre devient votre propre atelier, et c'est bien ce qui nous fonde dans l'expérience menée à publie.net.
    Et c'est la synergie que nous souhaitons explorer, susciter : vous pouvez commander parallèmeent le livre (Seuil/Déplacements, février 2009) chez Bibliosurf.com : en cela aussi, nous franchissons aujourd'hui un pas symbolique.
    Voir aussi sur Tiers Livre la réception critique de Cambouis.

    FB

  • C'est un roman, le roman d'André, arrière-grand-père de la narratrice. André a connu les tranchées de la première guerre mondiale avant de devenir imprimeur du roi à Addis Abeba. La narratrice reconstitue, dans une suite de scènes frappantes, ce qui finit par former une histoire. Une histoire où les destins individuels rencontrent l'Histoire. "Un récit, cent fois entendu ou conté, lui manque s'il n'est pris en son commencement. Il ne reconnaît rien aux épisodes si manquent les premiers. Pour trouver un chemin, il fait les mêmes détours que par erreur une première fois. Tel était André "

  • La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui conditionne notre vie au présent ?
    Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l´activité et l´échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur funéraire, du libraire à l´alpiniste, en passant par le notaire et le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible quand on accueille ici son boucher) ?
    J´étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu´Eric Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun comme des incises ou développement d´univers développés dans ses romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique, « l´entretien avec l´auteur », pour ouvrir un nouvel espace entre l´invention du roman et ses arcanes ou ses caves.
    Depuis l´installation sur publie.net de Si la main droite de l´écrivain était un crabe, il s´est passé un événement de taille : l´autofictif, le blog qu´entretient quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de l´écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une mise en abîme de l´écriture elle-même. Une convocation du concret, et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L´homme qui rit de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que pourra devenir l´autofictif, s´il pourra se rassembler, se réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c´est la preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d´Internet aussi pour l´imaginaire. L´écran comme lieu de fiction, mais fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.
    Alors non pas 36 métiers, comme dans l´expression populaire il a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et nous dedans.
    Dans la zone d´activité, à ma connaissance, est le dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s´agit d´une commande venue d´abord de gens de la typographie, de la réalisation d´objets livres. La preuve du succès, c´est qu´il n´est déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance (on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son côté...
    Et merci, Eric, d´autoriser ici cette déstabilisation douce du familier à se prolonger sur Internet.
    On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet, que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages blanches (solution fournie via téléchargement intégral).
    Il y a le mathématicien, l´homme des ressources humaines, l´ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le maître-nageur. Le notaire, la caissière, l´huissier, le pape. C´est toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.
    Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur le site des Editions Argol.
    Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce texte n´aurait pu être écrit par quelqu´un qui ne vit pas en province !

    FB

  • Des enfants jouent sur un rivage, et aperçoivent un corps échoué. C'est celui de Monsieur M. - une énigme à résoudre, jusques et y compris dans la fable qui peu à peu devient fantastique, mêlant l'enfermement de qui écrit à ce qui l'oppose aux mots d'ordre hurlés. Les voix qu'il entend dedans la page encore à écrire, et celles d'un dehors devenu carcéral, vociférant ordres et mots d'ordre. Aux mises en abyme successives qu'organise le récit, aux labyrinthes d'une bibliothèque - vide de tous ses livres brûlés, sauf un seul encore à écrire -, aux jeux de miroirs que peu à peu le geste d'écrire fait naître de lui-même, le roman vient proposer, comme autant de nouveaux reflets, l'écho de portraits successifs.


    Ils viennent comme démultiplier, dans leur champ propre, l'interrogation que porte le récit, que porte peut-être tout récit. Dans la clôture d'une chambre, que peuvent écrire ou peindre ? Les deux actes, entiers dans leur geste, viennent, chacun à leur mesure, dépasser la condamnation qu'ils portent en eux-mêmes. Un papillon noir, fasciné par la flamme du rêve dans un rêve, vole vers la nuit elle-même.

    Jean-Yves Fick

  • Cent pages, un seul récit, mais se saisissant des signes multiples de la ville, de ses noms, de scènes parfois brutales ou seulement quotidiennes ou abstraites, pour autant de textes brefs, comme des plaques liquides, chacune liée à un point précis de la ville et qui seraient notre appréhension intérieure de l´hyper-métropole. Le narrateur (parce qu´un récit s´ébauche, se centre autour de la notion de colporteur) est continuellement en mouvement dans la ville, un trajet comme cette ville qui n´a pas de centre, une ville qui ne se reconnaît plus d´un nom à l´autre nom, et qui exige l´habitat provisoire de la voiture comme seul trait commun.
    De quelle façon aborder la complexité de Los Angeles, avec quels mouvements, quels arrêts, quel travail sur l´image, quelle saisie des silhouettes, visages, noms, enseignes, et quelles permanences au contraire ?
    Et que bien sûr, à cette mise à l´épreuve, c´est le récit en prose qu´on interroge.
    Lire aussi, de Frank Smith sur publie.net, Guantanamo 2006.

    Frank Smith est né en 1968. Producteur-coordonnateur de l´Atelier de Création Radiophonique de France Culture, il est l´auteur de plusieurs documentaires radiophoniques, dont Un barrage contre le Golfe du Mexique (Grand Prix 2004 de l´Université Radiophonique et Télévisuelle Internationale). Avec Christophe Fauchon, il a dirigé deux anthologies, parues chez Autrement : une de poésie, Poé/tri , 40 voix de poésie contemporaine (2001), et une de réflexions critiques sur la poésie contemporaine, Zigzag Poésie, formes et mouvements : l´effervescence (2001). Frank Smith a publié deux ouvrages : Pas, sur des photographies d´Anne-Marie Filaire (Éd. Créaphis, 1998) et Je pense @ toi (Éd. Olbia, 2202, réédité par les Éd. du Cygne, mai 2004).
    Après Le cas de le dire, éditions Créaphis, 2007, Frank Smith vient de publier Guantanamo au Seuil, Fiction & Cie, en avril 2010.
    A visiter : Le site de Frank Smith.

  • Noces de Mantoue

    Marie Cosnay

    Une femme, dont le nom reste inconnu, marche et parle.
    Marche dans les montagnes, traverse les paysages des alpes et de l'italie. rejoint rémi au palais du té à mantoue, parle, ne cesse de raconter des histoires, des histoires dont il est difficile de savoir si elles ont vraiment eu lieu. des crimes parsèment le chemin et les récits de cette femme. après l'errance, après l'épuisement, on la fait rentrer "au lieu le plus clos de la ville". mais un cheval l'attend près du lac, un cheval grâce auquel, peut-être, fuir.

  • Cela commence par un hommage à la danse.

    Puis par une traversée d'un centre-ville, et des lumières qui le traversent.

    Puis une réflexion sur les choses, celle qu'on agrde, celles qu'on jette.

    "Et voilà la terre autour. Tout autour, d'elles, et d'eux, on peut la sentir souffrir, la terre, endurer. Terre on dirait lointaine, mais comme une mémoire profonde, une musique triste, originelle. Et persistante, malgré son air de vision, vraiment tenace. Et d'un coup on reconnait tout, y compris soi. Dans le fait même de ne plus rien reconnaître, s'y reconnaître." Jacques Serena est un de nos plus singuliers explorateurs du récit : il l'a appliqué à un objet unique, jalousie, destin en rade, et a pris pour territoire ces villes du sud qu'il connaît si bien.

    Ici il prend écart : la même prose, la même puissance narrative qu'on connaît, mais devenue poème, avec montée progressive de l'intensité de parole, comme un ligne tendue enflant, concise, percutante.

    Un hommage donc à « celles courant en échappant aux balles (.) à ces assises, ces danseuses (.) avec des éternités dans le moindre regard. » Et malgré tout, dire, l'oser, comme dans un abandon.

    FB _ FG

  • Claude Ponti est un de nos principaux auteurs "jeunesse" : par la construction d'un univers, image et texte jouant ensemble, qui correspond en profondeur à notre questionnement commun, souterrain, sur qui nous sommes, et sur les questions qui nous sont énigme.
    Cela veut dire qu'on ne bâtit pas une telle oeuvre en fonction d'à qui elle s'adresse, mais bien en fonction des images et des énigmes qui sont les vôtres, au-dedans.
    Et si on les ouvre, elles aussi, pour soi-même, et qu'on interroge l'origine, les superstitions, le vivre ensemble, le besoin de Dieu ou la peur de la mort ? Mais Ponti reste Ponti. C'est la grande obscurité de Rabelais, avec listes et accumulations, avec cette manière insistante de revenir frapper à la porte de la plus vieille énigme. Comme Rabelais, c'est cru, c'est violent, c'est résolument "adulte" (quand bien même ceux qui ne sont pas sont tout aussi bien capables d'entendre et cette violence et ces relations à cru de l'homme et de la femme devant l'origine) - c'est le même rire, jusque lorsque Ponti demande, à l'avant-dernière page : "Depuis quand le désespoir est-il habitable ?" Alors oui, cette mise à nu, celle de l'homme au présent. Rarement l'impression, dans ce jeu fou de langue parfois jusqu'à la fusion, d'un texte aussi prodigieux, aussi nécessaire.
    FB

  • Particulièrement fier de mettre en ligne L´enfer est vert.
    C´est un texte neuf et audacieux. Comme chaque auteur, passée la grande vague d´un livre, se remet au laboratoire, et qu´une piste de recherche peut l´emmener soudain dans une zone neuve, et du territoire découvert s´amorcera une autre conquête.
    La zone neuve et le territoire découvert, c´est l´arrivée décrite, dès le départ du texte, dans le "nordeste" brésilien, où Leslie Kaplan et Heitor de Macedo se sont souvent impliqués. L´autre conquête, c´est peut-être (elle ne sera probablement pas d´accord) dans le livre récemment paru chez POL : Mon Amérique commence en Pologne.
    Ce qui est fascinant, dans L´enfer est vert, c´est comment la récurrence de cette phrase très simple, pure perception à l´arrivée au Brésil, parce qu´elle met tout de suite en vis-à-vis de l´exploitation, de la misère, des grandes lois naturelles tellement plus fortes que le destin humain, aussi, va inclure par boucles successives tout ce que ces problématiques convoquent dans le présent immédiat de l´auteur.
    Ainsi, du même geste, parce qu´il y a violence, parce qu´on traque la parole, la proche banlieue parisienne (Les Lilas), ou l´actualité de notre côté du monde. Mais aussi les lectures, et les figures qui les incarnent (même Bob Dylan et Rimbaud, eux-mêmes opposés comme les étranges saltimbanques de Balad of a thin man) : Leslie Kaplan a écrit (voir Les outils sur Marguerite Duras, sur Maurice Blanchot avec lequel elle a longtemps et densément correspondu, mais, derrière, sont des figures plus tutélaires, emblématiques, Franz Kafka et Hannah Arendt, qui revient toujours, comme si l´hommage ne valait qu´à être mis à l´épreuve, recreusé, dans les textes de Leslie.
    Et s´amorce un autre glissement : la littérature l´autorise par une autre figure, cette fois-ci originelle : Alice au pays des merveilles, dans la langue anglaise, c´est l´apprentissage d´enfance entre réalité et fiction, et que cette frontière est mouvante, active, joue à la fois sur le réel où on coupe les têtes, et sur le rêve qui y mène. Alors - la première fois ? - la langue anglaise vient travailler le corps du récit, le dédoublant en voix off, mais ce dédoublement est aussi dédoublement d´instance : la façon dont on convoque êtres et lieux n´est pas la même.
    C´est à ce voyage qu´on vous convie. Leslie Kaplan avait d´abord confié ce texte à la collection Inventaire/Invention de Patrick Cahuzac, et c´est lui rendre hommage que de vouloir, dès maintenant, assurer la continuité d´existence d´un texte nécessaire.
    Ne vous privez pas de ce voyage. Pour une fois, on insiste.

    FB

  • Comme chaque soir, avant de partir, de quitter la classe vide, avais fait un rapide tour de la salle pour m'assurer que tout était en ordre ou du moins que le désordre était raisonnable... » Nous voilà immergés dans le quotidien, voix, geste, parole, d'un instituteur d'école primaire, dans un village de l'ouest, sous ciels d'estuaire. Pas la première fois qu'un récit s'y ancre pour laboratoire de l'imaginaire, des rêves, magnifique poste d'observation.
    Et point crucial de la transmission, des frictions sociales. Et puis il suffit d'une phrase, trouvée sur la table d'une des petites élèves, un coeur découpé dans le cahier de textes, "je t'aime maman passe que tu et la plus belle" - c'est ici, dans la classe même, dans cette heure qui suit le départ des élèves, que l'instituteur reçoit les parents d'élèves.
    Et c'est le biais ici pour ces portraits au plus sensible de notre présent, ses contradictions et ses illusions, sa générosité et ses désespoirs. Et chaque micro-chapitre est l'arrachement bref d'une silhouette ainsi sculptée dans son humanité même, "père de...", "mère de...", grands-parents parfois, à même leurs peurs ou leurs dérives (avec zeste parfois de physique quantique, croyez-le ou pas).
    L'instituteur, dans l'autre versant de sa vie, s'en fait l'écrivain, le recompose par la fiction qui fait surgir visages et paroles, récit en miroir de nous-mêmes - compte l'ouverture au temps. Claude Simon donne ici, en exergue, le défi : "pour l'écrivain ou le peintre [...] l'émotion est inséparable du matériau qu'ils travaillent (et qui les travaille)".

  • Le spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd´hui...
    Véronique Pittolo, c´est rare parmi notre tribu des auteurs d´aujourd´hui, ne laboure qu´un seul champ. Il faut dire qu´elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence.
    Chaque civilisation, depuis son origine, s´invente des mythes.
    Ils se ressemblent, diffusent de l´une à l´autre, ainsi le déluge, ainsi l´idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur.
    Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c´est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d´opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l´abîme.
    Mais si ça suffisait à définir l´étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu´à aujourd´hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l´a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c´est depuis eux qu´elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain.
    Ce qui fait une oeuvre, ce n´est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c´est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon.
    Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d´entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait).
    Mais c´est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu´elle dit une autre vision du monde.
    Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd´hui son pacte avec Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008, Hélène mode d´emploi :
    Dire qu´Hélène ressemble à toutes les femmes qui ont vécu, vivront, c´est dire que la Terre est plate.

    Avec une voix de speakerine.

    Je ne sais pas ce qui m´a pris dira la femme chamboulée qui retrouve une prime jeunesse.
    J´ajoute que, si j´ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c´est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l´institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d´écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central.
    Qu´on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c´est Internet qui l´accueille, c´est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu´ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l´ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque.
    Une partie des travaux de la littérature d´aujourd´hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l´éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d´ailleurs, on y travaille.
    Qu´on ne se méprenne pas : ce n´est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin - pourquoi ne se révoltent-ils pas ?
    Ou la formulation qu´en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd´hui ?
    Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze

  • Écrire, donner du sens, dire sa vie et la raconter, pour savoir, soi, ce qu´on a vécu, pour comprendre le sens de son passage dans le monde coloré et mouvementé, impétueux aussi, pour saisir en soi et dans les autres l´humanité, pour écouter le son qu´elle rend quand elle est parvenue aussi loin qu´il est possible dans l´existence. Seul le récit qu´on en fait permettra de reculer d´un pas, et de comprendre, et de transmettre sa compréhension. Caravaggio est parvenu à ce qu´il est convenu d´appeler le soir de sa vie ; ce soir déploie ses ombres et ses clairs-obscurs, ses derniers éclats de lumière aussi dans le texte. Il s´est placé dans un étrange lieu d´où parler, d´où s´adresser aux hommes, lui qui bientôt ne sera plus de ce monde. Il n´est pas tout à fait dans un autre monde, il est sur le seuil de ce monde. Tel, quand on est sur le départ, on se retourne une dernière fois et on ajoute quelques phrases encore. Il nous dit ce qu´il lui est essentiel de livrer sur son art, sur le lien intime entre lui et le monde, par quoi la singularité d´un artiste est universelle. Car en elle, humanité et création s´entrelacent et tissent un lien profond avec le monde complexe dans lequel nous sommes tous. Son regard est déjà fixé au loin mais il discerne encore des détails qui rendent toute la scène intensément vivante. Bona Mangangu tient cette note tout au long du livre, dans un monologue essentiel et d´un seul souffle. Comme chanté.

    Isabelle Pariente-Butterlin

  • Pendant presque deux ans, je passais entre deux et trois heures par jour en transport en commun (RER, métros). Tout ce temps là, mis bout à bout, ça fout la lourde comme on dit par chez moi, le vertige.


    J´ai donc eu mon compte d´accidents de personne, je ne les ai pas comptés, mais toujours une atmosphère particulière dans le wagon lorsque le conducteur l´annonce, ou sur les quais quand les écrans clignotent.


    Un jour l´un d´entre eux m´a fait arriver deux heures en retard dans mon boulot de l´époque. Ce jour-là, l´idée d´en faire quelque chose, de prendre des notes, et l´écriture de la toute première.


    La prise de notes a duré un an et demi. Toutes ces notes (ou la plupart) ont été écrites directement embarqué soit dans les wagons, soit sur les quais, au téléphone portable classique, ensuite via l´iPhone.


    J´ai vu de suite que c´était un truc fait pour twitter. Je n´ai pas twitté en live : j´ai un peu peur de l´instantané, et puis il fallait l´organiser, faire le ménage. Alors ça s´est étendu dans le temps, et tant mieux, ça m´a permis de faire mûrir .


    Fin 2010, j´avais plus de 200 fragments d´écrits, tous de moins de 140 caractères, alors j´ai créé le compte @apersonne, j´ai épuré mon texte. J´en ai gardé environ 160.  De cette façon, j´ai pu mettre en ligne 5 fragments par jour pendant un mois tout juste. C´était novembre, j´ai choisi décembre, et ça tombait bien avec Noël et réveillon à la fin comme acmé. L´idée était là depuis le tout début, de pouvoir programmer les twitts à heure fixe, tous les jours 7h, 9h, 12h, 18h et 20h, afin que les twitts puissent être lus aux heures de pointe, dans les transports précisément. Et puis ça avait un côté feuilleton : les followers ont commencé à savoir que c´était « bientôt l´heure d´@apersonne ».

    Passé fin décembre, j´ai mis au propre, rassemblé le tout dans un abécédaire. A l´origine il n´était pas prévu que des figures émergent, et puis des personnages sont apparus d´eux mêmes, par exemple celui qui cherche une chanson idéale pour la passer au moment de mourir, celle qui se tue mais plusieurs fois, car ça marche pas, les régulateurs de flux que je voyais tous les jours deux fois par jour, etc.  Alors les classer par personnages, c´était une idée. Les notes de bas de page, c´est venu pendant cette phase là, histoire de faire dialoguer tout le monde, du coup toutes les notes sont inédites, jamais apparues sur twitter, plus de 140 caractères pour certaines.  Je me demande toujours au moment de compiler ce genre de projet volatile : quelle sera la règle du jeu ? La règle du jeu ,ce serait de pouvoir naviguer dans tout ça sans suivre d´ordre, ni alphabétique ni rien, simplement rebondir d´une fiction à l´autre. J´aime cette idée de ne pas lire de la page 1 à la page 99 mais dans le désordre.


    D´où les 271 liens, chaque titre dans les notes étant discrètement interactif.


    GV

  • Un texte violent. Et la fierté à le mettre en ligne : bon indicateur de ce qui se renouvelle, vient éclater dans l´écriture et appelle ces formes neuves de partage.
    Violence quant à ce qui est dit ? Oui, en partie :
    Approcher la précarité ultime, celles qui n´ont plus rien, au voisinage des tentes de Don Quichotte, au terme des tunnels de la drogue qui les accompagne.
    Mais en partie seulement : violence peut-être plus radicale dans le deuxième cahier, quand il est question de son propre chemin artistique. Comment on est reçu, comment on progresse. Ces communautés fragiles qui se créent autour d´une pièce de théâtre, d´un festival ou d´une pratique de rue.
    Au passage, on aura traversé avec la même proximité, le même grossissement des visages, le même frôlement des corps, les lieux de la précarité extrême, et ces lieux où se chercher soi-même passe par l´expérience des autres : les rave par exemple, ou une nuit sur une plage, ou les coulisses d´un grand festival.
    Et si c´était la même violence : là où la norme d´une société marchande évince le chemin personnel ? Il n´y a pas de réponse simple. La colère de ce texte n´est pas une accusation - son chemin, on se le fabrique et si l´obstacle est plus lourd, on aura d´autant plus de force à le traverser.
    Une autre question, sous-jacente, qui elle fait autant accusation que question : dans ce chemin par lequel on chemine soi-même vers une pratique d´artiste, quelle place ou quel statut pour l´expérience directe de l´autre, extrême compris ? Quel prix payer, quel trajet prendre ? On nous parlait autrefois d´engagement, ça résonne comment, quand c´est la société au temps de l´industrie culturelle qu´on arpente ?
    Ces chemins, Marina Damestoy les arpente depuis longtemps. Une implication militante auprès des sans-abri, sans laquelle il n´y aurait pas devenir à ce visage entendu autrefois, et les textes écrits dans l´expérience même. Une implication théâtrale, festivals, arts de la rue, puis un passage à la revue Mouvements.
    Maintenant, l´écriture.
    Un noeud entre l´art et le social qui nous implique tous, en renversant les deux mots.
    Lire aussi sur remue.net son Cahier bigouden et on Animalimages.

    FB

  • Au moment de présenter Liliane Giraudon, il me vient une expression, comme si le texte pouvait s´arrêter là :
    Liliane Giraudon est une ligne droite.
    Parce que, pour moi, Liliane Giraudon c´est une direction.
    Quelqu´un qui cherche et qui expérimente. Et que ce que nous nommons littérature, c´est ce qui catalyse et sédimente en aval, où soi-même on s´installe pour travailler, tandis qu´eux sont déjà partis un peu plus loin devant, dans cette brume où viendront les nouveaux travailleurs, vous savez le reste de la lettre à Paul Demesny.
    Ainsi, et c´était déjà dans le paysage quand j´en ai soulevé un coin de trappe, fin des années 70, la revue Banana Split avec Jean-Jacques Viton. Ainsi, la permanence de l´atelier POL, la façon dont l´éditeur lui a donné ces galeries et chambres, voir Liliane Giraudon sur site POL (en 1978, déjà ce titre : Têtes ravagées : une fresque, ou ce Pour Claude Royer-Journoud). Et retenir cette Divagation des chiens ou son Parking des filles...
    Atelier aussi qui se confond avec territoire :
    L´implantation à Aix Marseille, de si longue date, la poésie par porosité et accueil.
    Alors évidemment, très fier que Liliane Giraudon ait accepté de venir symboliquement nous rejoindre sur publie.net.
    Seulement, après cela, voilà : ce texte, Les talibans n´aiment pas la fiction, se passe complètement de Liliane Giraudon, voire de nous-mêmes. Ce qui compte, c´est l´expérience du réel, et comment elle percute l´écriture. Et que cette friction, cette fissure qui s´inscrit, devient question, n´est pas uniquement texte, ou aboutissement de poésie, mais notre propre rapport au réel, à l´écarquillement des yeux, à la marche et à l´errance. Ce qui rejoint la catalyse de l´objet texte, ce sont des dessins, des images, des notes, des mots recopiés, des observations.
    C´est l´expérience du voyage qu´on questionne et qu´on pousse au bout.
    Et si cela se passe de nous-mêmes, c´est que le territoire afghan nous est désormais en partie inaccessible, mais que la guerre qui s´y continue se fait en notre nom. L´Afghanistan est pour nous tous un rêve et une tradition, des voyages du père Huk jusqu´aux Cavaliers de Kessel ou le Livre des merveilles de Marco Polo : la planète ne se divise pas, lorsqu´il est question de l´homme. Mais à condition que cette interrogation s´effectue concrètement, par le voyage et le regard, par le travail sur soi dans le choc de l´autre, et combien plus quand il est soumis lui-même à l´éclatement, la pression, le heurt de la guerre. Notre littérature, dans tant de ses âges, s´est écrite à cette frontière (d´Aubigné même). Il ne s´agit pas d´une expérience de l´étranger, il s´agit d´aller chercher l´étranger dans le corps de notre expérience propre.
    Il s´agit d´un texte concret : la poésie est à ce prix, démarrer par l´expérience du monde. Bienvenue au Carnet afghan de Liliane Giraudon dans publie.net.

    FB Merci spécial à Sarah Cillaire pour la relecture et réflexions et à Fred Griot pour la conception graphique, la mise en page et la coordination éditoriale.
    Les talibans n´aiment pas la fiction a été initialement publié aux éditions Inventaire/Invention fondées par Patrick Cahuzac, maintenant disparues. Nous avons souhaité assurer la continuité de la diffusion matérielle de ce texte important (comme nous l´avons fait pour Leslie Kaplan, Jean-Philippe Cazier et d´autres), mais il s´agit d´une édition entièrement neuve dans la conception et la révision.
    Voir aussi Liliane Giraudon sur le site des Editions Argol.

  • Cathie Barreau mène depuis longtemps son oeuvre d'écrivain en parallèle d'une forte implication dans le domaine des ateliers d'écriture.
    Une résidence d'écrivain, c'est avant tout un partage. Un fragment complexe de réel, avec toutes ses contradictions humaines et ses émotions, et l'intervention de l'auteur, le jeu permanent de miroir qu'induisent ses textes, déstabilise la donne. Pour l'écrivain, en retour, littéralement une mise au monde : son expérience dans la langue est au travail dans ce réel même, invisible sinon.
    Ville-Évrard est un des plus grands établissements psychiatriques de l'île de France. Il a accueilli quelques patients célèbres, dont Camille Claudel et Antonin Artaud bien sûr. L'équipe de soignants y a déjà accueilli, ces dernières années, d'autres écrivains.
    Dès le départ de cette résidence, Cathie Barreau annonce sa forme : un journal de voyages. Le voyage qu'elle fait de Nantes à l'hôpital. Le voyage qui s'établit, de visite en viste, entre elle et les patients qui écrivent. Journal qui mêle le retour sur soi à l'observation directe, des paysages, des lieux, des choses. Et bien sûr les paroles, le trouble des paroles, l'intensité des relations mises en travail, côté patients, côté accompagnants, côté soignants.
    Au terme du livre, ce choeur étrange et sauvage, si humainement juste, où les voix des patients, des soignants et celle de l'écrivain même resurgissent dans le lieu même qui les a fait sourdre. Il s'agit bien, il s'agit seulement, de littérature. Celle qui nous ouvre au monde, là où les mots n'étaient pas encore. Elle est chemin, expérience, assaut.

  • Il fallait Lilian Bathelot pour prendre à bras le corps ce symbole de la vie urbaine qu'est le skate-board - version "street", variante hardcore où les rues de la ville deviennent l'arène.
    Une histoire brève, dramatique. Marion, Zinedine. Si proches dans le coeur. Que tout sépare dans le bruit de la ville. Les quartiers, les regards, les familles, la vie qui ne tient qu'à un fil.
    Et le roman, cette façon d'y aller voir au plus près des êtres, dans leurs mots, dans leurs yeux, avec cette envie qui vient de les prendre par la main.
    Reste le défi, la pesanteur, l'équilibre, la fragilité des os, les douleurs de l'âme...

  • MacGuffin

    Anne-Sophie Barreau

    Le principe du MacGuffin, élément moteur qui fait avancer une histoire en entraînant les personnages dans ses péripéties, presque toujours un objet, généralement mystérieux, date des débuts du cinéma, mais l'expression est le plus souvent associée au cinéaste Alfred Hitchcock. Dans le livre d´Anne­-Sophie Barreau, cet objet est un téléphone, son iPhone perdu à San Francisco, le jour de son anniversaire, lors d'un voyage effectué avec son compagnon en Californie.
    Qu'est­-ce que l'on perd au juste quand on égare son téléphone portable ? Des images, des souvenirs, des contacts ? Les souvenirs refont surface peu à peu dans le désordre du surgissement des images, le labyrinthe qu´elles décrivent en nous, en même temps que certaines disparaissent à jamais. L´auteur se rappelle des photographies qu'elle n'a pas prises. Le livre s´apparente alors à une enquête en forme de quête, permettant à l´auteur de sauver certaines images de son voyage faisant apparaître en creux des souvenirs plus lointains, enfouis, comme révélés par les images perdues, disparues, ravies, et d´assembler ainsi, dans ce périple à travers l´Amérique et de son parcours personnel, ce qui est au fond le propre de toute histoire, un tissu rapiécé, un pêle-mêle.
    Odradek est un nom inventé par Kafka dans sa nouvelle inachevée « Le souci du père de famille ». Objet de toutes les interprétations et les détournements imaginaires possibles, il est à la fois une poupée et un prodige tombé du ciel, une mécanique de l´horreur et une étoile, une figure du disparate et un microcosme ; en somme, le modèle réduit de toutes les ambiguïtés d´échelle de l´imaginaire. Ce livre d´Anne­-Sophie Barreau est une fiction sur le pouvoir de l'image, l´imaginaire des voyages, la versatilité de notre mémoire à l´ère du numérique et la capacité de l´art à nous permettre de retenir le temps. Comme l´Odradek, MacGuffin est la forme que prennent les choses oubliées.


    MacGuffin existe aussi sur le web...

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