Sciences humaines & sociales

  • L'épopée de Toussaint Louverture commence par une révolte d'esclaves à Saint-Domingue en 1791 et culmine avec la proclamation du premier État noir indépendant de l'histoire en 1804. Après l'abolition de l'esclavage par la Révolution française en 1794, Toussaint devient le principal personnage politique et militaire de la colonie et prend le titre de "gouverneur général à vie" en 1801.
    Profondément attaché aux valeurs républicaines d'égalité et de fraternité, il lutte farouchement contre toute tentative de réimposer l'esclavage à Saint-Domingue. Doté d'un sens politique exceptionnel et d'une endurance à toute épreuve, Toussaint s'appuie aussi bien sur la population noire et l'armée que sur l'élite blanche et l'Église catholique. Jusqu'à sa chute face aux troupes envoyées par Bonaparte, qui saluera les qualités de ce rival hors du commun.
    Puisant dans de nombreuses archives inédites - et notamment dans la correspondance de Toussaint -, Sudhir Hazareesingh retrace chaque étape de cette vie extraordinaire, des victoires contre les troupes françaises, espagnoles et britanniques à la promulgation d'une Constitution autonome, en passant par des stratégies diplomatiques innovantes. On y découvre un visionnaire intrépide qui s'inspire des idéaux des Lumières et des traditions révolutionnaires et spirituelles de Saint-Domingue.
    Guerrier, législateur, chef providentiel, martyr : Toussaint est devenu une légende pour des générations entières. Premier "modèle noir", il a inspiré Victor Schoelcher, le militant antiesclavagiste Frederick Douglass et les plus grandes contestations du colonialisme, dont le mouvement de la négritude porté par Aimé Césaire.

  • Peu d´hommes d´État, dans l´histoire de France, ont eu les honneurs de la légende comme Richelieu. Il semble s´en amuser d´ailleurs, le grand manipulateur des Trois Mousquetaires, qui contemple le monde du haut de ses portraits d´apparat, tout de rouge vêtu, comme s´il nous défiait de regarder sa vie de plus près.
    Relevant le défi , Françoise Hildesheimer retrace la carrière tâtonnante, émaillée de traversées du désert, qui conduisit Armand Jean du Plessis à devenir, à trente-sept ans, le lieutenant de Louis XIII. Au service de ce roi méfiant, bègue et jaloux de son pouvoir, Richelieu mit l´énergie extraordinaire qui faisait dire à Malherbe qu´en lui, quelque chose « excédait l´humanité » : jusqu´à sa mort, en 1642, il s´employa à combattre les intrigues sans cesse renaissantes de la Cour, à imposer l´obéissance aux Grands du royaume, à déjouer les complots ourdis dans les chancelleries européennes, à réinventer une politique d´alliances, pour établir la gloire de Louis et faire naître la France moderne... une entreprise titanesque à laquelle il ne sacrifia jamais ses activités de théologien, d´auteur de théâtre et d´historien.
    C´est bien un homme, pourtant, et non un héros ou un démon, que ce livre nous invite à découvrir : un homme vieilli avant l´heure, aux nerfs fragiles, que la peur de la disgrâce ne quitta jamais, tant le ministre tout-puissant se savait suspendu à la faveur, flottante, du roi ; un homme habité par le goût de l´action et le culte de la raison, mais aussi par une foi sincère. N´en déplaise aux faiseurs de légendes

  • Hitler

    Ian Kershaw

    « Comment Hitler a-t-il été possible ? Comment un désaxé aussi bizarre a-t-il pu prendre le pouvoir en Allemagne, pays moderne, complexe, développé et culturellement avancé ? Comment a-t-il pu, à partir de 1933, s'imposer à des cercles habitués à diriger, bien éloignés des brutes nazies ? Comment a-t-il réussi à entraîner l'Allemagne dans le pari catastrophique visant à établir la domination de son pays en Europe, avec, en son coeur, un programme génocidaire terrible et sans précédent ? La réponse à ces questions, je ne l'ai trouvée qu'en partie dans la personnalité de l'étrange individu qui présida aux destinées de l'Allemagne au cours de douze longues années. Hitler, ceux qui l'admiraient comme ceux qui le dénigraient en convenaient, était une personnalité extraordinaire. Il avait de grands talents de démagogue ainsi qu'un oeil sûr, qui lui permettaient d'exploiter impeccablement la faiblesse de ses adversaires. On peut l'affirmer avec certitude : sans Hitler, l'histoire eût été différente. Cela donne à penser que la clé de l'énigme est à chercher moins dans la personnalité de Hitler que dans les changements vécus par la société allemande elle-même, traumatisée par une guerre perdue, l'instabilité politique, la misère économique et une crise culturelle. À toute autre époque, Hitler serait certainement resté un néant. »
    Ian Kershaw

  • Sans nul doute, l'Europe aurait pris un cours différent sans l'oeuvre politique de Guillaume le Conquérant (v. 1027-1087). Non seulement il l'a façonnée, mais elle l'a façonné aussi...
    Resituant sa vie au-delà des limites nationales et nationalistes, David Bates offre ici une oeuvre aboutie qui fera date. Cette biographie magistrale, ambitieuse et érudite pénètre en profondeur la vie intime de Guillaume, notamment ses origines, la relation à sa mère Arlette, son mariage avec Mathilde de Flandre ou sa fidélité conjugale, mais elle relate aussi un destin politique et militaire hors du commun. David Bates s'interroge sur les conditions de la conquête de l'Angleterre en 1066, à laquelle il consacre des pages passionnantes, de la succession anglaise à la bataille décisive d'Hastings dans le Sussex. Une dizaine d'heures durant, le Conquérant combat jusqu'à la mort Harold dont il nie la légitimité. Devenu roi, Guillaume écrasera impitoyablement toute résistance dans le pays, laissant outre-Manche un souvenir indélébile. Mais ce bouleversement politique et social que d'aucuns ont pu qualifier de colonisation contribua à la formation d'un véritable Empire transmanche.

  • Chez Jean Moulin, la grandeur allait de soi, écrit André Malraux vingt ans après sa disparition. Vingt-cinq jours clés, vingt-cinq journées particulières ont façonné le destin du grand résistant, dont la vie fut tragiquement écourtée à 44 ans. Une vie magnifiée par la passion et l'amour de la liberté. Mais aussi par le devoir.
    Né en 1899 à Béziers dans une famille unie et très attachée aux valeurs humanistes, Jean Moulin s'engage à servir la république à travers ses fonctions dans l'administration. Tour à tour sous-préfet, préfet, puis attaché ministériel, il agrémente ses loisirs de sa passion pour l'art, affûte son talent de dessinateur dans les colonnes des grands journaux. Il aime la vie parisienne ; les nuits des années folles au coeur de la capitale font son enchantement.
    Est-ce auprès des artistes qu'il a appris à regarder le monde? Avant l'Espagne et le Front populaire, le 6 février 1934 lui ouvre les yeux sur l'histoire en marche.
    L'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon éclaire les «grandes heures» de ce parcours où l'on découvre un homme pétri d'enthousiasme, amoureux, un grand sportif passionné de voitures, d'avions, de ski, que son goût certain pour le bonheur et une haute conception de ce que devait être la France ont encouragé à défendre ses valeurs, à résister - naturellement.

  • La mode est à Montaigne - un certain Montaigne du moins, délicat, aux moeurs et aux lumières exquises, avec lequel il ferait bon passer l'été. Mais il en existe un autre, à qui il faut rendre sa violence, sa vivacité, son impatience, ses passions et ses colères sanguines, pour tout dire sa démesure.C'est ce qu'entreprend ici Christophe Bardyn qui, tout en brossant le tableau édifiant d'un xvie siècle embrasé par les guerres de religion, se laisse guider par l'oeuvre du moraliste pour y déceler les indices qu'il y a sciemment dissimulés. Cela donne un portrait audacieux, fourmillant d'hypothèses inédites, hardies et volontiers polémiques. Où l'on découvre que Michel de Montaigne ne serait pas de noble naissance, mais fils de palefrenier ; qu'il n'avait pas tous les atouts de la virilité, mais assez d'esprit pour devenir un amant infatigable, notamment de Marguerite de Valois ; que sa passion pour La Boétie - dont les oeuvres sont ici complètement revisitées - eut sur sa pensée philosophique, politique et religieuse une influence insoupçonnée ; qu'il se cache dans les Essais d'étranges crypto¬grammes qui semblent nous inviter à d'infinies spéculations...C'est un tout autre Montaigne qui surgit alors, plus complexe, plus humain, moins sage, et dont on savoure page après page la vraie religion, en dépit des jugements moraux, sociaux et religieux de son temps : celle de la liberté.

  • Écrire la vie de Jacques Derrida (1930-2004), c'est raconter l'histoire d'un petit Juif d'Alger, exclu de l'école à douze ans, qui devint le philosophe français le plus traduit dans le monde, l'histoire d'un homme fragile et tourmenté qui, jusqu'au bout,

  • Européen dans l'âme et par le sang, rarement souverain ne l'aura été autant que Charles Quint (1500-1558). Né Habsbourg, héritier de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg réunis, des royaumes d'Espagne, de Naples, de Sardaigne et de Sicile, il est, à vingt ans, élu Empereur du Saint-Empire romain germanique, au grand dam de François Ier, qui en convoitait le titre. Leur rivalité est l'un des axes de cette biographie passionnante. Le roi français aurait-il accepté la main tendue que lui offrit à plusieurs reprises le petit-fils des Rois Catholiques, l'histoire européenne en aurait à coup sûr été changée. Car les défis à relever ne manquent pas en ce siècle de la Renaissance. Les passions religieuses enflamment les Européens, l'intransigeance du moine Luther et l'arrogance des papes achevant de diviser le continent. Le rêve de Charles Quint de réaliser une Europe unie ne résistera pas non plus aux poussées de l'Empire ottoman qui menace à ses frontières. Au fil des pages où l'on croise tour à tour Henri VIII, Mary Tudor, Érasme, Titien mais aussi Magellan, Hernán Cortés, Francisco Pizarro et Barberousse, Lindsay Armstrong dresse un portrait saisissant du premier et dernier Empereur des deux mondes. Curieux et vif, tour à tour drôle et piquant, fin gourmet et amateur d'art, mélancolique aussi, sa personnalité domine celles de ses contemporains et offre un modèle noble du Prince, qui revit ici dans toute sa splendeur.

  • Pourquoi Thiers ? Pourquoi une biographie de l'homme qui reste surtout dans les mémoires comme le sinistre fossoyeur de la Commune ? Pourquoi raconter la vie, rechercher les ressorts de la personnalité de ce Monsieur Prud'homme, emblème de la bourgeoise conquérante et sûre d'elle ? Pourquoi ? À cause de tout cela - et aussi parce que Thiers, dont Balzac s'inspira pour créer son Rastignac, est un incroyable personnage de roman. Car Thiers, c'est aussi : Un enfant du peuple, abandonné par son père escroc, qui, grâce à son ambition et son travail, devient chef de l'État, à une époque où l'ascenseur social est autrement plus lent qu'aujourd'hui. Un provincial monté à Paris, qui séduit par son intelligence les salons parisiens et, en premier lieu, le superbe Talleyrand qui se fait son mentor. Un journaliste touche-à-tout, comme il se doit dans le métier, qui, à peine arrivé à Paris, découvre le génie de Delacroix, ébranle la Restauration en théorisant, dans le journal qu'il a créé, le système parlementaire et participe au plus haut niveau à la révolution de Juillet 1830. Thiers, c'est aussi ce politicien taxé d'opportunisme, mais qui n'a jamais rallié le Second Empire, dont il prévoit, fustigeant à la Chambre la politique étrangère de Napoléon III, la terrible chute. Thiers, c'est le diplomate qui, à soixante-treize ans, parcourt l'Europe pour trouver des alliés à la France défaite par la Prusse. C'est le libérateur du territoire qui règle aux Allemands une exorbitante rançon de 5 milliards de francs sans pour autant ruiner les finances du pays. Thiers, enfin, c'est l'homme d'État, qui comprend en 1871 qu'il est temps de fonder la République... Thiers, c'est le XIXe siècle.

  • En 1998, toute la presse française se fait l'écho de la disparition de Pierre Boutang et le monde intellectuel, longtemps divisé à son sujet, rend un hommage unanime à ce maître - à la fois méta-physicien, écrivain, critique, poète et traducteur. Aujourd'hui, en dépit du centenaire de sa naissance (1916-2016), la postérité semble oublier injustement celui qui fut aussi le fondateur du journal La Nation française (1955-1967). À ceux qui en ont une image toute faite - celle d'un personnage colérique, d'un penseur sulfureux ou même « facho » -, cette biographie fournira bien des démentis et des nuances : en politique, fut-il maurrassien ou gaulliste ? pétainiste ou giraudiste ? traditionaliste, anarchiste ou antimoderne ? Fut-il un homme de droite, ce pourfendeur de l'Argent qui appelle à voter Mitterrand en 1981 ? Un homme de gauche, cet adversaire du marxisme et du Progrès ? Et comment situer un catholique en proie aux formidables débordements d'Éros ? Ceux qui ne le connaissent pas encore découvriront ici quelle immense figure de la vie intellectuelle française fut Pierre Boutang - lecteur phénoménal, professeur adulé après avoir été longtemps exclu de l'université, mais aussi pamphlétaire à la plume acérée, et surtout philosophe de la transcendance de l'être et du désir.Traversant un demi-siècle de pensée et de débats, où se croisent les voix des maîtres et amis de Boutang - de Gabriel Marcel à Jean Wahl, de Philippe Ariès à Roger Nimier, de Maurice Clavel et Raymond Aron à George Steiner -, nourri de témoignages et de documents inédits, Stéphane Giocanti révèle la genèse d'une oeuvre en forme d'« odyssée du secret » et, sans éluder sa part d'ombre, brosse le portrait d'un inclassable géant du XXe siècle.

  • Portrait de cet homme politique emblématique du second Empire dont le nom évoque la norme bourgeoise de l'appartement parisien. Au-delà de ce style architectural, Haussmann a créé la capitale des temps modernes et en 17 ans a dirigé la construction des grands boulevards, de l'Opéra, du marché des Halles, la réorganisation de l'île de la Cité, etc.

  • « Poète, vagabond. Voyageur. Contestataire », Philippe Soupault (1897-1990), fondateur du mouvement surréaliste avec André Breton et Louis Aragon, a vécu en marge, à dessein et par inadvertance. À dessein, il s´est tenu à l´écart des projecteurs, n´aimant ni l´idée ni les servitudes de la gloire. Et c´est par inadvertance qu´il est resté dans l´ombre : trop occupé à vivre, il a oublié de préparer sa postérité...
    Auteur avec Breton, en 1919, des Champs magnétiques, un des livres les plus marquants du XXe siècle, il est avant tout poète. Mais c´est aussi un romancier de talent (du Bon Apôtre aux Dernières Nuits de Paris), et un critique prolifique, inclassable. Éditeur, journaliste à Paris-Soir et à L´Excelsior, directeur de Radio-Tunis, producteur à Radio-France, sa vie professionnelle est variée et passionnante, marquée par de nombreux voyages, de multiples rencontres. Proche de la résistance gaulliste, il connaît les geôles vichystes à Tunis. Considéré comme l´un des plus authentiques écrivains de la littérature française, on le retrouve en 1944 professeur dans une université chic de la côte Est des États-Unis. Sa vie, retracée ici à travers son oeuvre et de très nombreux inédits, suit les soubresauts littéraires et politiques du siècle, du mouvement dada aux errances du surréalisme, de la montée du nazisme en Allemagne à la dictature du gouvernement de Vichy, de la création de l´URSS à la décolonisation. De Paris à Mexico, de Tunis à New York en passant par Berlin, Prague et Rio de Janeiro, c´est une longue vie pleine de poèmes et de traversées, cherchant sans cesse un difficile équilibre entre l´écriture, les amitiés et les amours.

    Le livre imprimé contient un cahier hors-texte de 8 pages en noir et blanc, qui n'est pas repris dans la présente édition numérique.

  • La vie de ma chère Natalie Barney est une suite ininterrompue de grandes amours. Car la séduction, la vraie, ignore les méfaits de l'âge. Et depuis sa naissance, le 31 octobre 1872, Natalie n'a pas cessé de séduire et de faire naître les oeuvres les plus

  • 1853. Par le caprice du destin et le coup de foudre de l'empereur François-Joseph, le souverain le plus puissant de son temps, Élisabeth, princesse de Bavière, devient, à l'âge de seize ans, impératrice d'Autriche.
    Accablée d'une exceptionnelle beauté et

  • « Enlevez-moi ça de là ! » : « ça », c´est le micro de la radio, et celui qui s´agace s´appelle Raymond Poincaré. Nous sommes en 1927, et le chef du gouvernement français doit prononcer un discours pour inaugurer un banquet où figurent d´éminentes personnalités de la République ; que diable irait-il faire de ce gadget encombrant !
    Préhistoire médiatique... qui n´a pas duré longtemps : car n´allons pas croire que nous avons tout inventé, avec nos journaux people, nos mediatraining et nos consultants en image ! C´est que la communication politique n´est pas affaire de modèles abstraits, mais de trouvailles, de redites, de rencontres aussi : son histoire, dès lors qu´on s´intéresse à sa fabrique, à ses aspects concrets, est riche en surprises. Petit test : qui a inventé le slogan « la force tranquille », lequel marqua le début du règne des publicitaires en politique, Jacques Séguéla ou Léon Blum ? Qui imagina le premier les célèbres « causeries au coin du feu », ces émissions radiophoniques au ton plus intime, Franklin D. Roosevelt ou le président du Conseil André Tardieu ? Pour quel homme politique fut inauguré l´outil du « plan-médias », Guy Mollet ou Valéry Giscard d´Estaing ? D´ailleurs, lequel d´entre eux accepta le premier de se plier à l´outrage ultime, la séance de maquillage avant de passer à la télévision ?
    Des années 30 à aujourd´hui, voici, dans les coulisses de la scène politique, une autre histoire de la France contemporaine.

  • Poète et peintre, Juif converti au catholicisme, homosexuel noceur en lutte contre ses penchants, proche des plus grands artistes puis reclus... Max Jacob est protéiforme et contradictoire, insaisissable, en perpétuelle transformation. D'où peut-être une destinée littéraire en demi-teinte. Par sa personnalité, son oeuvre et son parcours, il incarne pourtant l'incroyable richesse du paysage littéraire français dans la première moitié du siècle dernier. Né à Quimper, Jacob débarque à Paris en 1895. Peintre, il survit de petits métiers et se passionne pour la littérature et la musique. Autour de la communauté artistique du Bateau-Lavoir, il noue avec Picasso une amitié profonde et tumultueuse puis rencontre Apollinaire et André Salmon. Avec la publication du Cornet à dés, en 1916, Jacob est enfin reconnu et après guerre, une exposition et de nombreuses publications attestent de son succès. Artiste complexe, il fut également un véritable « découvreur » de talents, encourageant peintres, écrivains et musiciens et se dévouant corps et âme à la cause de ses nombreux amis. Max-le-drogué, Max-le-clown, Max l'homosexuel mène une vie mondaine agitée, proche entre autres de Jean Cocteau et Pierre Reverdy. Converti au catholicisme dès 1909 et baptisé en 1915, il se retire en 1921 au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, partiellement d'abord puis définitivement à partir de 1937. En février 1944, la Gestapo vient l'y chercher et il meurt le 5 mars au camp de Drancy. Béatrice Mousli restitue la variété et la richesse de l'oeuvre de Jacob, romans, nouvelles, poésies fantaisiste et surréaliste avant l'heure, mais aussi une correspondance considérable. Max Jacob retrouve ici la place qui est la sienne, celle d'un homme à l'esthétique et à la pensée éminemment libres, en quête perpétuelle : un passeur au destin tragique.

  • " Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse." C'est sur ces mots apaisés que s'éteint le philosophe Ludwig Wittgenstein à Cambridge, au lendemain de son soixante-deuxième anniversaire. Pourtant, la destinée de celui qui fut l'un des penseurs les plus originaux du XXe siècle ne semble guère lumineuse, traversée qu'elle est d'insatisfactions, de doutes, de combats perpétuels. Il naît à Vienne en 1889, dernier des huit enfants d'une famille richissime. Le père, industriel de grande envergure, la mère, musicienne d'exception, reçoivent chez eux Brahms, Mahler ou Klimt, et dispensent à leurs rejetons une éducation élitiste, fondée sur le culte de l'excellence. La médiocrité n'est pas de mise chez les Wittgenstein - trois fils se suicideront.
    Ludwig, quant à lui, est saisi très tôt par le besoin de comprendre le monde; le questionnement philosophique deviendra la grande affaire de sa vie : ce seront la rencontre avec Bertrand Russell, la découverte de la logique et l'entreprise considérable du Tractatus Iogico-philosophicus dont la réception suscita querelles et incompréhensions ; ce seront aussi des choix matériels et spirituels radicaux.
    En 1914, au milieu de la rédaction de son grand oeuvre, il s'engage sous les drapeaux austro-hongrois ; il connaît le feu, l'emprisonnement et découvre la foi chrétienne. Au sortir de la guerre, il renonce à la philosophie, abandonne sa part d'héritage, et devient instituteur, puis jardinier ; il envisage même un temps d'être moine... Ses dernières années, la reconnaissance venue, il renoue avec ses premières recherches, critiquant les conclusions de son Traité dans des travaux majeurs qui seront publiés de façon posthume.

    L'homme, on le voit, est aussi complexe que son oeuvre. Au terme d'une enquête précise, Ray Monk réussit ici le tour de force de nous éclairer les contradictions, les déchirements, les zones d'ombre du personnage, sans sacrifier jamais la profondeur de sa philosophie.

  • Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Mitterrand, Valéry Giscard d´Estaing, Édouard Balladur, François Fillon...
    Jean-Pierre Raffarin les a tous côtoyés, tous observés. Revenant pour la première fois sur son itinéraire, le Poitevin dévoile les secrets de sa vie à Matignon, raconte sa relation privilégiée avec Jacques Chirac, revendique ses Raffarinades. Il dresse les portraits savoureux des ténors de la droite, croquant sans fl atterie les grands fauves croisés sur son chemin.
    Figure politique qui s´est toujours refusée à la violence ambitieuse et aux reniements intéressés, l´ancien Premier ministre se fait le champion d´une droite sociale et chaleureuse. Ami de la Chine, il plaide pour l´ouverture au monde, nous livrant l´analyse d´un babyboomer sur une génération qui a façonné notre société et que l´auteur a traversée avec gourmandise et lucidité. En humaniste, il rêve d´une France apaisée, à l´optimisme ragaillardi.
    Jean-Pierre Raffarin nous raconte avec bonheur les grands moments et les petites phrases qui ont marqué ces dernières décennies politiques, livrant une histoire inédite de la Ve République.

  • « You are simply the best of British. » Ces mots de Tony Blair adressés à la souveraine du Royaume-Uni résument bien ce qu'est, à nos yeux, Élisabeth II : une icône.
    Étrange destin pour une femme que sa naissance ne prédisposait pas à régner. L'abdication de son oncle Édouard VIII en 1936, en plaçant son père sur le trône, a fait d'elle l'héritière de la Couronne et l'a mise comme malgré elle, à dix ans, sur le devant de la scène. Elle ne l'a plus quitté.
    Élisabeth II est devenue reine en 1952 : voilà soixante ans qu'elle incarne l'une des plus vieilles monarchies du monde. Churchill fut son mentor ; elle a côtoyé de Gaulle, Kennedy et Nehru ; elle a régné sur l'Angleterre des Swinging Sixties et des Beatles, sur celle de Margaret Thatcher et des Sex Pistols ; à l'époque de Barack Obama et de Vladimir Poutine, c'est toujours elle qui en occupe le trône.
    Imperturbable, s'étant toujours efforcée malgré les brus capricieuses, les divorces retentissants et les intrusions de la presse à scandale de maintenir le prestige de la royauté, Élisabeth fascine. Lire aujourd'hui sa biographie, c'est traverser un siècle d'histoire britannique, et suivre les mutations profondes d'un peuple et d'une société ; c'est aussi tenter de découvrir la clé d'un mystère : comment a-t-elle pu demeurer à la fois si profondément anachronique et si absolument immuable ?

    Portrait de la reine Élisabeth II © Yousuf Karsh / Camerapress / Gamma

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Courtisane, princesse puis sainte, Liane de Pougy a vécu trois déstins en un seul. C'est pour expliquer ce triple itinéraire que j'ai écrit sa biographie, la première...
    Considéeée par Edmont de Goncourt comme "la plus jolie femme de son siècle", Liane de Pougy qui naît en 1869 et meurt en 1950, traverse l'Europe en suscitant de folles passions. Cette courtisane a pour adorateurs Charles de Mac Mahon, Roman Potocki, Maurice de Rotschild, tant d'autres encore qui portaient des noms illustres. Mais Liane ne saurait se contenter d'exploits galants avec les hommes, ou avec les femmes: elle est également l'auteur de romans comme Idylle saphique ou de remarquables mémoires comme Mes cahiers bleus, ouvrages qui sont autant de reflets de sa parfaite bisexualité.
    Reine du demi-monde, Liane devient par son mariage, en 1910, avec le prince roumain Georges Ghika, une authentique princesse. Elle se consacre alors aux petits jeux de la tendresse avec, par exemple, Nathalie Barney, et au grand jeu de l'amitié avec Jean Cocteau, Max Jacob, Reynaldo Hahn, Marcel Proust (qui prête à son Odette certaines manies de Liane) et Colette (Léa, dans Chéri, doit beaucoup à Liane).
    A la mort de son époux, en 1945, Liane de Pougy trouve enfin une conquête à sa mesure: Dieu. Son confesseur, le Père Rzewuski m'avait assuré que sa patiente, entrée dans le Tiers Ordre de saint Dominique, était très proche de la sainteté".

    Couverture: Photo: Alexandre Ghika Photo: Karl Lagerfeld

  • Le corsaire Jean Bart, selon Jean de La Varende, a été mis « à toutes les sauces ». Eugène Sue, par exemple, fit de ce Flamand un héros « loquace et bouffon ». L'auteur des biographies d'autres marins, Suffren, Tourville, et de saints, comme Don Bosco, le curé d'Ars ou Monsieur Vincent, rend à ce « géant roux » ses véritables dimensions. Au service du Roi de France, il écrivit une magnifique page d'histoire. La Varende en restitue la grandeur et la truculence dans un style libre et éblouissant. On croirait qu'il a inventé ce personnage pour le placer aux côtés de Nez-de-Cuir.

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