Littérature générale

  • « Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse. » C'est sur ces mots apaisés que s'éteint le philosophe Ludwig Wittgenstein à Cambridge. La destinée de celui qui fut l'un des penseurs les plus originaux du XXe siècle fut pourtant traversée de doutes et de combats perpétuels.
    Il naît à Vienne en 1889, dernier des huit enfants d'une famille richissime. Le père, industriel de grande envergure, et la mère, musicienne d'exception, reçoivent chez eux Brahms, Mahler ou Klimt, et dispensent à leurs rejetons une éducation élitiste, fondée sur le culte de l'excellence.
    Quant à Ludwig, le questionnement philosophique devient vite la grande affaire de sa vie : ce seront la rencontre avec Bertrand Russell, la découverte de la logique et la rédaction du Tractatus logico-philosophicus ; ce seront également des choix radicaux. En 1914, il s'engage sous les drapeaux austro-hongrois, connaît l'emprisonnement et découvre la foi chrétienne. Au sortir de la guerre, il renonce à la philosophie et devient instituteur, puis jardinier ; il envisage même un temps d'être moine... Avant de renouer avec ses premières recherches durant ses dernières années.
    Au terme d'une enquête précise, Ray Monk réussit ici le tour de force d'éclairer les contradictions et les zones d'ombre du personnage, sans sacrifier jamais la profondeur de sa philosophie.

  • Héros de nos manuels scolaires, modèle de nos grands hommes - de Charles-Quint à Napoléon Bonaparte, en passant par Louis XIV -, Jules César est une grande figure de l'histoire politique européenne.
    Mais quel homme fut-il exactement ? Dictateur, Jules César chercha toujours à asseoir son autorité sur un peuple qui l'admirait. Propagateur de la culture romaine chez les populations celtes d'Europe, il fut également l'impitoyable guerrier de la campagne des Gaules, dont on relèvera le caractère génocidaire à l'époque moderne. Enfin, au faîte de sa puissance, César fut assassiné dans des circonstances qui comptent parmi les grandes énigmes politiques et psychologiques de l'histoire.
    Dans cette biographie qui repose sur une connaissance exhaustive des sources historiographiques anciennes, Luciano Canfora brosse le portrait étonnamment précis d'une personnalité complexe, dont l'entreprise de « romanisation » est à l'origine de l'Europe moderne.

  • Pour le monde arabo-musulman, Saladin est une figure mythique. En Orient comme en Occident, une véritable légende s'est construite autour de ce sultan kurde (1137-1193). Champion de l'islam et souverain d'un immense empire, il est aussi celui qui sut reprendre Jérusalem aux croisés et susciter chez ses adversaires chrétiens, notamment Richard Coeur de Lion, une certaine admiration.
    Dans cette biographie nourrie aux meilleures sources, Anne-Marie Eddé a voulu comprendre la formidable popularité qui fut celle de Saladin. Une propagande inlassable encensait le sultan, défenseur de l'islam, serviteur fidèle du calife de Bagdad, parangon de justice, magnanime et généreux envers ses sujets comme envers ses ennemis...
    S'efforçant de faire la part de l'imaginaire et de la réalité, Anne-Marie Eddé replace le personnage dans l'époque tourmentée qui fut la sienne. Elle décrit l'ascension d'un homme doté d'un grand sens politique, qui parvint à étendre sa domination sur un territoire allant du Nil à l'Euphrate et du Yémen au nord de la Mésopotamie ; un homme intéressé par la vie religieuse, soucieux d'appliquer la loi musulmane, mais sans excès, notamment à l'égard des communautés juives et chrétiennes ; un homme qui fut un guerrier infatigable, mais aussi un administrateur doué d'une prodigalité qui faisait le désespoir de ses proches. Un homme, enfin, qui montra autant de volonté dans la maladie, le deuil et les combats déçus que sur les chemins de la gloire.

  • Du tsar Alexandre Ier, son éternel rival, Napoléon en exil disait : « Il peut aller loin. Si je meurs ici, ce sera mon véritable héritier en Europe. » Napoléon est bien mort à Sainte-Hélène, en 1821 ; mais Alexandre le suivit dans la tombe dès 1825, à l'âge de quarante-huit ans. Et sa disparition brutale, survenue dans des circonstances troublantes, ajouta encore au mystère de celui que ses contemporains appelaient le « sphinx ».
    S'appuyant sur des archives jusque-là négligées et sur des documents inédits, cette biographie éclaire d'une lumière nouvelle le destin complexe d'Alexandre. Elle peint l'enfance du grandduc, couvée et régie par sa grandmère, Catherine II ; elle décrit son accession brutale au trône en 1801, à l'âge de vingt-trois ans ; les débuts brillants de son règne ; et surtout son duel avec Napoléon, qui culmine avec l'invasion de la Russie par la Grande Armée et l'incendie de Moscou en 1812. Sur l'échiquier titanesque qu'est alors l'Europe, le jeune tsar devient une pièce centrale.
    La gloire, pourtant, Alexandre en est las : à mesure que les années passent, son salut le préoccupe toujours plus. Une obsession qui prend d'étranges chemins, puisqu'il envoie à Rome, peu de temps avant de mourir, un émissaire secret au pape Léon XII.
    L'enquête de sa biographe montre que la tentation catholique a bien effleuré le tsar Alexandre... Est-il vraiment mort, d'ailleurs, en 1825 ? Le doute subsiste...

  • Élevé dans une Irlande rurale dont il aura tôt fait de rejeter le poids des conventions, Francis Bacon trouve dans le Londres puis le Paris des années 1920 les sources d'une inspiration plus conforme à sa démesure. Ses premières oeuvres, animées d'une violence aussi vitale que destructrice, dérangent. L'intransigeance de sa vision ainsi que sa virtuosité picturale l'imposent cependant sur la scène artistique d'après-guerre. Consacré comme un des peintres les plus originaux du XXe siècle, Francis Bacon deviendra également une légende vivante des milieux de débauche : son goût revendiqué pour les beuveries, le jeu et les orgies a repoussé chaque fois un peu plus loin les limites de la création chez cet artiste exigeant dont l'oeuvre, devenue exemplaire de notre modernité, exprime avec fureur les soubresauts d'une humanité convulsive. Michael Peppiatt signe ici une biographie de référence, enrichie dans cette nouvelle édition d'éléments inconnus jusqu'à aujourd'hui. Il fait ainsi apparaître les multiples facettes de cet artiste provocateur et secret et nous livre les grandes clés d'explication de son oeuvre.

  • Désormais lue et célébrée dans le monde entier, Nathalie Sarraute (1900-1999) aimait répéter qu'elle « n'avait pas de biographie ». En réalité, sa vie fut durablement marquée par les événements de son temps. Née en Russie, ballottée entre des parents divorcés, elle vécut une enfance solitaire, tirée entre deux vies, entre deux mondes : de la Russie tsariste à l'émigration russe à Paris, ou plus tard dans la clandestinité sous l'Occupation, qui lui imposa une identité juive. Cependant, la vie de Nathalie Sarraute fut ailleurs, tout entière tournée vers l'accomplissement de sa vocation d'écrivain. Réfugiée très tôt dans les livres, passionnée de littérature, elle élabore une forme d'écriture qui, dès la fin des années 30, ouvre la voie à la modernité avec ses Tropismes.
    Cette première grande biographie, nourrie d'archives inédites, montre l'émergence difficile de son oeuvre dans l'univers littéraire de l'après-guerre dominé par le couple Sartre-Beauvoir. Nathalie Sarraute a cheminé longuement avant d'être la figure de proue du Nouveau Roman, toujours inquiète de n'être pas comprise, ne cessant d'expérimenter, y compris au théâtre ou à la radio.
    Proche d'Hannah Arendt, militant pour le droit de vote des femmes, participant à Mai 68 et défendant le jeune État d'Israël, l'écrivaine fut aussi attentive à son époque : elle afficha ses engagements politiques avec la vigueur de la combattante qu'elle ne cessa jamais d'être, luttant là encore avec ses propres armes : les mots.

  • Claude Lévi-Strauss est né en 1908 et mort centenaire, en 2009, tout près de nous, lecteurs du xxie siècle. Il grandit dans une famille juive, bourgeoise, mais qui a connu des jours meilleurs. Le père est peintre, bricoleur ; le fils choisit la voie de la philosophie et du militantisme socialiste. Le jeune agrégé part en 1935 enseigner la sociologie à São Paulo. Lors de rudes expéditions dans le Brésil intérieur, il se fait ethnologue, découvrant l'Autre indien. Les lois raciales de Vichy le contraignent à repartir : il gagne l'Amérique en 1941 et devient Prof. Claude L. Strauss - pour ne pas qu'on le confonde avec le fabricant de jeans. Cette biographie décrit l'accouchement d'une pensée d'un type nouveau, au milieu d'un siècle chahuté par l'Histoire : l'énergie des commencements au Brésil et l'effervescence du monde de l'exil européen à New York, entre surréalisme et naissance du structuralisme. Le retour en France, après la guerre, sonne le temps de l'écriture de l'oeuvre : plusieurs décennies de labeur intense où Lévi-Strauss réinvente l'anthropo¬logie, une discipline qui a désormais pignon sur rue et offre une nouvelle échelle pour le regard. En 1955, Tristes Tropiques en est la preuve éclatante, en France puis dans le monde entier. Au cours des années, Lévi-Strauss est devenu une gloire nationale, un monument pléiadisé de son vivant. Mais il a sans cesse revendiqué un « regard éloigné » qui lui permet de poser un des diagnostics les plus affûtés et les plus subversifs sur notre modernité en berne. Cette biographie souligne l'excentricité politique et intellectuelle de l'anthropologue. Sa vie décentrée par rapport à l'Europe, ses allers-retours entre ancien et nouveaux mondes, son goût de l'ailleurs font de ce savant-écrivain, mélancolique et tonique, esthète à ses heures, une voix inoubliable qui nous invite à repenser les problèmes de l'homme et le sens du progrès. Lévi-Strauss est moins un moderne que notre grand contemporain inquiet.

  • Né en 1928, Édouard Glissant est l'un des écrivains et penseurs les plus importants du XXe siècle. Auteur d'une quarantaine d'essais, de romans, de recueils poétiques et de pièces théâtrales, il a donné une mémoire aux peuples issus de l'esclavage et de la Traite. La créolisation du monde lui a inspiré une philosophie de la Relation qui s'adresse à tous. Partant de la transformation de soi, dans la rencontre des autres, il a pensé une nouvelle identité, non plus fondée sur les racines, mais nomade et généreuse.
    François Noudelmann, qui l'accompagna pendant les douze dernières années de sa vie, a mené l'enquête sur les traces du poète-philosophe en Martinique, en Louisiane, à Cuba, Paris, Tokyo et New York. Dans ce portrait sensible, il suit l'enfance tourmentée de « ti-Édouard », ses relations admiratives et critiques avec Aimé Césaire, son arrivée à Paris dans le renouveau artistique de l'après-guerre, ses succès littéraires, ses amours et ses amitiés. Il analyse ses engagements politiques pour la décolonisation et les indépendances, sa lutte inlassable contre les enfermements identitaires, son activisme culturel à l'Unesco. Il découvre aussi les visages intimes d'Édouard Glissant : les gouffres et les désirs, les nourritures et les vertiges qui ont inspiré ses utopies pour le XXIe siècle.

  • La toile, il la boxe, la caresse, y accumule des mots jusqu'au vertige. Basquiat c'est l'urgence, le lyrisme mêlé d'élégances, de grâce, de naïvetés, avec l'enfance qui rayonne et déborde. Et hurle. Et chante. Et dit la brûlure, le plaisir, la vie courte et intense. Il meurt à 27 ans, laissant mille tableaux et un nombre plus important encore de dessins.
    Michel Nuridsany nous donne à voir et à comprendre ici comment le peintre apparaît, se forme, explose, quand naît le hip-hop, se radicalisent les mouvements de protestation des noirs et que se transforme en profondeur le milieu de l'art new-yorkais. Il nous apporte des lumières nouvelles sur l'importance de la musique et de la poésie dans son oeuvre et dans sa vie, sur sa façon de faire passer la technique du sampling dans sa peinture, sur l'origine de son nom, sur sa qualité de métis perçu comme noir, sur son voyage en Côte d'Ivoire, sur la réception de son oeuvre en France et sur ses rapports plus profonds qu'on ne l'a dit avec Warhol.
    Quant à la jeunesse, elle est emportée par la bourrasque d'une vie traversée par la drogue, le sexe, l'art, et par une folle énergie. Basquiat, un jaillissement.

  • Susan Sontag occupe une place à part aux États-Unis : à l'écart des institutions, indépendante et le plus souvent rebelle, elle a été une observatrice et une critique à la plume acérée. Romancière, philosophe, dramaturge et cinéaste, rien ne lui a échappé du Vietnam à Sarajevo, de l'art photographique à la critique littéraire, du féminisme à la réflexion sur le sida. Intellectuelle engagée dans son temps, elle ouvrira toute sa vie des voies nouvelles et lèvera bien des tabous. Discrète quand il s'agit de sa vie privée, elle ne cachera pourtant pas sa bisexualité, révélée au grand public par les photos de sa dernière compagne Annie Leibovitz.
    Béatrice Mousli nous livre ici la première biographie sur cette figure essentielle de la pensée contemporaine.

  • La vie de Jorge Semprún reflète presque tous les épisodes de l'histoire de l'Europe au XXe siècle. Depuis sa naissance, en 1923, dans une famille de la grande bourgeoisie madrilène, en passant par le traumatisme de la Guerre civile et de l'exil, jusqu'au maquis et à la déportation au camp de Buchenwald, sans oublier l'aventure communiste, Jorge Semprún a tous les traits des "voyageurs déracinés" des grands intellectuels du siècle, selon l'expression de l'historien Tony Judt.
    Écrivain, scénariste, Jorge Semprún a construit une oeuvre singulière - Le Grand Voyage, Quel beau dimanche, L'écriture ou la vie, Une tombe au creux des nuages -, qui traite de la mémoire, de l'essor des totalitarismes et du poids de l'Histoire sur les individus. Il est mort à Paris en 2011. Voici la première biographie d'un homme dont la vie ne ressemble à aucune autre.

  • Tempêtes, révolutions, assassinat, enfant posthume, exil, conspirations, chevauchées nocturnes, trahison, geôle, amours interdites, mariage secret, fêtes vénitiennes... L'existence de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (1798-1870) réunit tous les ingrédients d'un drame romantique digne d'Alexandre Dumas - dont elle fut à deux reprises l'inspiratrice. Cette Bourbon pas comme les autres fut l'une des figures les plus célèbres du XIXe siècle, par son audace et l'espoir dynastique qu'elle incarnait : son fils, le comte de Chambord, aurait régné sous le nom de Henri V, si Louis-Philippe n'avait pris le pouvoir en 1830 et contraint les Bourbons à l'exil.
    En s'appuyant sur un rigoureux travail de recherche et sur des sources jamais explorées à ce jour, Laure Hillerin (dont la trisaïeule fut l'amie d'enfance de la duchesse de Berry) brosse un portrait grandeur nature de cette femme qui fit rêver Balzac et Chateaubriand. Du château de Rosny au palais Vendramin à Venise, en passant par le Bocage vendéen ; de la sauvageonne élevée sans contraintes dans le cadre pittoresque de la cour des Deux-Siciles jusqu'à l'aïeule qui s'éteint en Autriche au milieu de sa nombreuse progéniture ; de la rebelle traquée par la police de Louis-Philippe jusqu'à la mère de Henri V, éloignée de son fils par sa propre famille, l'auteur nous fait pénétrer dans l'intimité d'une femme hors du commun, en avance sur son époque à bien des égards. Une femme généreuse, mécène, bâtisseuse et amie des arts. Une femme libre, naturelle et sans préjugés dans une époque corsetée. Un tempérament passionné et subversif qui, toute sa vie, n'a cessé de provoquer le destin, braver les interdits et bousculer les convenances.

    Journaliste et historienne, Laure Hillerin est l'auteur de nombreux ouvrages. Elle a publié récemment La Comtesse Greffulhe, l'ombre des Guermantes (prix Céleste Albaret, 2015) et Proust pour rire (2016), tous deux aux éditions Flammarion.

  • Il y a plus de vingt ans disparaissait Guy Debord, l'un des derniers grands intellectuels français, figure mythique des mouvements d'avant-garde de la seconde moitié du xxe siècle. Écrivain, cinéaste, penseur révolutionnaire, autodésigné « ennemi de son siècle », il a été le chef de file de l'Internationale lettriste (1953-1957) puis de l'Internationale situationniste (1957-1972), et, à partir de son oeuvre majeure, La Société du spectacle (1967), l'infatigable pourfendeur de la société de consommation. Mais Debord était également, selon ses mots et comme le révèlent ses archives, « un déclassé conspi¬rateur, un aventurier ne respec¬tant rien parce que n'ayant rien à perdre », un « enfant gâté, qui a toujours cru que le monde était fait pour lui faire plaisir et n'a jamais été capable de ressentir les choses au-delà de cet infantilisme affectif », un « Capricorne patient comme le grisou qui s'accumule dans les galeries de mines de la société ». C'est qu'il était bien placé pour connaître l'homme qui se cachait derrière le mythe qu'il s'était forgé, et cette part d'ombre que l'impressionnant travail d'investigation de Jean-Marie Apostolidès met enfin au jour. Une biographie intime et sans concession où l'on découvre un homme qui construisit sa vie comme une oeuvre d'art, en se rêvant tour à tour bandit, chef de bande, agitateur, général d'armée, empereur et philosophe.

  • Enfin la première biographie officielle du père de Marius, Fanny, César, Jofroi, Panisse, Cigalon, Merlusse, Ugolin et bien d´autres ! Derrière l´auteur de La Fille du puisatier, de La Femme du boulanger et des merveilleux Souvenirs d´enfance se cache l´un des hommes parmi les plus importants du XXe siècle.
    Avec sérieux et patience, grâce à de nombreux entretiens accordés par la famille de Pagnol, son concitoyen et biographe Jean-Jacques Jelot-Blanc analyse ce parcours exceptionnel. Ce portrait fait même dire à sa veuve Jacqueline Pagnol, immortelle Manon des sources : « Dans ce gros volume, je découvre en même temps l´être exceptionnel et familier dont j´ai partagé la vie durant trente années et un personnage toujours renouvelé qui continue de me charmer. » En effet, comment ne pas être subjugué par son incroyable itinéraire à travers le théâtre, le cinéma et la littérature !
    Découvrez, racontés par le détail, les débuts de ce poète de 16 ans, du bohème des folles années 20 à Paris, de l´insolent jeune homme révolté par la tuerie de la guerre de 14-18, auteur des Marchands de gloire et de Topaze, du promoteur du cinéma parlant et père du néo-réalisme à la française, du premier producteur indépendant de films, du directeur des studios où, saltimbanque à pantalon élimé, il fi t tourner Raimu, Fernandel et Bourvil, de l´ami d´Orson Welles, Alexandre Korda ou William Wyler, du très peu académique académicien qui fi t entrer le cinéma sous la Coupole, du président du Festival de Cannes découvrant Brigitte Bardot, du consul du Portugal à Monaco pour Rainier et Grace Kelly...
    Un portrait inattendu, décapant, insolite, rare...

  • « Roland Barthes », « Au lieu de la vie » : la conciliation de ces deux paradigmes donne forme à cette biographie. « Roland Barthes » : c´est une figure d´exception parmi les intellectuels français du XXe siècle, tant par son caractère marginal et la qualité inclassable de son oeuvre, que par le succès paradoxal de sa pensée et de son écriture - celles-ci sont parfois mal comprises ou critiquées, ailleurs vénérées, mais toujours au centre, aujourd´hui encore, du « monde des lettres ». Barthes n´a cessé d´aller de l´avant, de chercher du nouveau au sein même des avant-gardes. Figure éclectique s´il en est, mais mue à chaque étape de sa vie par la passion du « neutre », de l´indifférenciation, le maintien de deux postulations opposées.
    Quel est donc le texte qu´écrit cette vie complexe et mouvante, tendue vers l´avenir et immobile dans son oscillation dualiste, souvent assimilée à l´oeuvre qui s´est constituée en son lieu... au lieu de la vie ? Car « au lieu de la vie », il y a un texte : le texte que dessine la vie de Barthes. Le texte que dessine toute vie : un commencement, un milieu et une fin fondée sur un retournement. Une structure tragique, chez Barthes, qui fonctionne sur un mécanisme de compensation du manque, matrice aussi bien de la formation des actes que de l´écriture. Il a fallu mettre à distance l´apparent, le saillant, pour trouver le secret de ce texte, mettre au jour son mouvement, en faire un système formel. Il a fallu poser sur le même plan l´écriture et le factuel, cette écriture que l´écrivain place « au lieu de la vie », dont il fait la matière même. Il n´y a pas la vie d´un côté, l´écriture de l´autre, mais il y a la seule biographie.

    Couverture : portrait de Roland Barthes © Marc Garanger

  • Née avant la Révolution et morte sous la présidence du futur Napoléon III, Juliette Récamier, la Belle des Belles, est la pure incarnation de l'intelligence et du charme féminins. Par sa beauté, son raffinement, son sens de l'amitié, elle sut, tout au long de sa vie, rassembler ce que l'Europe comptait de mérites politiques, artistiques, littéraires et faire de son salon un lieu d'échange d'une qualité inégalée. Riche, avenante, d'une élégance discrète, vouée au blanc, Juliette connaît très tôt la renommée. Mariée à 15 ans, sa relation purement affectueuse avec le banquier Récamier, dont elle apprendra qu'il est son père, fait d'elle une femme célébrée sinon heureuse. Elle règne sur le Paris consulaire mais, sous l'Empire, elle lutte inlassablement en faveur de ses amis opposants au régime, notamment Mme de Staël et Benjamin Constant. Elle ne faiblit jamais et sa fidélité aux proscrits lui vaudra les rigueurs de l'exil. Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, son rayonnement s'étend sur la brillante société qui se retrouve chez elle, à l'Abbaye-aux-Bois. Elle encourage la création et favorise l'éclosion de la pépinière Romantique, sous l'égide de Chateaubriand, qu'elle a su s'attacher et avec lequel elle forme, pendant trente ans, un couple éblouissant, légendaire : il la fera entrer dans l'immortalité en lui consacrant des pages inoubliables des Mémoires d'outre-tombe. « Celle qui fut la star de son temps méritait ce livre passionnant et peut-être définitif qui fait revivre toute une époque. » Jean d'Ormesson. Grand prix des lectrices de Elle 1987. Nouvelle édition revue et augmentée.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ecrivain poète, Lamartine avait une pensée politique originale et eut une carrière d'homme public de premier plan. Ce sont ces aspects que développe l'auteur.

  • Cadichon, Gribouille, Mme Mac Miche, le général Dourakine...
    Ces personnages, parmi d'autres créatures de la comtesse de Ségur, née Rostopchine, captivèrent des générations de "petites filles modèles". Les romans où ils apparaissent sont désormais des classiques, et pas seulement de la littérature dite "enfantine".
    Hortense Dufour, hantée dès l'enfance par les fameux volumes rouge et or, a voulu savoir qui était l'auteur d'Un bon Petit Diable et de Pauvre Blaise. Allant aux sources, correspondances et mémoires, elle raconte l'existence plus noire que rose de Sophie, au "regard tartare-mandchou".
    Fille du général Rostopchine, l'incendiaire de Moscou, et de Catherine Protassov, catholique convaincue, elle grandit dans une Russie aux moeurs féroces. À Paris, elle épouse Eugène de Ségur. Ils auront huit enfant et des malheurs. Sa carrière littéraire, de 1855 à 1872, sera comme une consolation.
    En relisant des livres tant aimés, Hortense Dufour a aussi éprouvé à nouveau des peurs et des plaisirs anciens. La force de sa biographie vient de là: la recherche n'y étouffe jamais l'émotion. La passion de la romancière anime une figure jusque-là figée ou méconnue.

  • Eternelle apprentie, Colette essaie, sa vie durant, de transformer ses prisons éphémères en paradis provisoires. L'art qui consiste à changer une prison en paradis, c'est celui qu'elle enseigne à travers son oeuvre où se reflète son existence. De sa naissance à Saint-Sauveur-en-Puisaye en 1873, à sa mort à Paris en 1954, Colette n'a pas cessé d'apprendre. A regarder le monde sous la direction de Sido, sa mère. A écrire sous la férule, moins dure qu'on ne l'a prétendu, de son premier mari, Willy. A éviter les pièges de la politique et de la mondanité en compagnie de son deuxième époux, Henry de Jouvenel. A partager <> avec son troisième compagnon, Maurice Goudeket. Avec ce dernier, elle connaît une intense passion, comme j'ai pu le découvrir en ayant eu accès aux lettres qu'ils échangeaient alors.
    Car l'auteur de Chéri et de Gigi qui passe pour une femme libre est asservie, et contente de l'être, à l'amour et à la beauté qui peut prendre des formes humaines, animales ou végétales. Cette parfaite épicurienne sait en jouir comme personne et, quand vient le temps de souffrir, elle se change en une stoïcienne exemplaire, apprenant à supporter l'insupportable souffrance. Et c'est ainsi que l'éternelle apprentie devient un maître !
    Jean Chalon

  • Eugène Ionesco : un nom planétaire, un auteur méconnu. « Mise en scène d'un existant spécial en son oeuvre et en son temps » : la formule retenue par André Le Gall en sous-titre nous vaut une biographie où la voix d'Eugène Ionesco est constamment présente. Où les événements, circonstances, anecdotes, rêves, que rapportent les journaux intimes et qu'exploitent les fictions dramatiques, sont en permanence mis en rapport avec les données objectives fournies par les pièces d'archives, les coupures de presse, les mémoires des contemporains et les témoignages de comédiens, de compatriotes, d'amis... André Le Gall nous livre ainsi, par touches successives, l'image d'un Ionesco aussi attentif à occuper la scène que soucieux de préserver son quant-à-soi. Prolixe en confidences publiques, pour la plupart ignorées de son propre public, Eugène Ionesco se révèle alors à nous dans toute sa complexité : un pascalien de naissance, un mystique déguisé en farceur mondain, un homme de combat jouant le jeu du charme et de la séduction dans les salons parisiens. Esprit brillant, jongleur de mots, armé d'humour, dévoré d'angoisse, c'est surtout à ses personnages de théâtre qu'il confie le soin de présenter la pluralité des identités qui l'habitent. Se dessine ainsi en creux le portrait d'un homme de doute et de foi, grand ressasseur de questions devant l'état du monde... Un poète de l'insolite mais non point un chantre de l'absurde comme on le considère souvent à tort.

    Ancien élève de l'ENA, André Le Gall a mené en parallèle sa carrière au service de l'État et une activité littéraire qui comprend un peu plus d'une vingtaine d'oeuvres dramatiques, des études sur le théâtre contemporain, et pour Flammarion, trois biographies centrées sur le XVIIe siècle : Corneille, Pascal, et Racine.

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