Littérature traduite

  • La vie de Jorge Semprún reflète presque tous les épisodes de l'histoire de l'Europe au XXe siècle. Depuis sa naissance, en 1923, dans une famille de la grande bourgeoisie madrilène, en passant par le traumatisme de la Guerre civile et de l'exil, jusqu'au maquis et à la déportation au camp de Buchenwald, sans oublier l'aventure communiste, Jorge Semprún a tous les traits des "voyageurs déracinés" des grands intellectuels du siècle, selon l'expression de l'historien Tony Judt.
    Écrivain, scénariste, Jorge Semprún a construit une oeuvre singulière - Le Grand Voyage, Quel beau dimanche, L'écriture ou la vie, Une tombe au creux des nuages -, qui traite de la mémoire, de l'essor des totalitarismes et du poids de l'Histoire sur les individus. Il est mort à Paris en 2011. Voici la première biographie d'un homme dont la vie ne ressemble à aucune autre.

  • " Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse." C'est sur ces mots apaisés que s'éteint le philosophe Ludwig Wittgenstein à Cambridge, au lendemain de son soixante-deuxième anniversaire. Pourtant, la destinée de celui qui fut l'un des penseurs les plus originaux du XXe siècle ne semble guère lumineuse, traversée qu'elle est d'insatisfactions, de doutes, de combats perpétuels. Il naît à Vienne en 1889, dernier des huit enfants d'une famille richissime. Le père, industriel de grande envergure, la mère, musicienne d'exception, reçoivent chez eux Brahms, Mahler ou Klimt, et dispensent à leurs rejetons une éducation élitiste, fondée sur le culte de l'excellence. La médiocrité n'est pas de mise chez les Wittgenstein - trois fils se suicideront.
    Ludwig, quant à lui, est saisi très tôt par le besoin de comprendre le monde; le questionnement philosophique deviendra la grande affaire de sa vie : ce seront la rencontre avec Bertrand Russell, la découverte de la logique et l'entreprise considérable du Tractatus Iogico-philosophicus dont la réception suscita querelles et incompréhensions ; ce seront aussi des choix matériels et spirituels radicaux.
    En 1914, au milieu de la rédaction de son grand oeuvre, il s'engage sous les drapeaux austro-hongrois ; il connaît le feu, l'emprisonnement et découvre la foi chrétienne. Au sortir de la guerre, il renonce à la philosophie, abandonne sa part d'héritage, et devient instituteur, puis jardinier ; il envisage même un temps d'être moine... Ses dernières années, la reconnaissance venue, il renoue avec ses premières recherches, critiquant les conclusions de son Traité dans des travaux majeurs qui seront publiés de façon posthume.

    L'homme, on le voit, est aussi complexe que son oeuvre. Au terme d'une enquête précise, Ray Monk réussit ici le tour de force de nous éclairer les contradictions, les déchirements, les zones d'ombre du personnage, sans sacrifier jamais la profondeur de sa philosophie.

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