Julliard

  • Le début de la tyrannie

    Tristane Banon

    • Julliard
    • 7 Février 2013

    Dans ce nouveau roman, Tristane Banon met en scène un douloureux face-à-face entre une mère et sa fille. Autopsie sans concession d´une relation hautement toxique.Comment se relever de la mort de sa mère quand on n´a jamais reçu la moindre marque d´affection de sa part ? C´est le point de départ de l´histoire d´Alice, jeune trentenaire affligée d´un incorrigible manque de confiance en soi, et qui tente vaille que vaille de réussir sa vie sentimentale et professionnelle. Depuis son enfance, elle n´a cessé d´être rabaissée par cette femme de pouvoir froide, égoïste et, qui plus est, hypocondriaque. Jusqu´à ce que la nouvelle tombe, sans appel, puisque cette fois il ne s´agit plus de symptômes imaginaires : sa mère est bien atteinte d´un cancer incurable. Impuissante devant le déclin de celle qui a toujours été pour elle une statue d´airain, Alice espère que cette vulnérabilité nouvelle permette enfin à sa mère de fendre l´armure. Alors que désormais le temps presse, elle organise un voyage en tête à tête à Cuba avec celle dont elle souhaite encore se rapprocher...

    Certaines personnes sont parfois incapables d´aimer. C´est le constat que dresse Tristane Banon dans ce roman désenchanté mais souvent drôle, à force de situations effarantes. La relation mère-fille tumultueuse qu´elle retrace dépeint deux femmes unies par un lien indéfectible mais que tout oppose : l´une, insensible et habituée à dicter sa loi ; l´autre artiste fragile constamment dans le doute ; la première ne cessant de voir en la seconde une perdante, une ratée, une incapable ; l´autre idéalisant sans cesse celle qui l'a mise au monde, admirant sa force de caractère, son indépendance, sa réussite sociale, même lorsque celles-ci se construisent à ses dépends. Touchante, Alice fait montre d´un amour inconditionnel pour sa mère, quels que soient ses griefs. Et brosse en creux un portrait de femme impitoyable qui démontre, si besoin était, que l´instinct maternel est définitivement loin d´être inné.

    D´une écriture à fleur de peau, instinctive et spontanée, à l´instar de cette jeune femme incapable de grandir tant que sa mère se refuse à l´aimer, Le Début de la tyrannie explore à travers sa narration originale et la singularité de son ton les notions d´héritage et de construction de soi, montrant de quelle manière se transmet d´une génération à l´autre la difficulté d´aimer. Mais c´est aussi un roman initiatique, où seule la mort peut, en l´occurrence, apporter une libération.

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