Gilbert Larochelle

  • AVANT-PROPOS
    Les discours sur la performance et sur la dignité humaine représentent aujourd’hui les ultimes figures de l’idéalisme dans une société où les idéologies ont toutes été discréditées les unes après les autres. Ils appartiennent respectivement à des ordres de langage différents, peutêtre irréductibles, mais dont la réconciliation devient le grand défi des institutions publiques, notamment des établissements de santé partout en Occident. Leur montée en puissance dans les débats confine désormais à l’inflation, à telle enseigne que la multiplication des recours à ces deux vocables procure à la fois les identifiants et les mots de passe qu’il faut posséder pour accéder à une reconnaissance dans la société. Cependant, plus leur usage se propage, plus leur signification les rend solubles dans le magma des évidences communes dont les fondements semblent nébuleux, voire étrangers à l’esprit critique. D’un côté, la performance attire l’attention sur l’univers des moyens, parce qu’elle se développe dans la recherche de l’efficacité optimale et du rendement à tout prix. De l’autre, la dignité humaine avive la lumière d’une finalité minimale dans la torpeur des systèmes de sens où le relativisme et le « polythéisme des valeurs », comme disait Max Weber, ont achevé le nivellement des références à des croyances universelles. La rupture du productivisme avec les derniers relents de l’humanisme moderne fait-elle échec à l’espérance d’éviter la dislocation de la culture occidentale dont les deux piliers se trouvent dans l’antagonisme des deux verbes de base dans la plupart des langues européennes : avoir et être ?

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