Clémence Dumas-Côté

  • Muette, clouée à sa chaise par le livre de photos de Francesca Woodman ouvert sur ses
    genoux, elle écrit. La femme assise se fissure. Les poèmes gigotent, glissent leurs doigts : ils
    cherchent à entrer.

    Et ils lui parlent. Perchés sur son épaule, les poèmes murmurent un mode d'emploi; il lui font signe. Elle les capte : «J'aime les contorsions sacrées que vous me proposez.» «Tu nous serres trop fort : attention, joujou », protestent-ils.

    Alors la voix de la femme assise s'élève contre la leur. Tout en souplesse et en acrobaties
    invisibles, La femme assise présente, comme au théâtre, la curieuse conversation d'une
    écrivaine avec ses poèmes.

  • «Parmi les édifices disparus», une femme se divise en deux. D'elle émerge son «fantôme involontaire». Ce livre est leur dialogue, où tour à tour elles se questionnent, énoncent leur alphabet du don : une marche à suivre pour la transformation des corps.

    Comme des échographies, les poèmes de Clémence Dumas-Côté retracent la présence de l'autre en soi. Ils sont faits d'objets perdus, hétéroclites, abandonnés, ces restes dont on se saisit pour en faire l'inventaire. Se révèle une étrangeté insoupçonnée : «Qu'est-ce que c'est ton visage / une rangée, neuf flacons / un détonateur / un étui à viscères / une pâte de ténèbres?»

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