Tête première

  • Quiconque a suivi la révolte étudiante aura noté la dérive sémantique, l'utilisation du langage à des fins partisanes, le détournement linguistique qui s'est joué (et se jouera encore).
    L'idée nous est venue d'un dictionnaire un peu railleur qui reprendrait ces termes ou expressions en leur donnant le sens pas toujours avoué qu'on voulait bien leur coller.
    De la mauvaise fois ? Nous en sommes capables aussi, mais nous savons la doser, la nuancer, l'exposer avec humour.
    Évidemment, nous choisissons notre camp : celui des étudiants. Contre la hausse, peut-être même pour la gratuité.
    Contre la loi spéciale aussi, bien sûr. Bref très «carré rouge».
    Ce dictionnaire irrévérencieux permet de mieux comprendre cette révolte et ses enjeux. Il représente un point sur les événements du primtemps 2012, mais ouvre la porte au dialogue : c'est la raison pour laquelle le lettrage sur la couverture est composé d'une superposition de rouge et de vert qui, une fois mélangés, donne du gris, couleur de la nuance !

  • Cette image est destinée à un public majeur.

    J'ai plus de 18 ans

    C'est l'histoire d'un homme, Alexi, qui écrit une lettre. Il écrit parce que Mian l'a laissé tombé, parce que Yvonne le fait marcher, parce qu'Angi n'aligne jamais plus de deux phrases à la fois, et parce que lui et son frère Adrien ne se parlent plus. Il écrit pour donner un sens à toutes ces attaches... Il écrit parce qu'il vit à l'imparfait, et parce que le passé n'est jamais simple. Après deux romans d'amours noirs, Sexe chronique, et Le reflet de la glace, Geneviève Drolet nous propose une histoire toute en humour et en grisaille, deux éléments qui ont rarement fait bon ménage. Les différentes teintes de gris n'auront jamais été aussi colorées.

  • Manu Camacho n'a pas l'habitude des émotions fortes.
    Sa vie, il la mène tranquillement, à réparer des guitares pour son gros patron bavard, à dormir une ou deux fois par semaine chez son amie Lou ou à faire du vélo comme si sa vie en dépendait.
    C'est bien malgré lui qu'il fait la rencontre de Paré, l'homme par qui tous les problèmes arrivent. Un grand imbécile irresponsable, inconséquent et. attachant. En un temps record, Paré entraîne Manu et Lou sur la piste de sa malchance, au travers de passages à tabac, d'histoires de drogue et de soirées bien arrosées.
    Au courant d'un été, Manu fera le constat qu'il n'est pas si mal après tout de se mouiller et de sauter tête première pour changer l'ordre des choses. Il lui faudra seulement accepter que les changements qui s'opèrent ne naissent pas toujours de sa propre volonté.

  • Sans son chien, la vieille n'irait plus nulle part. D'ailleurs, elle ne va plus très loin, sinon à l'épicerie et au parc. Notre vielle mérite bien qu'on la laisse se reposer, ne serait-ce qu'un jour, son dernier... Mais...

    La vielle à Pitou nous est raconté par un narrateur qui semble venir du futur, Il observe cette vieille rendue au terme de sa vie et ses voisins avec lesquels elle n'a pas de contact : l'homme né avec un marteau dans les mains et sa Carpe Méchante, l'Artiste et son affriolante petite maîtresse d'Auburn, les cols bleus municipaux qui creusent des trous, monsieur Jean-Sébaptiste Brillant, Juste Saint-Jean, juste la société...

    Quant à Pitou, c'est un chien sous contrat comme il en existe des milliers. Il a été élevé pour accomplir une tâche spécifique : aider la vieille dans ses derniers jours. Et Pitou accomplit sa tâche avec professionnalisme.

    La vieille à Pitou est un roman qui fait du bruit. Les éléments trouvent leurs onomatopées et la mouvance de l'histoire est marquée de grincements, de heurts et de déraison. Même la calligraphie en prend pour son rhum.

    La vieille à Pitou, un peu d'espoir pour le monde moderne et la possibilité d'en rire tout de suite.

  • Premier roman d'Emmanuel Cocke, Va voir au ciel si j'y suis a été finaliste au Prix du Cercle du Livre de France en 1970 ainsi qu'au Prix Jean Béraud la même année. Ce premier roman à été fort bien accueilli par la critique. En voici les premières lignes :
    « Mon vieil appartement! Bigarré de mille bibelots inutiles, depuis une sarbacane d'enfance jusqu'à un slip blindé de femme d'ailleurs, en passant par une poignée de vieux loukoums offerts par un prince pédé d'une exotique contrée. Muni de cent mille odeurs fastes et néfastes. Bâti en forme de secte, si j'ose dire ; et je l'avais avoué, dans le temps, à un illuminé du nom d'Orson Rosebud, dernier survivant du mouvement anarchique de la Rose-Croix, et qui cachait ses idées subversives derrière d'épais cheveux rouges clairs. Mais il en perdit vite la propriété puisqu'il fut condamné à mort, cédant tous ses biens à un puissant trust urbain dont la directrice était sa dulcinée. »

  • Ovni de la contre-culture québécoise des années 1960 et 1970, Emmanuel Cocke s'éteint en Inde, en 1973, à l'âge de 28 ans, laissant derrière lui une oeuvre littéraire comportant quatre romans et un recueil de nouvelles de science-fiction érotico-psychédélique. Cinéaste, romancier, journaliste et musicien, Cocke demeurera toutefois méconnu après son décès prématuré.
    À travers des témoignages, photos et extraits d'articles et de documents inédits, C'est complet au royaume des morts retrace l'époque et la vie de ce cascadeur de l'esprit arrivé au Québec en 1965, obsédé par la mort et fanatique de Mailer, Vian, Burroughs, Fellini, Gauvreau et Charlebois.

  • A quoi ressemble la folie. Par quoi peut-elle être nourrie ? Par l'amour, le désir, l'isolement ?
    Les fleurs carnivores est une exploration, une incursion fictive dans les méandres d'une folie. Les mystères persistent dans ce voyage momentané dans les univers étranges, fragiles et bancals des personnages.

  • C'est l'histoire d'un gars qui passe beaucoup de temps sur son balcon, avec la ruelle comme le décor d'une pièce en représentation continuelle. C'est la vie à Montréal par la porte d'en arrière, dans le grondement bienveillant des avions, avec l'autoroute à un jet de pierre. Par la force des choses, ça devient aussi l'histoire de Rose, la vieille voisine/pilier qui donne le ton et la saveur au quartier. Puis le gars déménage à deux rues de là et le rôle de Rose est repris par Rosa. L'histoire continue. C'est comme ça, ça ne s'invente pas.

    De Rose à Rosa, c'est le feuilleton que Michel-Olivier Gasse nous a fait découvrir sur Voir.ca, dont les textes et quelques inédits sont réunis ici en un récit témoin d'une époque, d'un quartier et des gens qui l'habitent.

    On y retrouve bien sûr la plume singulière de Gasse, mais surtout ce regard aigre-doux sur la vie, qui ne peut naître que lorsqu'on prend le temps de la regarder passer.

  • Abba bear

    Philippe Girard

    Dans son premier roman pour adultes Philippe Girard met en scène une partie de chasse à l'ours où l'Ours n'est pas la proie; où les Américains viennent dans Charlevoix pour affronter les démons de leur passé, où les jeunes garçons apprennent à devenir des hommes.

  • Emelyne parcourt le nord de l'Europe en quête du sauna ultime, spirituel, salvateur. Finlande, Estonie, Allemagne; loin de sa fille, loin de Benoît et de toutes ses Elles. Loin d'elle-même. À la recherche de tendresse maternelle, de la violence du chaud et du froid, le coeur d'Emelyne livre un combat constant dans un sifflement d'eau versée sur les pierres brûlantes. Le Guide des Saunas Nordiques, un livre à fleur de peau et viscéral sur la douceur et la rugosité, sur la brûlure et le gel, sur l'amour et le désir.

  • Gabriel, la tête maintenue fermement dans le fond de la cuvette des toilettes de son école secondaire se demande s'il s'arrêtera de respirer, finalement. Comme sa mère, suicidée dix ans auparavant, comme son père, bien vivant mais pourtant éteint et inutile : mendiant mensuellement. Gabriel, en proie à une poursuite automobile aux bords de la route du Sud, se demande si Mathieu et ses sbires le traqueront jusque dans les bois enneigés pour le battre, avant qu'il ne finisse glacé, cassé. Puis, entre deux séances d'enfer scolaire, la vie, un fragment à la fois : les amitiés nouvelles, les livres grappillés à la bibliothèque, le cinéma et, à l'écran, Russell : beau. «Beau comme un homme dont on a envie qu'il nous étreigne avec sa force tranquille, avec sa charpente d'arbre dont on devine qu'il continuera de pousser droit et fort. Un gars comme ça.»

  • Dans Mes chères petites ombres, le narrateur, un artiste haïtien hésitant entre son pays d'origine et sa Suisse adoptive, se rend dans une rencontre d'anciens étudiants. Or dans ce groupe, on retrouve le récent Président de la République, fatigué, sous pression constante, tanné de devoir porter tout le poids de sa nation sur ses épaules. Pour bien faire comprendre à ses anciens collègues de classe tout le poids de sa charge, et aussi pour tenter de réfléchir le pays autrement. « Sans une définition de la ligne idéologique, sans énoncer les grands points des termes de référence à venir, sans attendre la réaction de ses condisciples pris de court, le président propose de mettre en place le pouvoir du peuple, un gouvernement de l'ombre pour l'aider à sauver ce qui peut être sauvé. Un shadow power avec des vieux amis de trente ans. Ici et cette nuit. » Mes chères petites ombres est le cinquième roman de Jean-Euphèle Milcé, son premier depuis la parution de son étonnant, Les jardins naissent (Coups de tête, 2011), le premier roman haïtien post-séisme.

  • Après Parti pour Croatan, Michel Vézina poursuit sa réflexion sur la littérature : son rôle, ses enjeux, mais aussi ses contradictions, qui se mêlent à celles de l'homme, tantôt l'Écrivain, tantôt le Clown, deux entités difficiles à conjuguer. Il relate par le fait même la genèse du projet Le Buvard, ce camion-librairie qui parcourt les routes du Québec depuis déjà deux ans. Cet ouvrage unique et hybride - entre roman, essai, récit et poésie - questionne les nouvelles formes de description du réel et cherche, au fil même de ses pages, à «[...] trouver un engagement au texte qui permettrait d'inventer de décrire et de documenter dans un seul élan, une seule forme. Et par le fait même, arriver à me-je-tu-la raconter. »

  • Quand la trotteuse de ma vie s'est superposée à la grande aiguille de la tienne, nos minuteries ont fait BOUM! Le temps s'est arrêté, du moins c'est ce que j'ai cru. «Détrompe-toi, m'as-tu affirmé alors, le temps ne s'interrompt jamais.»

    Marie-Chantale Gariépy s'est laissé imposer des sujets par la clientèle d'un café montréalais aux moyens d'une petite boîte destinée à cet effet. La quarantaine de textes qui en découlent, toujours très brefs, saisissent sur le vif l'être humain dans toute sa complexité et les denses imbrications du monde qu'il habite. La romancière et nouvelliste prouve une fois de plus un talent indéniable à mettre quelques mots sur des sujets complexes et vibrants d'une émotion pure. Avec un regard tantôt tragique, tantôt amusé, mais toujours précis et incisif, les textes de ce recueil sont autant de fenêtres sur l'autre.

  • Panik

    Geneviève Drolet

    Dehors, toundra. Blanche. Toute blanche. La terre, le ciel. Pas d'horizon. Impossible de fixer quoi que ce soit. Les muscles oculaires ne savent plus. L'aveuglement, le grand. Le blanc. Dans le Grand Nord du nord, dans le froid et le blanc de partout, Dorothée va vivre avec le Yéti, rencontrer des enfants et des adultes, des Inuit et des Blancs du Sud. Sa vie deviendra un long crissement de bottes dans la neige, quand les pierres veulent fendre et les doigts tomber. Dorothée va devoir se trouver et s'apprendre. Entre le western nordique et le roman d'intrigue, Panik est une fable polaire qui met en scène le Nunavut, une contrée méconnue, un endroit où la réalité dépasse la fiction. Geneviève Drolet signe ici son oeuvre la plus achevée, un des plus beaux romans du Nord et du Froid qu'il nous ait été donnée de lire. Avec ce roman d'une beauté et d'une force inouïes, elle nous montre l'étendue de son immense talent.

  • L'Ordre du Méchoui

    Lionel Noel

    Au sein d'une mystérieuse confrérie dédiée à la cuisine sur broche, des apprentis sont formés, deviennent eux-mêmes maîtres, et la tradition se poursuit depuis des siècles.

    L'enseignement est transmis par des hommes et des femmes pittoresques, de toutes les origines et de toutes les spécialités culinaires - marinades méditerranéennes, asado argentin, wagyu japonais, lama des Andes au chimichurri -, non sans le caractère épicurien avide de plaisirs sous toutes ses formes.

    De la Belgique de la fin du XIXe jusqu'à Montréal, en 1962, Sans Loi, le narrateur, retrace son parcours au sein de l'Ordre du Méchoui, un récit dans lequel se fond l'histoire du vingtième siècle, mais qui reflète aussi ses grands enjeux; une modernisation inévitable et les divisions qu'elle entraine entre conservateurs et réformistes.

  • Vingt femmes couchent sur papier leurs déboires amoureux. Elles sont écrivaines, poétesses, scénaristes, dramaturges, journalistes. Elles ont l'écriture dans le sang, et le sang qui s'enflamme pour des amours foutues d'avance.

    Larguer les amours, ce sont des variations sur le thème de la rupture, l'exploration de cet instant cru, brutal, fou, de cette fois où elles ont planté quelqu'un là, de cette impulsion saine ou salope, douce ou violente, de cette décision irrémédiable, ou non...

  • Enfants des années 80, adolescents du nouveau millénaire, adultes d'une hypermodernité revendicatrice et décomplexée.

    Avoir trente ans aujourd'hui, c'est avoir vécu la moitié d'une vie au XXe siècle et l'autre, au XXIe siècle. C'est être à cheval sur deux époques : n'appartenir ni tout à fait l'une, ni tout à fait l'autre.

    Dix auteurs de la relève, dont les styles sont tout aussi variés qure le rythme effréné de cette «ère-seconde» dans laquelle elle vit.

    Guillaume LAMBERT spécule sur la prise de parole, un jour de canicule;
    Frédérick LAVOIE explore les amours utopiques dans un monde qui ne sait plus l'être;
    Caroline ROY-ÉLÉMENT trace le parcours qui mène à l'abandon de la maîtrise;
    Alexandre SOUBLIÈRE scrute les lieux de l'appartenance, matériels et affectifs;
    Mélissa VERREAULT témoigne de l'attente insoutenable du premier baiser;
    Sophie DUPUIS prône les vertus du câble à la maison;
    Mathieu VÉZINA expose la fougue d'un usager compulsif des réseaux sociaux;
    Ralph ELAWANI raconte une famille accro à la technologie, le soir de Noël;
    Philippe BOUTIN plonge dans les bas-fonds du coup de foudre
    Rébecca DÉRASPE sonde la trop grande innocence qui précède la trentaine.

  • Chérie

    Cynthia Masse

    Premier roman de l'autrice Cynthia Massé, Chérie explore la compétition entre femmes passant par la concurrence envers une figure fantomatique. Ce récit intime, au ton franc et à l'humour incisif, offre une réflexion sur le rapport au corps, sur la performance de la féminité et sur les relations amoureuses. Composé par fragments comme autant d'îlots identitaires, il accorde une importance aux territoires et aux espaces à conquérir pour prendre la place de la femme précédente, qui n'a pas manqué de laisser sa marque dans la vie de l'homme désiré. La narratrice de ce roman se voit ainsi aspirée par le souvenir de l'autre femme et par le désir de la remplacer. Mais peut-ont réellement supplanter la toute-puissance d'une disparue ?

  • Les personnages féminins sont rarement de mauvaise foi, et lorsqu'ils le sont, c'est toujours pour une bonne raison. Ce collectif de nouvelles, réunissant dix autrices et auteurs aux genres et aux voix variés, plonge dans la cruauté non négociée ou excusée des femmes.

    En explorant de manière audacieuse les différentes manifestations de la méchanceté (physique, psychologique, morale), les onze textes du recueil de nouvelles Cruelles mettent en scène d'odieuses amies, d'impitoyables mères et d'inquiétantes soeurs. Des femmes irrémédiablement cupides, perverses, et surtout, non-repentantes.

  • Mars

    Marie-Jeanne Berard

    Anaïs souhaiterait ne plus être Anaïs. Se départir de sa personne, se dissoudre dans l'universel. Ce qu'elle ignore, c'est le prix exorbitant à payer pour réaliser son désir. Prisonnière d'un mois de mars insurpassable, elle doit affronter ses démons qui prennent, sous ses yeux, des incarnations troublantes.

    Abordant les questions de la réappropriation de l'animalité et de l'embrassement de la mort, ce roman devient l'occasion d'un rite initiatique, d'un réapprentissage de la condition humaine, dans toute son horreur et sa sublimité.

  • Trois habitants d'une ville minière autrefois prospère sont enclavés dans la solitude, le silence et l'hypocrisie. Un quatrième, capable d'amour et de mémoire, fait malgré lui ressurgir les souvenirs douloureux du trépas d'un cinquième. Tous envahis par cette figure spectrale, ils sont la preuve que la disparition d'un nomme ne suffit pas à l'effacer des lieux qui l'ont vu être.

  • FOLLE
    La folie se présente comme un syndrome fourre-tout qui enferme les femmes dans une illégitimité chronique. En qualifiant les femmes de folles à tort et à travers, on leur retire le droit d'être blessées, en colère ou injustement traitées. Mais la folie n'est pas qu'une tare, elle est aussi moteur de création, génératrice d'idées et d'innovations.

    FRUE
    La femme frue, c'est la féministe enragée, la féminazie, réduite à sa seule colère. Frustrées sont ces courageuses qui continuent à lutter contre le backlash et le masculinisme rampant. En refusant de se plier au statu quo, elles se trouvent à être répudiées et dévalorisées publiquement : on les traite de mal baisées, de misandres et de... folles.

    FORTE
    La douceur et de la fragilité sont des attributs liés à la « vraie » féminité. En contrepartie, la force, physique et mentale, serait l'apanage du masculin. Les Fortes, qui n'ont rien des poupées de porcelaine ou des nymphettes soumises, dérangent. La Forte est un modèle de puissance, de résilience et d'audace.

    Alors, et si au lieu de discréditer la folie, la frustration et la force, on s'en réclamait fièrement?

  • C'est une farce

    Stephen Thomas

    Le premier ouvrage du torontois Stephen Thomas, The Jokes, d'abord publié au Canada anglais chez Book*hug, arrive au Québec sous la plume d'Alexandre Soublière, qui s'est prêté au jeu de la micro-fiction. Ces textes qui empruntent leur forme à celle de la blague n'en sont pourtant pas, loin de là. Le ton désarçonnant de rigidité et l'apparente dépersonnalisation des figures exposées sont autant d'effets narratifs pour surprendre son lecteur avec de profondes considérations philosophiques ou des états méditatifs inquiétants, et aborder entre autres les questions de l'identité de genre, de la sexualité, et des différentes façons d'appréhender le monde. Un critique canadien anglais a par ailleurs comparé les histoires de Thomas aux scènes les plus troublantes du cinéma de David Lynch, pour la description d'une réalité hésitante et en suspension.

    Les textes de Thomas sont résolument contemporains, tout autant que l'est la nature même du projet, qui rend compte d'une certaine révolution des modes de lectures tronqués et du déplacement des espaces de l'écriture et de sa réception, influencés notamment par les réseaux sociaux et autres modes de communications de l'ère ultra-moderne. Sorte de pied de nez à la forme courte de style Twitter et autres fils d'actualité, l'auteur joue avec les codes et élève la forme courte au rang de pièce de littérature.

    The Jokes s'est retrouvé sur la liste des finalistes du Metatron Prize for Rising Authors of Contemporary Literature.

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