Seuil

  • Depuis une dizaine d'années, la montée en puissance du thème des inégalités sociales et territoriales de santé est repérable à la fois dans l'action publique et dans la recherche en sciences sociales. Paradoxalement, alors même qu'on observe un (relatif) « retour des classes sociales » dans les sciences éponymes, les inégalités de santé sont rarement réfléchies en termes de rapports de domination - et a fortiori dans le croisement avec d'autres rapports de domination, notamment de race, de sexe et/ou de génération. Ce séminaire entend croiser une sociologie des politiques de santé, du travail médico-social et des classes sociales pour analyser les logiques de (re)production des inégalités et des discriminations en matière de santé.

  • Des émeutes urbaines aux occupations illégales, des Gilets jaunes au sabotage de radars routiers ou de caméras de vidéosurveillance, en passant par les soulèvements à l'étranger contre des régimes autoritaires, il arrive très régulièrement que des cas d'actions politiques directes de femmes et d'hommes appartenant aux classes populaires ou moyennes soient propulsés à la « Une » des médias. C'est de certaines de ces « résistances populaires » dont il sera question dans ce numéro sans qu'il s'agisse d'en proposer un commentaire à chaud. Là où les gouvernants, à travers leurs réformes de la recherche et de l'enseignement supérieur et les appels d'offres qu'ils multiplient sur la dernière « crise » du moment, tendent à enfermer les sciences sociales dans une « réactivité » qui les rend prisonnières d'objets, de problématiques et d'une temporalité définies dans le monde journalistico-politique, ce dossier met plutôt en évidence les résistances que ces mouvements opposent à celles et ceux qui veulent les penser dans l'urgence. Loin d'être une question simple, les « résistances populaires » engagent quelques-unes des questions les plus classiques et les plus difficiles des sciences sociales, comme celle du sens de la domination donc de sa légitimité ou de la constitution des systèmes de dispositions.
    À ce titre, la pensée duale qui oppose consentement et résistance, obéissance et subversion constitue un obstacle à la compréhension de la perpétuation de la domination car l'ambivalence est au coeur des processus de socialisation politique...

  • Ce qui se joue et ceux qui jouent dans les espaces internationaux bénéficient en général d'une faible visibilité et d'un éloignement relatif à l'égard des formes institutionnalisées de démocratie représentative (élection, publicité, pluralisme) et sociale (manifestations, pétitions, négociations syndicales, mouvements de défense des droits, participation). Les actions qui s'y mènent n'en sont pas moins sensibles aux mobilisations qui les visent parfois directement en enclenchant, ou en s'adossant à, une logique de « crises », de « scandales » ou d'« affaires » (altermondialisme, mouvements écologistes, intellectuels, ONG, think tanks, lanceurs d'alerte). Cette critique externe issue de la « société civile » (désignation indigène) peut s'y trouver intégrée, tolérée, reconnue ; parfois le temps d'un café [voir encadré « Pause-café à l'OCDE », ci-contre].
    L'analyse sociologique a des implications évidentes au plan du débat démocratique et scientifique puisqu'elle ouvre à d'autres vents ces espaces confinés, identifie les acteurs, leurs trajectoires, leurs arguments et cadres de pensées, les observe en actes, au travail, évalue le poids des vérités avancées et leur mode de constitution, et les place qu'on le veuille ou non - et ce qui ne manque pas d'ironie pour ceux qui n'ont en général pas leur pareil pour l'exiger désormais des chômeurs ou des retraités - devant leur « responsabilité » politique et sociale. Déployer ou affiner la description sociologique autorise aussi à déverrouiller une histoire économique célébrée comme inéluctable ou nécessaire, à (se) saisir des éléments de critiques internes et à réarmer une critique publique.

  • Depuis la fin de l'année 2010, les bouleversements politiques et sociaux dans le monde arabe sont au centre de toutes les attentions et notamment de l'attention académique. Les chercheurs en sciences sociales n'entendent pas se laisser dicter leurs objets par l'actualité mais refusent dans le même temps de démissionner devant les faits ou de s'emmurer dans leur tour d'ivoire, feignant d'ignorer la gravité du monde qui les entoure et l'urgence d'une pensée construite et contrôlée.
    C'est à cet exercice délicat que se sont livrés les auteurs de ce dossier, sans cesse pris dans une forme d'injonction paradoxale : prendre de la distance avec l'événement historique et saisir son épaisseur sociale dans toute sa matérialité, réfuter les explications causales macrosociologiques et prendre au sérieux les revendications et les répertoires d'action des protestataires, résister au diktat de l'instant et de l'accélération de l'histoire et réinscrire les pratiques et les discours dans leur terreau sociologique et historique.
    L'objectif n'est pas de proposer une nouvelle interprétation des événements qui ont bouleversé la région mais bien plutôt de comprendre, au moyen d'enquêtes de terrain de longue haleine, comment ceux-ci ont bousculé les structures sociales et politiques des pays concernés et de quelles façons cette histoire courte est à réintégrer au sein des mutations sociales plus larges qu'ont connues ces sociétés.
    Fondés sur un travail empirique inédit, les six articles étudient ainsi les conséquences du déclassement des chômeurs diplômés tunisiens sur leurs dispositions à se mobiliser (Pierre Blavier), la recomposition du capital social des insurgés dans le cas syrien (Gilles Dorronsoro et al.), l'impossibilité du soulèvement dans le cas algérien (Layla Baamara), le rôle de groupes professionnels comme les avocats dans la révolution tunisienne (Eric Gobe), les voies de la reconversion politique des Frères musulmans égyptiens entre 2005 et 2012 (Marie Vannetzel) et les modalités du passage d'une situation révolutionnaire à un résultat révolutionnaire dans le contexte tunisien (Choukri Hmed).

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  • Ce numéro entend questionner les différentes logiques à l'ouvre dans les processus d'évaluation des sportifs. Loin d'être un espace qui évaluerait et classerait des performances purement « sportives », l'univers des sports, tout particulièrement celui du sport spectacle, fait l'objet d'enjeux croissants et multiples. Les articles s'attachent ainsi à montrer les différents ressorts sociaux des logiques économiques, politiques ou encore professionnelles relatives à la production et à la diffusion permanente des évaluations sportives (classements, titres, notes, etc.), en les situant dans les transformations historiques des économies du sport spectacle du début du XXe siècle à aujourd'hui. En s'appuyant sur des exemples très différenciés (la boxe anglaise, le football et le cyclisme professionnels, la course à pied, etc.), il s'agit d'analyser la concurrence entre les institutions et les agents sociaux de plus en plus nombreux (sportifs, entraîneurs, organisateurs de spectacle, fédérations, sponsors, journalistes, médecins, etc.) qui participent à ces luttes, permettant ainsi d'éclairer des processus d'évaluation également à l'ouvre dans d'autres univers sociaux. Les auteurs du numéro restituent concrètement, à travers des enquêtes de terrain, les conditions sociales et historiques des performances dites « sportives ».

    Dossier coordonné par Dominique Marchetti, Frédéric Rasera, Manuel Schotté et Karim Souanef.

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  • Alors qu'au cours des années 2010, l'urgence humanitaire de la « crise des réfugié·e·s » a durablement installé une image misérabiliste de la migration internationale dans l'opinion publique, ce numéro prend le parti de s'intéresser aux ressources des migrant·e·s. En abordant la question de l'accumulation et de la gestion du capital social dans les carrières et stratégies migratoires, il entend dresser un portrait plus divers et plus réaliste des existences migrantes et éviter ainsi de forger une représentation monolithique des mobilités. Sans oublier les vulnérabilités qui président à nombre de déplacements internationaux, il insiste sur les inégalités à l'oeuvre parmi les acteurs et actrices de ces mobilités. Décédé il y a tout juste vingt ans, Abdelmalek Sayad a défendu la nécessité pour les recherches sur les migrations internationales de considérer les immigré·e·s comme des émigré·e·s, pointant ainsi la pluralité des espaces de référence des migrant·e·s. Ce conseil n'est jamais aussi pertinent que pour penser la relation entre migration et accumulation de ressources : contrairement à ce que voudrait le mythe de l'invasion, les projets migratoires ne se pensent presque jamais comme des fins en soi et posent très majoritairement la migration comme un moyen de maintenir ou d'améliorer son statut social et celui de sa famille non dans le pays « d'accueil », mais bien dans le pays d'origine.
    L'attention portée au réseau de relations des migrant·e·s - à la fois local et transnational - a permis à la sociologie des migrations de rompre peu à peu avec une explication des déplacements en termes de choix individuels, en soulignant le rôle des conditions collectives de possibilité des départs.

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  • Ce dossier présente les résultats de recherches récentes portant sur la construction sociale de la finance par les institutions publiques après la crise financière de 2008. Il s'inscrit ainsi dans le domaine de recherche qui, au carrefour de l'économie régulationniste, de la sociologie économique et des études sociales de finance, renouvelle depuis le début des années 2000, une approche institutionnaliste des activités financières. Opposée à l'idée d'une autonomisation de l'économique, cette approche souligne les médiations sociales et notamment institutionnelles qui sous-tendent la circulation, l'allocation et l'accumulation du capital au cours du temps. Ces travaux décrivent la centralité des processus d'institution et de réglementation de l'économie dans la structuration de la finance contemporaine. Le rôle de l'État fait l'objet d'une attention particulière.
    Les articles proposés s'inscrivent dans des disciplines scientifiques diverses (sociologie, science politique, économie) et se concentrent sur des acteurs financiers multiples, qu'il s'agisse des banques centrales, des acteurs des marchés monétaires, des fonds d'investissement, des institutions financières d'aide au développement ou encore du secteur financier dans son ensemble. Ils ont comme objectif commun de saisir la manière dont la finance contemporaine, en apparence déréglementée, est cependant le produit d'une construction institutionnelle de long terme.

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  • Si la seconde moitié du xxe siècle a été marquée par un effacement progressif de la figure du domestique, l'accroissement récent des inégalités s'accompagne d'un renouveau des services directs aux individus les plus riches : personnel de maison qualifié, professionnels de l'hospitality de luxe, coaches et professeurs particuliers, etc. La démultiplication des services aux plus fortunés ? qui passent par la personnalisation de la relation, l'exclusivité des espaces, le traitement « sur mesure » ? engage une proximité physique souvent affranchie des cadres collectifs permettant l'exercice d'une régulation institutionnelle. Elle met en rapport des élites économiques et des classes moyennes, souvent blanches et qualifiées, dont les compétences sociales et l'ethos corporel sont appréciés.
    Ainsi, alors que la sociologie contemporaine du care et des migrations s'est largement intéressée au personnel de service subalterne, féminin et racisé (aides à domicile, auxiliaires de vie), ce dossier propose de considérer d'autres formes de subordination directe entre les fractions moyennes et dominantes de l'espace social. Quelles sont les conditions d'accès à ces professions certes subalternes, mais parfois prestigieuses et très rémunératrices ? Quelles expériences de la domination entraînent-elles et quels registres d'interaction mobilisent-elles ? Dans quels cas ces situations de domination rapprochée font-elles l'objet d'une politisation, voire d'une contestation ?

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  • Que se passe-t-il quand la recherche s'arrête ? Ou plutôt que se passerait-il si la recherche, et sa publication dans les revues, s'arrêtaient ? C'est cette hypothèse que plus de 100 revues ont voulu poser sur la table en se déclarant en grève et/ou en lutte, contre la réforme des retraites et contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Depuis le 8 janvier 2020, Actes de la recherche en sciences sociales, en grève, a suspendu son processus de production habituel, notamment l'évaluation des articles et la préparation puis la publication des numéros en cours. Cet arrêt a permis de rejoindre des mouvements interprofessionnels, de participer aux actions dans nos universités et laboratoires, et de contribuer activement à la mobilisation des revues et aux réflexions qui en ont émergé.
    À la place, nous proposons aux lectrices et aux lecteurs un numéro inhabituel, inédit même. Par sa forme et par son contenu, il donne à voir ce qu'entraînerait la poursuite du démantèlement, toujours plus brutal, du système public de recherche, et en son sein de l'infrastructure qui permet aux comités et aux secrétariats de rédaction de se réunir, de discuter, de travailler, et aux autrices et auteurs de diffuser leurs recherches. Nous proposons à tout le monde de s'approprier ce numéro, et de se joindre aux réflexions, aux actions, et aux rencontres que suscite cette mobilisation jamais vue des revues scientifiques.

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  • Ce numéro d'Actes de la recherche en sciences sociales traite de la mise en oeuvre, sous la forme d'instruments quantitatifs, de techniques d'évaluation du travail des salariés. Les cas abordés relèvent de secteurs variés qui font apparaître des invariants et des différences : les hôpitaux, l'hôtellerie, la finance, la fonction publique, la recherche, etc. Les articles analysent l'impensé de ces techniques, et notamment "l'idéologie du client", et traitent particulièrement des effets : au motif d'améliorer les "performances", n'est-ce pas parfois une redéfinition, parfois profonde, des activités professionnelles qui est à l'oeuvre ? L'autonomie des salariés et leurs modalités d'engagement de leur travail ne sont-elles pas également en question ? En proposant une analyse sociologiquement armée des effets de l'évaluation, le numéro est aussi une interrogation sur les opérations qui consistent à objectiver, au moyen d'indicateurs statistiques, des activités et des productions sociales.

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  • Ce numéro porte sur les transformations actuelles de l'enseignement supérieur, sous l'effet des injonctions à la professionnalisation ou à « l'ouverture sociale », mais aussi des modifications morphologiques du public estudiantin. Tout en constatant l'inertie de mécanismes sociaux fondamentaux, le numéro examine les changements qui affectent aujourd'hui la hiérarchie entre filières courtes et longues, formations sélectives et professionnalisées. Il s'attache particulièrement au destin des nouveaux étudiants de première génération, à toutes les « différences » dont les rares élus des formations sélectives font l'expérience tout le long de leur parcours, comme aux choix d'orientation que doivent faire tous les autres. Issus d'enquêtes statistiques et ethnographiques approfondies, les articles éclairent des questions centrales aujourd'hui en matière de politique éducative, qu'il s'agisse des dispositifs d'ouverture, des mesures visant à réduire l'échec en licence ou des étudiants salariés.

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  • Cette livraison est le premier des deux numéros que la revue consacre cette année aux structures sociales et à leurs transformations contemporaines.
    Elle porte plus spécifiquement sur les fractions les plus élevées des catégories supérieures. Un texte inédit de Pierre Bourdieu traite du concept de « champ du pouvoir » pour désigner l'ensemble des relations qui unissent et divisent les détenteurs des différents types de pouvoir, pouvoirs financiers, économiques, politiques, intellectuels, etc. Un ensemble de recherches met ensuite en oeuvre cette notion pour mieux comprendre les effets de dynamiques contemporaines, en particulier les phénomènes d'internationalisation (qui se produisent dans l'ordre économique et scolaire notamment) et les démissions néolibérales de l'État.
    L'ensemble de ces contributions qui se rapportent à différents pays européens tend à se situer dans une perspective comparative. Le goût du « luxe » caractéristique des catégories sociales étudiées n'est pas omis dans ce numéro, à travers une étude consacrée à l'hôtellerie.

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  • Ce numéro s'attachera aux transformations de l'expertise et de ses usages politiques, dans le cadre de la « modernisation de l'État » et des services publics.
    À travers plusieurs cas concrets (hôpitaux, France Télécom, France Télévision, EDF, agences de santé, champ bureaucratique, think tank, consultants) qui ont fait l'objet d'enquêtes sociologiques approfondies, ce numéro mettra en lumière les nouveaux enjeux de la concurrence entre expertise syndicale et expertise patronale, d'une part ; entre expertise étatique et expertise managériale, de l'autre.
    En s'attachant à saisir les multiples processus de conversion aux logiques de l'expertise managériale, publique ou privée, ce numéro entend apporter un nouvel éclairage à l'analyse des politiques de mise en chiffre des services publics et à leur légitimation.

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