Littérature générale

  • À côté de l'abus de pouvoir « scientiste », il en existe un (le « littérarisme ») qui consiste à croire que ce que dit la science ne devient intéressant et profond qu'une fois retranscrit dans un langage littéraire et utilisé de façon « métaphorique », un terme qui semble autoriser et excuser presque tout.

    Au lieu d'un « droit à la métaphore », on devrait parler plutôt d'un droit d'exploiter sans précaution ni restriction les analogies les plus douteuses, qui semble être une des maladies de la culture littéraire et philosophique contemporaine.

  • Un bureau de préfecture, une file d'attente, un espoir - obtenir des papiers. Désormais banale, cette image de l'immigration occulte l'essentiel : ce qui se joue de l'autre côté du guichet. Là, des fonctionnaires examinent les dossiers, jaugent les candidats, statuent sur leur sort. C'est à eux que l'Etat délègue la mise en ouvre de sa politique d'« immigration choisie ». Mais qui sont ces hommes et ces femmes qui décident d'attribuer des papiers ou, au contraire, de reconduire à la frontière ? Comment tranchent-ils ? De quelle latitude disposent-ils dans l'interprétation des règlements ?
    Au terme de plusieurs années d'enquêtes dans les coulisses des consulats, des préfectures et des services de la main-d'ouvre étrangère, Alexis Spire dévoile la face cachée de cette machine à trier les étrangers. Ceux qu'on éloigne, et ceux qui rejoignent la main-d'ouvre bon marché réclamée par les employeurs. Situés au bas de l'échelle administrative, les personnels chargés de l'immigration sont sommés de « faire du chiffre » et de « traquer les fraudeurs ». Cobayes de la « modernisation de l'Etat », ils s'enrôlent dans cette croisade en croyant défendre le modèle social français.

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  • Il est peu de professions qui, comme celle de journaliste, donnent lieu à des représentations sociales aussi contradictoires. Le personnage social du journaliste tend en effet à osciller entre, d'une part, des figures très prestigieuses comme celle du " grand reporter " qui paye parfois de sa vie la couverture des conflits, celle du " journaliste d'investigation " qui lève des scandales et sert ainsi la démocratie ou encore du commentateur politique et, d'autre part, la figure très négative du journaliste corrompu qui fait des articles de complaisance, qui bidonne ses reportages, qui profite des malheurs du monde (on parle des " charognards de l'information ") ou même, qui tels les paparazzis, cherchent de façon purement mercantile à étaler dans l'espace public la vie privée des personnages publics - ou connus du public - devenus pléthore avec la moyens modernes de divertissement (télévision, cinéma, disques, etc.) et les formes encore plus modernes de diffusion (internet, réseaux sociaux, etc.).
    Bref, le journaliste est un personnage social trouble, capable du meilleur comme du pire. Au principe de cette représentation sociale pour le moins contrastée : la faible autonomie du champ médiatique. Les journalistes doivent composer avec des contraintes propres au métier (réactivité, urgence, polyvalence parfois antagoniste avec la compétence) mais aussi et surtout fortes contraintes externes, celles qu'exercent les champs politique et économique avec l'assistance de spécialistes en communication.
    C'est parce que le risque de " dérapages " est grand que la profession multiplie les codes de déontologie tout en se refusant au nom de la liberté, d'en sanctionner les manquements. De même, le recours massif aux sondages par les médias - sondages préélectoraux, d'opinion, d'audience, de notoriété, etc. - constitue une forme de défense des journalistes qui, à la fois courtisés et méprisés, tendent à s'abriter derrière des pourcentages apparemment scientifiques et donc indiscutables.
    Il n'est pas un média qui, aujourd'hui, ne fasse état chaque jour, pour légitimer une opinion, du dernier sondage commandé par lui ou par ses concurrents. Il ne faudrait pas croire cependant que l'introduction de cette pratique, parce qu'elle est peu scientifique, et même souvent d'ordre ludique soit sans effets. Cette " pensée par sondages " qui caractérise de plus en plus le mode de penser des journalistes s'appuie sur l'effet politique qu'exerce l'invocation de la représentativité des enquêtes par sondages et tend à généraliser le principe majoritaire, au détriment de tout autre forme de " participation " politique.
    S'appuyant sur des études de cas très concrets - une manifestation de rue, la fausse agression du RER D, la crise du journal Le Monde et les avis de son médiateur, etc. - Patrick Champagne, sociologue des médias, membre de ACRIMED, auteur de Faire l'opinion, paru chez Minuit en 1990 et resté depuis un ouvrage de référence en science politique, nous fait entrer dans les luttes entre les journaux pour produire des événements, voire parfois pour les coproduire et montre comment fonctionne le champ journalistique, cette machine à fabriquer l'actualité.
    L'ouvrage qui est écrit dans un langage accessible aux non spécialistes s'adresse à tous ceux, militants associatifs, enseignants ou simples citoyens qui veulent s'informer sur la fabrication de l'information.

  • Engendrée sous la pression des milieux d'affaires, assemblée dans les couloirs de l'Organisation mondiale du commerce, une formidable machine à détruire les services publics mondiaux entre en action : l'Accord général sur le commerce des services, plus connu sous son sigle AGCS. Son objectif : libéraliser tous les services en supprimant un à un les obstacles au commerce. L'AGCS autorisera par exemple une multinationale à poursuivre pour concurrence déloyale une commune qui subventionne sa cantine scolaire. Chercheurs indépendants, Raoul Marc Jennar et Laurence Kalafatides expliquent les origines et les conséquences de cet accord. Sa mise en oeuvre faisant l'objet de négociations successives, l'AGCS menace à terme l'enseignement, la santé, la culture et l'accès à l'eau potable. Comprendre le fonctionnement de cette canonnière libérale conçue hors de tout contrôle démocratique, c'est se donner les moyens de l'enrayer.

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  • La question du nationalisme en littérature est souvent traitée ici comme une vieillerie que la mondialisation aurait définitivement balayée. Une chose périmée et passée de mode. Antilittéraire.
    Il faut presque se disculper d'en parler comme si aborder ce sujet était s'apprêter à justifier l'injustifiable. Mais curieusement, on a beau secouer ces vieux oripeaux, on n'arrive pas à s'en débarrasser. Surtout si on prétend réfléchir sur la littérature en tant qu'elle est mondiale. La nation, et la croyance qui l'accompagne, reviennent nous hanter encore et encore. Posée par de nombreux « petits » pays qui revendiquent leur droit à l'existence, à la reconnaissance, à l'égalité littéraire sous cette inévitable forme. Ce livre, qui ne pouvait qu'être collectif, est donc issu des réflexions d'une équipe de chercheurs internationaux (Brésil, Inde, Suisse, Autriche, Allemagne, France). Afin d'internationaliser véritablement la réflexion sur le national, et ne pas s'enfermer dans une pensée nationale du nationalisme, ce volume propose deux directions de travail : d'une part la publication d'instruments théoriques et pratiques sur le nationalisme littéraire, et notamment un inédit en français de Fredric Jameson, et une étude des positions et des propositions sur ce sujet (capitales dans le monde anglo-saxon) d'Antonio Gramsci ; et d'autre part l'analyse historiques de différents nationalismes littéraires à travers de grandes figures d'écrivains : le jeune Borges (Sergio Miceli), l'apparition du roman national au Maghreb dans la foulée des indépendances, nationales, avec Driss Chraïbi (Michael Einfalt) ; la critique de la pensée nationaliste en Allemagne et en Autriche dans l'après-coup de la première guerre mondiale chez le jeune Musil (Norbert Christian Wolf), l'évocation d'une grande figure du nationalisme culturel dans l'Etat indien du Kerala : Balakrishna Pillai (Dilip Menon), sans oublier l'analyse du travail de l'écrivain chinois Lu Xun en termes de production d' « allégories nationales » (Jameson) .

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