Offrir cet ebook
LUI et moi - Entretiens spirituels  - Tome 2
 / 

LUI et moi - Entretiens spirituels - Tome 2

À propos

Extrait

PRÉFACE
C’est une bien étonnante et belle histoire, — l’histoire d’une âme, elle aussi, — que nous racontent les deux petits livres intitulés Lui et Moi. Le premier, paru il y a deux ans, s’est constitué un cercle de lecteurs fervents : le second va paraître, non moins riche, non moins émouvant. Et maintenant que la mort la relève de ce vœu secret de discrétion que, tout naturellement elle avait prononcé, on a le droit de dire qui était l’écrivain anonyme (ne disons pas l’auteur, nous verrons pourquoi) qui avait mis sur le papier ces fragments fulgurants d’amour sublime, ces pensées si souvent lourdes de la plus surnaturelle vérité.
Elle se nommait Gabrielle Bossis. C’était, aux derniers temps de son existence terrestre, une demoiselle de province, assez vieille quant à l’âge (elle était née en 1874), mais dont tous les témoins s’accordent à dire qu’elle avait su garder une extraordinaire jeunesse de cœur et de comportement. En principe, elle habitait Nantes ou quelque village proche du bord de la Loire, en principe car sa vie avait été assez errante, pour la plus inattendue des raisons.
Élevée dans un milieu de bonne bourgeoisie (son père, comme il en allait en d’heureux temps n’avait jamais eu d’autre profession que celle de « propriétaire ») Gabrielle Bossis, dernière d’une famille de quatre enfants, avait été longtemps une petite fille timide, effacée, silencieuse, qu’on trouvait plus souvent méditative dans les coins que jouant avec les autres. Commençait-elle alors, en tâtonnant, cette grande expérience qui devait couronner sa vie ? En tout cas il fallut bien qu’elle eût quelque raison pour refuser toutes les demandes en mariage : il n’est pas interdit de penser que cette raison était d’un ordre infiniment intérieur. On dit aussi qu’elle possédait maints dons pour ces arts d’agrément où s’appliquaient nos grand-mères : broderie, peinture, enluminure, musique et même, ce qui est déjà plus difficile, sculpture. Tout cela ne dépasse pas le niveau de maintes jeunes filles « bien » des débuts de notre siècle, dans les milieux traditionalistes de nos provinces.
Le hasard l’amena à se découvrir une fibre nouvelle ; celle d’auteur théâtral. Pour quelque patronage d’Anjou, elle écrivit une de ces pièces à la fois de bon ton et de morale parfaite, dont il est de mode de sourire, mais qui ne sont pas si faciles à faire que cela. Le succès ayant couronné cette tentative elle en écrivit d’autres, beaucoup d’autres, et toutes entraînèrent la chaleureuse amitié de publics croissants. Tant et si bien que leur notoriété sortit des limites de sa province natale et que, quittant Nantes et ses alentours, elle alla jouer elle-même ses œuvres, dans maintes villes de France puis dans divers pays étrangers, Belgique, Italie, voire Maroc et même Canada et même Palestine ! De cette provinciale, le gentil démon de la scène des patronages avait fait une grande voyageuse.
C’est dans de telles conditions qu’elle poursuivit son expérience intérieure. On pense au mot fameux de Bergson : « Les grands mystiques ont généralement été des hommes et des femmes d’action, d’un bon sens supérieur. » Il s’applique parfaitement à Gabrielle Bossis, car, tout en jouant ses saynètes, de Kairouan aux Montagnes Rocheuses, elle vivait d’une vie spirituelle extraordinairement intense : comme les vrais mystiques, elle aurait pu reprendre le mot fameux de saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. »
L’avouerai-je ? Cette existence si justement partagée entre une face donnée au prochain, souriante, vouée à distraire autrui, et une autre face consacrée à la contemplation me touche profondément. Certes nous admirons comme il convient le mystique qui s’enferme dans une cellule et poursuit sous la coule monacale une expérience ardue entre toutes. Mais enfin, les religieux, les religieuses, pour trouver Dieu, ont choisi d’écarter de leur route tous les obstacles, hélas innombrables, que le monde met sur la nôtre. Un homme une femme qui, tout en demeurant, humainement, semblable à nous, dans des conditions proches de celles que nous connaissons, arrive à s’élever haut vers la cime inaccessible où Dieu se révèle à ses élus, a de quoi nous emplir davantage encore d’admiration.
Ce fut, à n’en pas douter, une vraie mystique que Gabrielle Bossis, et les deux petits tomes de Lui et Moi sont le compte rendu, presque la sténographie de ce qu’elle reçut au cours d’un face à face sublime avec le Christ. De tels journaux intimes ne sont pas rares et notre époque en a vu paraître bon nombre, dont certains fort extraordinaires, tels celui de Lucie Christine, celui de la Sœur Josefa Menendez, celui d’Élisabeth Leseur si pathétique dans sa simplicité, et ces pages qui furent réunies sous le titre de Cum Clamore valido ; la fameuse autobiographie de la chère petite Sœur Thérèse de Lisieux couronne cet ensemble comme un diadème. Aucun de ces ouvrages ne laisse indifférent un chrétien. Le dialogue d’une âme avec Dieu est à la fois unique et exemplaire ; pour chacun de ceux qui en ont le bénéfice, il est exclusif et ne s’adresse qu’au plus intime de l’être, mais chacun de ceux qui en lisent les phrases peut en entendre l’écho dans son propre cœur.
Les textes de Gabrielle Bossis se présentent comme des paroles de Jésus lui-même, entendues par la mystique et mises par elle sur le papier aussitôt. Dans quelle mesure faut-il admettre que ce fût là la vérité et que le Christ lui-même ait daigné parler à cette femme de notre temps ? Il arriva à la bénéficiaire d’avoir des doutes et à plusieurs reprises elle se demanda si ce n’était pas son imagination ou son orgueil qui l’abusaient. A quoi la voix intérieure lui répondait, avec une admirable sagesse : « Tu doutes si c’est Moi ? fais comme si c’était vrai. » Ou encore : « Mais lors même que ces paroles sortiraient de ton naturel humain, n’est-ce pas moi qui ai créé ce naturel ? Ne dois-tu pas tout reporter à Moi ? » Ce qui était vraiment la meilleure de toutes les réponses.
Et c’est cela qui fait excellente impression au lecteur de ces textes, à qui considère cette expérience. De Gabrielle Bossis on n’a jamais rapporté qu’elle ait eu des visions, des extases, des manifestations très étonnantes, elle n’a été ni voyante ni stigmatisée. En apparence rien ne la distinguait d’une femme semblable à une autre, une aimable vieille demoiselle qui aimait la jeunesse, dansait et jouait sur les planches, et savait être souriante à tous et cependant, en même temps, les mots qu’elle entendait au plus profond d’elle-même sonnaient le son de la vérité surnaturelle la plus haute — un authentique écho du Christ.
Car l’impression qu’on éprouve en lisant Lui et Moi est bien celle-là : comme disaient les chrétiens des premiers temps on y respire « la bonne odeur du Christ ». Rien de forcé ni d’excessif ; rien qui viole la nature humaine ou la contraigne au delà de ses forces. Un appel répété, fervent, certes, à la discipline intérieure, à l’ascèse, à l’effort de soi sur soi, mais qui demeure profondément humain. Le second tome, surtout, où la mystique a franchi les premiers obstacles et s’est approchée de Dieu rend un son de plénitude simple et joyeuse, de sérénité dans l’amour qui, en maints endroits, l’assimile aux plus authentiques chefs-d’œuvre de la littérature spirituelle. L’abbé Brémond en eût raffolé. Que le Christ ait vraiment parlé à cette âme, en personne, il n’appartient pas à un simple lecteur de le dire : mais une chose est sûre, c’est que cette âme a vécu en Lui et qu’elle nous réfléchit un peu de Sa lumière.
DANIEL ROPS.



  • EAN

    9782701020518

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    170 Pages

  • Action copier/coller

    Non

  • Action imprimer

    Dans le cadre de la copie privée

  • Partage

    Dans le cadre de la copie privée

  • Nb Partage

    6 appareils

  • Poids

    307 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Diffuseur

    Numilog

  • Entrepôt

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

empty