 Architecte à Montpellier depuis 1980, Emmanuel Nebout a mené à bien, entre autres grands projets, la réhabilitation du Musée Fabre de Montpellier. Il te parle de sa passion pour son métier et pour le monde en général...
Votre vocation d’architecte remonte-t-elle à l’enfance ?
Pas du tout ! Enfant, j’étais beaucoup plus intéressé par l’agronomie, l’eau, les forêts qui me paraissaient l’essence même de la nature. J’étais très attiré par les grandes étendues. Vers l’âge de 12 ans, je suis allé vivre à Paris et mon regard a peu à peu changé. Je me suis retrouvé immergé dans la culture et l’histoire de cette ville et j’ai commencé à regarder avec un oeil neuf les constructions. Ce n’est qu’en classe terminale que j’ai décidé de devenir architecte...
Aucun rapport avec la nature...
Si, je me suis rendu compte que mon attrait pour la nature n’était pas très éloigné de l’architecture qui est une mise en relation d’un espace avec un environnement. La manière dont les édifices ont trouvé leur place dans le monde n’est pas le fruit du hasard. Il y a une réflexion derrière tout ça…
Vous dessiniez beaucoup ?
Non, pas particulièrement. Ce n’est pas le dessin qui m’a amené à l’architecture mais l’architecture qui m’a conduit au dessin. L’architecte a l’immense avantage de pouvoir penser un crayon à la main et de mettre des figures au service de sa pensée. Et le dessin lui permet en plus de partager avec d’autres cette pensée...
J’ai l’impression que l’on se fait beaucoup d’idées fausses sur votre métier...
Oui, sans aucun doute. On imagine souvent l’architecte comme un simple dessinateur, un décorateur ou un habilleur de façades. C’est bien plus que cela. L’exemple de Gaudi le montre bien. Il s’attachait à maîtriser totalement ses projets, de la conception à la réalisation. C’est ça le véritable métier d’un architecte : savoir regarder, écouter, comprendre et mettre en oeuvre une pensée pour créer un espace à vivre et la concrétiser en édifice...
C’est un travail solitaire ?
Voilà encore une idée fausse ! C’est un formidable métier d’équipe. Nous travaillons avec nos clients, tout d’abord, mais aussi avec tous les corps de métier de la construction : les maçons, les charpentiers, les menuisiers, les peintres mais aussi des spécialistes de la lumière, de l’acoustique, du paysage, de la climatisation... C’est une profession qui impose de communiquer énormément et d’arriver à traduire sa pensée. Et là encore, le dessin fait gagner beaucoup de temps...
Avec quels métiers peut-on trouver des similitudes ?
On peut comparer le métier d’architecte à celui de réalisateur de cinéma. Lui aussi constitue des équipes de gens très différents et s’investit sur un projet qui dure parfois des années. On trouve également beaucoup des similitudes avec le métier de cuisinier. Il doit savoir choisir ses ingrédients et les faire cohabiter pour relever la saveur de chacun.
Un architecte a beaucoup de responsabilités ?
Oui, énormément. Bien sûr, ses bâtiments doivent être stables et garantir la sécurité ; ce sont les conditions de base d’une construction. Mais il ne faut pas oublier que nos édifices abritent des gens et notre grande responsabilité, c’est de leur apporter du bien-être et, pourquoi pas, des émotions ! Quand on a le sentiment d’y être parvenu, c’est très gratifiant. On se dit que tout ce long travail en valait vraiment la chandelle...
Peut-on imaginer une architecture sur un sol qui ne serait pas droit ?
C’est une question qui renvoie à l’étude de l’homme. Le sol, c’est la première dimension de l’architecture, celle à partir de laquelle, on va pouvoir construire. Depuis que l’homme se tient debout, son rapport au sol est essentiel. Quel que soit le relief, il doit pouvoir se situer dans l’espace. C’est pour cela que l’anthropologie, l’étude de l’homme, est si importante dans l’architecture et dans les différentes manières d’habiter…
L’homme n’a pas toujours habité de la même façon…
Non. À l’origine, il y a deux grandes cultures d’habitat. Il y a tout d’abord celle des nomades qui ont su créer des techniques pour "porter leur maison sur le dos", avec des matériaux tels que les os, le bois, les peaux et il y a celle qui vient de la grotte. Dans ce dernier cas, l’homme a dû recréer un habitat à partir d’un milieu naturel. Il lui a fallu creuser, égaliser, construire des parois… bref, devenir maçon ! Les Inuits, avec leurs igloos, sont un cas à part. Ils savent construire leur maison tout en étant nomades.
Pour devenir architecte, que me conseillez-vous ?
À ton âge, tu dois déjà te mettre en situation de devenir architecte. Il faut que tu profites le plus possible de tes voyages, de tes lectures, de ce que tu vois pour essayer de comprendre le monde et l’homme. Parce que l’on ne construit pas pour soi mais pour les autres. Si tu es curieux du monde et de la manière dont se font les choses, tu pourras devenir architecte.
Bref, l’architecture, c’est de l’humain…
C’est exactement ça, de l’humain ! L’architecture est une volonté de faire de belles choses ensemble.
Merci beaucoup, M. Nebout !
Propos recueillis par C. Coudouy - Photos © DR
Pour les parents, ""Renaissance du musée Fabre" Brochet-Lajus-Pueyo, Emmanuel Nebout / Pascale Blin (Editions Archives d’architecture moderne), Ante prima, Paris, 24,90 € à Sauramps
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Renaissance
Blin, Pascale
Editions Archives d'architecture moderne (1 160 pages) Paru le 09/10/2007 24,00 euros
Présentation du Musée Fabre de Montpellier après sa restauration par les agences de Olivier Brochet, Emmanuel Lajus, Christine Pueyo et Emmanuel Nebout.
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