
L’astrophysicien Hubert REEVES tente depuis de nombreuses années de mettre la connaissance de notre univers à la portée de tous. Sa passion pour les astres lointains ne l’empêche pas d’agir pour sauvegarder notre planète avec la Ligue ROC pour la Préservation de la Faune Sauvage dont il est le président.
Vous rappelez-vous ce qui a déclenché votre passion pour l’espace ?
Il n’y a pas eu vraiment de déclencheur. C’est une passion d’enfance. J’ai toujours été intéressé par les étoiles, la nature, les oiseaux... C’était une sorte de culte familial d’observer le ciel le soir, d’aller regarder les oiseaux, de leur construire des maisons. C’est dans cette ambiance familiale qu’est née mon attirance pour l’espace.
J’ai appris, qu’enfant, vous avez construit un télescope…
Oui, c’est vrai. Avec un ami, nous avons trouvé un vieux télescope et nous l’avons remis sur pied. On a repoli le miroir, installé un appareil photo et réussi à le faire fonctionner. On a fait des photos qui n’étaient pas trop mal !
Qu’est ce qui vous a attiré dans l’espace ?
Le savoir ! C’est fascinant de regarder un ciel étoilé, de voir les planètes qui se déplacent. Comme en été, j’habitais à la campagne, il y avait des nuits formidables. On voyait la voie lactée, les planètes, les constellations… Ça m’emballait de les reconnaître, de voir, par exemple, comment Jupiter se déplaçait d’une constellation à une autre. Passionnant !
Quelle est la différence entre un astrophysicien et un astronome ?
Il n’y a pas grande différence en fait. Tous les deux étudient le ciel et tentent de comprendre le cosmos, notre système solaire, l’univers... Et peu à peu, ils arrivent à percer leurs mystères grâce à l’astrophysique, à la physique, à la chimie ou aux mathématiques. Toutes ces sciences sont impliquées dans cette étude.
Vous êtes un peu les paléontologues de l’espace…
Absolument. Nous essayons de reconstituer l’histoire de notre cosmos mais dans un temps qui s’étend bien au-delà de celui des préhistoriens puisque l’on remonte jusqu’au Big Bang, il y a 13,7 milliards d’années ! C’est en effet un métier qui ressemble à celui des historiens. Comme eux, les astrophysiciens recherchent des éléments, des traces, des indices pour comprendre et décrire l’histoire.
N’êtes-vous pas parfois pris de vertige en pensant à l’immensité de l’univers dans lequel nous sommes bien peu de chose ?
De vertige ! Non, c’est plutôt un sentiment d’émerveillement devant toutes ces choses, même les plus simples : l’éclosion d’une fleur, le vol d’une hirondelle… Il y a dans notre univers quelque chose de merveilleux qui me plaît énormément. Mais je n’ai jamais éprouvé de vertige…
Est-il possible, ou concevable, que notre univers soit compris dans quelque chose de plus immense encore ?
C’est possible mais nous n’avons pas de preuves et en science, on fait toujours la différence entre ce que l’on peut imaginer et ce que l’on peut prouver. Ça ne m’empêche pas d’aimer lire les hypothèses que font des gens pour essayer de comprendre l’univers.
D’ailleurs, vous aimez les romans de science-fiction ?
Et bien, non. En fait, je préfère la réalité. Elle est bien plus excitante ! Je trouve même que les écrivains manquent souvent d’imagination par rapport à la réalité. Les trous noirs par exemple… Personne n’a jamais eu une idée aussi délirante que les trous noirs, personne ! Et pourtant, on les découvre dans la réalité…
Pensez-vous qu’il puisse y avoir une vie semblable à la nôtre dans l’univers ?
Voilà une grande question ! Là encore, on n’a pas la moindre preuve qu’il existe une vie ailleurs. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Absence de preuve n’est pas preuve d’absence ! On en est réduit à émettre des opinions. Ça t’intéresserait de connaître la mienne ?
Et comment !
Je pense que c’est par milliers qu’il y a des planètes habitées et des gens, ailleurs, qui se demandent s’il existe d’autres planètes habitées. Mais c’est une opinion qui n’est fondée sur aucune connaissance scientifique...
La conquête spatiale est-elle encore d’actualité quand on a tant de choses à faire pour sauver notre planète ?
Je ne pense pas qu’il soit très juste d’opposer l’exploration spatiale et la sauvegarde de la planète. Je vais te donner un exemple. Quand, dans les années 60, les Américains ont préparé l’expédition sur la lune, le président Kennedy a décidé d’installer des laboratoires de recherche dans un des États les plus pauvres des États-Unis, en Alabama. Ça a relancé l’économie, là-bas !
Mais on parle de milliards, de sommes astronomiques...
Ces milliards ne sont pas dans l’espace. Dans l’espace, il y a un peu de métal et de verre. Ces milliards sont dans les poches des gens qui ont travaillé. C’est une bonne façon de faire marcher l’économie. Dire qu’il aurait mieux valu construire des hôpitaux n’est pas évident. Il est pérférable de permettre aux gens de mieux vivre dans les pays pauvres pour qu’ils soient eux-mêmes capables de construire des hôpitaux. Il y a un proverbe chinois qui dit : "Au lieu de donner des poissons aux pauvres gens, apprenez-leur plutôt à pêcher". Les recherches spatiales ou physiques sont des moteurs importants de l’économie. Et puis, la connaissance est une valeur fondamentale !
Vous me parliez des années 60... Vous rappelez-vous les premiers pas de l’homme sur la lune ?
Oh, oui, je m’en rappelle très précisément. Nous avons regardé ces premiers pas à la télévision avec nos enfants. C’était un moment très émouvant. D’autant, qu’à cette époque, je travaillais à la NASA et j’étais très impliqué dans cet événement.
Et comment va notre planète ?
C’est bien le problème. Elle ne va pas bien du tout et je suis très inquiet pour l’avenir, à court terme. Je ne parle pas de temps astronomique, en millions d’années, mais bien de décennies. Comment sera la terre dans 20 ans, dans 40 ans ? Nul ne le sait mais il y a de gros motifs d’inquiétude.
Vous restez optimiste ?
Ça dépend des jours. Je sens aussi une prise de conscience rapide dans la population. L’important, c’est d’être déterminé à faire en sorte que la situation ne se détériore pas, et même, qu’elle s’améliore.
Pouvons-nous faire quelque chose pour sauver notre planète ou nos efforts sont inutiles par rapport à l’immensité du problème ?
Tous les gestes sont importants ! Ce sont les enfants, comme toi, qui devront plus tard affronter ces problèmes. Et je vois avec bonheur, lorsque je fais des conférences un peu partout dans le monde, dans les écoles, les lycées, les universités, que les jeunes se mobilisent et font même parfois pression pour que l’on serve de la nourriture bio à la cantine ou qu’on limite l’usage des sacs plastique, par exemple. Chaque geste compte, même les plus petits !
Merci beaucoup, M. Reeves !
Propos recueillis par C. Coudouy
Pour mieux connaître l’action d’Hubert Reeves pour la préservation de la faune sauvage : www.roc.asso.fr et regarde ce magnifique petit clip : www.biodiversite2012.org Sur Hubert Reeves : www.hubertreeves.info
Pour les parents, "Poussières d’étoiles" de Hubert Reeves - Éditions Seuil, tous publics, 45 € à la librairie Sauramps
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Poussières d'étoiles
Reeves, Hubert
Editions Seuil Beaux livres (1 191 pages) Paru le 18/09/2008 45,00 euros
L'histoire de l'univers tirant du chaos initial une succession de structures toujours plus délicates et complexes : particules, atomes, molécules, cellules, êtres vivants, puis pensants.
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