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L'HOMME DE SABLE. POURQUOI L'INDIVIDUALISME NOUS REND MALADES

TERNYNCK CATHERINE

Editeur : SEUIL
Livre
Date de parution : 10/10/2011


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Celui qui s'adresse à un psychanalyste dit toujours quelque chose de l'époque dans laquelle il vit, et celle-ci veut se faire entendre à travers lui. C'est au cSur de ces interférences que se situe cet essai, écho pensé des maux et mots de patients. " À quoi se tenir " demandent-ils tous ? S'épuisant à trouver un appui sur un sol friable, peinant à s'élancer hors du présent, la plupart évoquent une fatigue extrême et un désert intérieur asséché par les exigences du marché et le sentiment d'une hostilité diffuse qui menace la relation à l'autre.
Pour comprendre d'où vient cette souffrance, mais surtout la fragilisation du sujet qu'elle exprime, Catherine Ternynck les met en perspective avec les transformations de notre environnement familial, social, politique et symbolique. Or, d'analyses connues, tels les changements dans la filiation ou la fragilisation de la transmission, à d'autres peu développées, tels la féminisation du modèle parental, le refus de la dette et le culte de l'enfant, le développement des relations familiales sous forme contractuelle, l'abandon d'un temps long ouvert sur la transmission, pour un temps court maîtrisé par l'individu..., il apparaît que les sujets sont plongés prématurément dans l'apprentissage de l'autonomie et que c'est pour cette raison qu'ils peinent à grandir à hauteur d'homme. Un changement anthropologique est en cours dont il faut prendre la mesure.
Réf. : 9782020979405
Isbn : 2020979403
Editeur : SEUIL
Format : Livre
Nombre de pages : 243
Longeur (cm) : 20.4
Largeur (cm) : 14
Epaisseur (cm) : 1.8
Poids (Kg) : 0.27

Désir(s) de psychanalyse

Par Raphaël Rouillé - publié le 03/10/2011

  Tandis que plusieurs ouvrages récents se réfèrent à la perte de sens historique ou à la régression des individus, d’autres textes rappellent le besoin de psychanalyse dont souffre notre époque. Certes confrontée à un malaise dans la culture et dans la civilisation, la psychanalyse se dresse pourtant comme un rempart contre la confusion des repères et comme une ruche à désir(s) que rien ne semble pouvoir ébranler.   Si, comme l’écrivait Lacan, la psychanalyse est un remède contre l’ignorance, alors notre époque doit lui accorder la plus grande place.Dans son très bel ouvrage intitulé L’homme de sable, Catherine Ternynck insiste sur le vide intérieur des populations et sur le retrait des valeurs morales au profit d’une autodétermination individualiste. Ces hommes enlisés à la tête lourde qu’elle croise et qu’elle décrit, psychiquement fatigués, reflètent « une humanité en train de perdre collectivement, universellement, le désir de vivre ». Ce désir, pourtant, sous ses nombreuses formes, la psychanalyse ne cesse de l’entretenir, de le parcourir, de le valoriser, de l’approfondir. Ce désir inextinguible, selon l’expression de Lacan dans ses Ecrits, ce désir qui conserve une « persistance indestructible », est à la base d’un langage qui structure tout de la relation inter-humaine. Lacan n’a cessé de répéter que « l’inconscient est structuré comme un langage » et ce langage permet d’agir sur le monde.François Richard, dans L’actuel malaise dans la culture, se demande si depuis le célèbre essai de Freud le malaise dans la culture s’est approfondi ou non. Plus de quatre-vingt ans après la théorie freudienne il semble que la psychanalyse se trouve face à quelque chose de tout à fait nouveau et différent, mais il se pourrait aussi que ce malaise soit une continuation sous des formes transformées de celui analysé par Freud. Ainsi, le rôle de la psychanalyse réside dans la compréhension du moment présent, historique et social. L’aspect social a parfaitement été décrit par Freud et l’ouvrage de François Richard nous rappelle que la difficulté des êtres dépend très largement de l’infrastructure du lien social. « Le désir de l’homme trouve son sens dans le désir de l’autre » écrit encore Lacan. La relation, l’interdépendance, le langage sont au cœur des troubles psychiques, ils en sont parfois la clef. La rencontre psychanalytique est une confrontation, la mise à nu d’une énergie souterraine, d’une âme, avec ses fantasmes et ses combats. Pour s’en convaincre, il faut ouvrir Le Livre rouge de Carl Gustav Jung. Enfin traduit en français, l’ouvrage se présente comme un sanctuaire au sein duquel l’auteur rappelle l’importance de l’introspection et de la vie intérieure à une époque où les distractions et les dispersions n’ont jamais été aussi fortes. Tandis que l’année 2011 marque le 50ème anniversaire de sa disparition, la célèbre biographie de Deirdre Bair reparaît aux éditions Flammarion, revue et corrigée, et offre un complément indispensable à ce Livre Rouge très surprenant et fascinant qui dévoile bien des secrets sur son auteur. Pendant quinze années, Jung a écrit, calligraphié, illustré et enluminé cet ouvrage qu’il a longtemps tenu caché et qui représente sa « citadelle intérieure ». Inspiré du Moyen-âge, ce document unique en son genre est la matrice de son œuvre future, sa confrontation avec l’inconscient, le dialogue avec son âme. Tel un sismographe halluciné, Jung nous prouve que le monde intérieur est aussi vaste que le monde externe et que « se couper de cela, c’est se couper de la moitié de soi ». On détecte ici le rôle crucial de la psychanalyse, facteur d’équilibre et outil d’approfondissement de la relation entre l’individu et la société. Selon les idées jungiennes, l’histoire psychologique de l’humanité est stratifiée dans les âmes de chacun. Ce livre retranscrit les cauchemars, les visions et les désirs d’un homme au regard souvent prophétique. Plus que jamais, et grâce aux nombreuses illustrations à la gouache, c’est l’aspect déterminant du rêve qui surgit, véritable traducteur de nos tourments et de notre vie psychique. Le rêve, tout comme l’enfance, était au cœur des préoccupations de Conrad Stein. Tandis qu’un recueil de textes inédits, articles et transcriptions de séminaires paraissent sous le titre Le monde du rêve, le monde des enfants, le lecteur curieux pourra lire ou relire L’enfant imaginaire, publié initialement en 1971 et qui paraît en collection Champs chez Flammarion. Ces deux ouvrages permettront d’avoir une vision très juste de la pensée féconde du psychanalyste, notamment co-créateur en 1967 de la revue L’inconscient, puis fondateur de la revue Etudes freudiennes en 1969. Pour Stein, la principale source du rêve, c’est ce que Freud appelle l’infantile. Ce dernier écrit d’ailleurs que l’interprétation des rêves permet de « retrouver chaque nuit l’enfant toujours vivant, avec toutes ses impulsions ». L’enfant imaginaire est celui représenté dans la pensée par l’enfant qu’on a été aussi bien que par l’enfant qu’on désirerait avoir. Cette création imaginaire va permettre au patient s’approprier sa propre histoire et de se construire en tant que sujet. Le rôle de la transmission, au cœur de la psychanalyse, est très clairement énoncé par Stein qui va même plus loin en insistant sur l’inévitable implication du psychanalyste dans le parcours de ses patients. L’espace analytique est un espace de relation au sein duquel la parole est primordiale. Dans Le monde du rêve, le monde des enfants, on apprend aussi que Stein, au fur et à mesure de ses différentes lectures et interprétations des textes de Freud, tient à la notion de plaisir dans une lecture qui peut dévoiler les « passions de l’âme » et mener vers une vérité subjective. On observe peu à peu que la psychanalyse, dans ce qu’elle recèle, semble conserver et protéger ce que notre monde égare. Notre désir de vivre, de partager, de connaitre, de transmettre semble s’effriter au profit d’un vide relationnel et personnel, comme si nous ne voulions plus, pour reprendre une expression de Catherine Ternynck, de « l’œil en nous », cette intériorité du mal. La déliaison laisse une place à la confusion en soi. L’homme d’aujourd’hui semble avoir du mal à s’opacifier, c’est-à-dire à accepter le poids des ombres et celui de la chair, la complexité des sentiments et leur ambivalence. « Etre humain, c’est accepter la pesanteur » nous rappelle Catherine Ternynck en citant Simone Weil. Pris dans la mêlée, nous avons du mal à penser l’époque dans laquelle on vit, occupés à défendre nos petits espaces de vie. Nous avons besoin de manque pour apprendre à désirer. La vie psychique est constamment en mouvement, en flux, en déplacement. Devenir humain, s’humaniser, « c’est se laisser traverser par d’incessants courants, conscients et inconscients ». En intitulant son dernier livre Clartés de tout, notamment en hommage à Lacan qui, selon lui, fonctionne comme un opérateur de clarté, Jean-Claude Milner résume assez bien le rôle de révélateur de la psychanalyse. Dans Le Spleen de Paris, Baudelaire écrit : « Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit ». La psychanalyse contribue à ce désir de changer, mais pas seulement de lit : elle pousse aussi les meubles, ouvre les fenêtres et les tiroirs, claque les portes ou les retient et dépoussière notre monde intérieur comme on entrebâille une trappe à désirs.     [Voir la critique complète]

 

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