Paris-métro-photo

Par Arnaud Bresson - Libraire Sauramps - publié le 13/12/2016

Décor idéal de l’histoire de la photographie, Paris a vu les plus grands entrer sur sa scène pour exprimer leur art. Au-delà de sa fonction d’utilité publique, le métropolitain parisien fut le personnage principal de ce Paris photographique.

Métro, c’est trop ! Que n’a-t-on entendu les Parisiens se plaindre de ce moyen de transport maintenant centenaire, jugé très souvent négativement par ses usagers et symbole de la vie des salariés minutée et sans reliefs. Le fameux « Métro, boulot, dodo » est ici détourné par les éditions Actes Sud et Julien Faure-Conorton pour illustrer une histoire de la photographie très imbriquée avec celle du Paris moderne.

Le métropolitain, comme on le voit dans les débuts de son histoire, a considérablement modifié le paysage parisien. On peut ainsi se rendre compte à quel point les travaux de ce nouveau transport en commun ont impacté la vie de la cité et de ses habitants à la fin du XIXe siècle, à une hauteur que les Parisiens bougons d’aujourd’hui, dès le moindre petit désagrément ne peuvent imaginer. La structure chronologique de l’ouvrage permet de rendre compte, au-delà des transformations du métro liées à la succession des différents styles architecturaux du XXe siècle, de l’évolution de ce medium relativement récent qu’est la photographie.
Du style purement documentaire illustrant la genèse du métro – il est amusant de constater que la plupart des prises de vues effectuées lors des travaux concernent non pas l’immortalisation d’un changement primordial du paysage urbain, mais l’enregistrement de plaintes pour désagréments –, se succèdent les grands courants du mouvement photographique. On retrouve, dans les années 1930, les photographes fraîchement arrivés de l’étranger, Brassaï et son célèbre « Paris de nuit », Kertesz, Lotar ou Germaine Krull, ces maîtres qui introduisent une véritable démarche artistique et poétisent la photographie.
Puis viendra l’après-guerre et la photographie dite humaniste. Ses principaux représentants, Doisneau, Cartier-Bresson, Erwitt, Boubat ou Izis placent l’humain au centre de leur travail et mettent en exergue l’influence du métro dans la vie quotidienne. On voit également dans cette période l’émergence de nouveaux talents, tel William Klein, dont on doit souligner la modernité insufflée par son œuvre « Marie-Hélène + Raphaël ».
L’usage de la couleur se fera de façon progressive dans les années 1960 et 1970, introduisant une photographie plus marquée dans son époque et permettant d’apporter de la chaleur à cet environnement sensiblement froid – à découvrir, le travail remarquable de Léon Claude Vénézia, qui donne à voir une autre atmosphère de cet austère métropolitain.
Les décennies 1980 et 1990 ont été notamment marquées par la campagne publicitaire « ticket chic-ticket choc », illustrée par Jean-Paul Goude, et qui marquent durablement l’image de cette période. Mais elle vit émerger également des artistes aussi différents que Raymond Depardon, Harry Gruyaert ou Michael Kenna qui, pour l’anecdote, effectua en 1991 une œuvre prise du même point de vue qu’Ergy Landau en 1929.
Enfin, les années 2000, celles du centenaire, ont vu l’éclosion de projets artistiques à la fois singuliers et authentiques, utilisant le métro, non plus comme décor ou personnage, mais comme source d’inspiration, ou comme un matériau – à voir notamment le travail de Jérôme E. Conquy sur les objets trouvés.

Balade photographique à travers l’histoire de Paris et son métro, c’est finalement à une idylle hors du commun, entre un art et son sujet, que nous convie ce Paris-Métro-Photo.

Article originellement publié dans Page des libraires n°181 (Fêtes 2016)