Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin !

Par Françoise - Libraire Sauramps - publié le 05/05/2014
Voici un petit livre militant.

Avec non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin !, aux éditions iXe, l'autrice - mot en usage encore au XVIe siècle - Eliane Viennot fait un travail d'historienne des femmes et nous propose une étude concrète et documentée de la langue française à travers les siècles.

Le français, nous dit-elle, n'est pas une langue sexiste, c'est même une langue égalitariste car fondée à une époque où le rapport de force entre les sexes était plus équilibré, mais elle est genrée, et la domination masculine des derniers siècles "aidant", elle a évolué dans le sens des hommes, si bien qu'à partir du XIXe siècle et avec l'école obligatoire, on a entendu le "fameux" le masculin l'emporte sur le féminin.

Au XVIe siècle, le français est une langue vernaculaire qui sert seulement à s'exprimer. Elle n'est pas théorisée. Avec la naissance de l'imprimerie, des modifications vont avoir lieu, notamment de nouveaux systèmes orthographiques. Le traité de Villers-Cotterêts impose le français dans les documents juridiques en 1539. Mais il n'y a pas de modification à cette époque de la répartition des féminins et des masculins. Ainsi Ronsard, en 1563, écrit : Mais l'Evangile saint du Sauveur Jésus Christ / M'a fermement gravée une foi dans l'esprit, accordant naturellement le participe passé gravée avec le mot foi. Jusqu'à la fin du XVIe siècle, la dispute entre les sexes est surtout politique : les femmes peuvent-elles gouverner, ne pas obéir à leur mari, exercer les mêmes fonctions que les hommes ?

A partir du XVIIe siècle, la Querelle des femmes va se porter sur le terrain de la langue. En 1296 dans le Livre de la Taille, on trouve les mots archiere, boutonniere, mais aussi mairesse, mareschale... Au début des années 1600, les auteurs de grammaire françoise Maupin et Oudin vont imposer le genre des noms désignant des fonctions selon le sexe de la personne qui les exerce. Puis des mots féminins vont disparaître : philosophesse, médecine, autrice, peintresse... Parfois les Français et Françaises résistent, comme avec citoyen / citoyenne. La Grammaire nationale de Bescherelle, éditée pour la première fois en 1834, entérinera ces masculinisations de termes. Alors que les accords se faisaient dans le passé avec le terme le plus proche, Dupleix et d'autres vont instaurer la règle de l'accord avec le genre le plus noble. Pour les pronoms attributs, il y aura une forte réticence à utiliser le au lieu de la. Ainsi, en 1785, Marceline, une des héroïnes du Mariage de Figaro, de Beaumarchais, dit encore : J'étais née, moi encore, pour être sage, et je la suis devenue sitôt qu'on m'a permis d'user de ma raison. Tout a donc été fait au cours des quatre derniers siècles pour que notre langue reflète la plus grande noblesse du sexe masculin !

Si cette promenade dans l'histoire de la langue française témoigne de la violence qui lui a été imposée pour la modifier, elle nous enseigne aussi que notre langue nous offre tout ce qu'il faut pour annuler tout ou partie de ces remaniements.

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