Ces années 1900 où jaillirent l’épanouissement des arts et le début de la technique, celles de l’insouciance et la course au progrès furent celles de Jarry. Elles connurent aussi l’impact d’une guerre meurtrière, les années Barbusse.
Précoce, Henri Barbusse fait du journalisme, il fréquente divers milieux littéraires qui lui permettent la rencontre d’une fille de Catulle Mendès, Hélyonne qu’il épouse. A plus de quarante ans, il s’engage comme soldat puis lieutenant. Sa hardiesse fait sensation et il ose peindre la guerre dans toute son horreur. Nuits de peur sous les bombardements, stationnements épuisants et oppressants dans les abris, une sinistre succession d’événements qu’il relate à sa femme par des lettres tendres, pourtant.
Dans cet enfer où vit et souffre une humanité douloureuse et sacrifiée, ces lettres nous parviennent laconiques et lucides face à la dureté quotidienne des poilus et leur devenir qu’ils pressentent de jour en jour. Elles deviennent une littérature de témoignage unique de cette époque. La séparation du couple pèse de plus en plus lourdement pendant que des scènes d’horreur et d’effroi s’accumulent dans le quotidien de l’auteur.
Même ses quelques tentatives de dédramatisation ne parviennent pas à rassurer son épouse. Celle-ci devient rapidement sa fidèle collaboratrice, par missives interposées pour l’édition du « Feu », texte d’abord paru en épisodes et qui obtient le prix Goncourt en 1916.
Tout comme Barbusse, Jarry a subi désaffection et oubli. Grâce à cette belle réédition illustrée renaît ce texte oublié. Jarry, dès le début dispose de tout ce que peut favoriser une carrière d’écrivains. Le scandale et une originalité étrange le caractérisent : il est l’inventeur de la « Pataphysique » science qui procède à la déconstruction du réel et sa reconstruction dans l’absurde qui inspira les surréalistes.
Dans ce qu’on peut appeler un opéra comique le « Surmâle », il explore jusqu’au vertige, la nature du désir sexuel. « L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment ». Il nous conte donc, l’expérience d’un jeune homme intéressé par toutes nouvelles créations et cependant très détaché affectivement.
L’expérience tenté le conduit à résister à des jeunes filles (une seule en fait) et il tombe dans un tel état de prostration puis de surexcitation qu’un retour des événements inattendu lui coûte la vie. Chez Jarry, la volonté « d’échapper à la littérature » se traduit par une écriture quasi mathématiques qui ne présente ni queue ni tête et traite parallèlement d’une notion très actuelle : celle de la performance et du rapport de l’homme à son corps apparue au début du siècle.
Gilda Alvarez. Lib. Sauramps, Montpellier